Lire, Ecrire, En Parler : le blog de Patrick FORT

DERNIER CAFE AU DELIRIUM
- 1ère partie -


Nous n’avions pas besoin de nous donner y rendez-vous pour être certains de nous y retrouver.
Car au bar-pmu « Le Delirium », si vous cherchiez quelqu’un, vous aviez une grande chance de l’y rencontrer à un moment donné ou un autre. Et si la personne répondait aux abonnés absents, Philippe, le patron, vous aurait renseigné de toute manière. Vous auriez su si elle était venue et si vous ne n’aviez pas le temps, laisser un message était toujours possible et, aucun doute, il serait transmis.

Dans un village, le bar n’est pas qu’un endroit de perdition vouée aux gémonies des bien-pensants et celles et ceux qui les fréquentent ne sont pas forcément livrés à la vindicte populaire pour ivresse sur la voie publique.
Dans un village, le bar ne se résume pas à un simple débit de boissons alcoolisées que l’on écluse les unes après les autres, jusqu’à plus soif.
Dans un village, au fin fonds des Pyrénées ou sur les routes du Finistère, le moindre bar a une histoire à vous raconter. Il cimente les liens, les renforce, leur donne ses lettres de noblesse.
Aussi, quand dans un village, un bar cesse son activité, ce ne sont pas seulement deux portes qui se ferment définitivement, des lumières qui s’éteignent et une pancarte « A vendre » accrochée à la devanture.
Car dans un village, un bar qui ferme, c’est un village qui, en perdant une partie de son âme, meurt à petit feu.

« Le Delirium » n’était rien de plus qu’un simple bar.
Si vous vous y étiez arrêtés, peut-être n’auriez-vous pas gardé de ce lieu un souvenir impérissable.
Un bar comme il en existe une multitude.
Ou alors son nom, inattendu et un brin provocateur, aurait titillé, peut-être, votre curiosité. « Le Delirium », en effet, quel drôle de nom…Vous vous seriez alors interrogés sur les raisons mystérieuses qui avait poussé le propriétaire à le baptiser ainsi. Et si vous aviez posé la question, « Pourquoi « Le Delirium », on vous aurait répondu, avec un haussement d’épaule « Parce que delirium tremens… ».
Si vous vous aviez franchi la porte, nous vous aurions peut-être offert un verre pour vous montrer que, parfois, nous savons nous montrer civilisés. Nous aurions discuté de la pluie et du beau temps, du dernier match de rugby de vos vacances ou de la région. Et je n’aurais pas manqué de vous montrer une curiosité, un arbre mort, peint en vert et qui trônait au milieu de ce bar, là, juste derrière nous, entre l’escalier et le comptoir. Depuis le premier jour de l’ouverture, il avait toujours été à cette place, les racines enfoncées dans le carrelage.
Pour Noël, on le décorait même avec des guirlandes multicolores pour qu’il soit beau pour les fêtes de fin d’année.
Oui, « Le Delirium » n’avait rien de plus ou de moins qu’un autre bar.
Mais pourtant il était unique.

Pour la dernière fois, assis sur un tabouret et les bras posés sur le comptoir, j’ai commandé un café.
Philippe pose la tasse devant moi et s’éclipse pour aller encaisser quelques tickets de PMU qu’un turfiste impatient désire jouer avant le départ imminent de la course.
Je m’empreigne des lieux et tente de mettre de l’ordre dans ma mémoire encombrée par ces souvenirs qui se bousculent.
Ecrire pour les vivants et les morts ; fixer le passé pour qu’il ne se dilue pas dans l’oubli ; capturer le temps afin qu’il ne s’amenuise pas et ne devienne plus qu'un minuscule fil suspendu dans le vide.
Le café n’a pas le goût habituel.
Je le savoure à petites gorgées pour en prolonger la durée afin de retrouver cette saveur si particulière qu’il a perdu.

2ème partie
Jeu 8 oct 2009 2 commentaires
Bonjour Pat,

        Un village qui ne possède plus de bar est un village mort.
        Lorsque vous rencontrez une connaissance, il n'est pas rare d'inviter la personne a prendre un verre, confortablement assis.
        Pour étancher sa soif, pour un rendez-vous, pour se mettre à l'abri de la pluie ou du froid, le seul endroit qui vous reçoit, demeure toujours le bistrot.
        L'auteur raconte l'histoire de ce bar de village, avec émotion.
        "Le délirium", malgré son nom provocateur, est un lieu qui réchauffe les âmes en peine.
        Coin de réunions ou de fêtes que le narrateur évoque, avec nostalgie.
        Amitiés.
        dédé.       
dede - le 14/10/2009 à 10h31
Pluie de commentaires de mon ami DD !
Oui comme tu l'écris, le café est un lieu de refuge, de chaleur humaine et en disparaissant, c'est un pan de notre vie qui se reconstruit avec les souvenirs. d'où mon émotion et cette nostalgie qui imprégnent ce texte...
un jour, nous trinquerons ensemble cher DD !
amitiés,
PAT
PAT DE BIGORRE
Bonsoir,

ça me rapelle avec nostalgie l'épicerie-café-pompe à essence qui cimentait les liens du petit village normand où habitaient mes grands-parents.
Un lien entre les "vieux" du bourg, un point de rencontre pour les jeunes, un peu de l'âme de ce coin de bocages typiques et de vies paysannes... et un jour... pfffuittt!!! Plus rien!

Amitiés,
Sandy
sandy - le 17/11/2009 à 22h42
Bonjour Sandy,
Comme toujours tes commentaires sont pour moi très importants...et je suis heureux que l'évocation du "Délirium" trouve un écho et réveille en toi des souvenirs. Quand j'écris, mon but est aussi de permettre à ses souvenirs là de remonter à la surface...
Amitiés,
PAT
PS : peu présent en ce moment sur la blogosphère car le cerveau "encombré", à mon retour plus assidu, je te lis en priorité...
PAT DE BIGORRE