Lire, Ecrire, En Parler : le blog de Patrick FORT


Au départ, j'avais l'intention de consacrer un article à un livre culte, un de ceux que j'emporterai sur une île déserte : "Walden ou la vie dans les bois" de Henry David Thoreau. Cet ouvrage majeur dans la littérature fera l'objet d'une autre critique.
Car j'ai relu hier soir "La désobéissance civile"... et ne pas vous en parler était inconcevable.



« La désobéissance civile » de Henry David Thoreau

(essai télécharchable GRATUITEMENT ET LEGALEMENT !
Rendez-vous à la fin de cette chronique pour accéder directement au lien)


« Tous les hommes reconnaissent le droit à la révolution, c’est-à-dire le droit de refuser fidélité et allégeance au gouvernement et le droit de lui résister quand sa tyrannie et son incapacité sont notoires et intolérables ».

En 1846, l’écrivain américain Henry David Thoreau passe une nuit en prison pour avoir refuser de payer ses impôts pendant six ans. L’Etat du Massachussets approuve l’esclavage, finance, appuie et participe à la guerre au Mexique. En total désaccord avec ce gouvernement, Thoreau va au bout de ses idées, s’oppose et choisit de dire « non » par un acte logique (il refuse de financer la politique de l’Etat dans lequel il vit vu qu’il est en désaccord avec cette politique là) et non-violent (il ne prend pas les armes et ne verse aucun sang).
S'appuyant sur cette expérience, il développe et donne assise à un concept novateur : « la désobéissance civile ».
«Civil Disobedience », publié pour la première fois en 1849, est un essai  aux résonances actuelles et qui a inspiré, entre autres, Gandhi et Martin Luther King. 160 ans après, ce qu’écrivait Thoreau est toujours d’une justesse inouïe et d’une pertinence rare.

 « La désobéissance civile » de Henry David Thoreau est un de ces livres que tout le monde devrait lire et relire sans modération.
L’auteur nous invite à ne pas nous contenter de toujours suivre passivement le reste du troupeau. Rien de pire que le politiquement-correct dirait-il aujourd'hui en observant notre monde. « Il existe des lois injustes : consentirons-nous à leur obéir ? Tenterons-nous de les amender en leur obéissant jusqu’à ce que nous soyons arrivés à nos fins – ou les transgresserons-nous tout de suite ? En majorité, les hommes, sous un gouvernement comme le nôtre, croient de leur devoir d’attendre que la majorité se soit rendue à leurs raisons ».
Dans « La désobéissance civile », Henry David Thoreau analyse de nombreuses thématiques (l’Etat, la démocratie, l’argent, le commerce, la Justice…) et les envisage sous l’angle de l’individu et des rapports qu’il entretient face à la masse. « Un homme qui aurait raison contre ses concitoyens constitue déjà une majorité d'un ».
Thoreau affirme le droit inaliénable que tout individu a de s’opposer à un gouvernement, à des lois, à des concepts idéologiques dès lors qu’il les juge inacceptables, injustes ou dangereux.
Car ce chef d’œuvre de résistance pragmatique affirme la liberté d’agir envers et contre tout dès lors que la cause justifie cette ligne de conduite.  
Les textes universels sont ceux qui dépassent le contexte historique, la période durant laquelle ils ont été écrits et qui nous parlent à travers les époques. Ainsi en est-il de « La désobéissance civile ».
Thoreau est attaché viscéralement à la liberté individuelle. Ce qu’il écrivait en 1849 est intemporel. « Je crois que nous devrions être hommes d’abord et sujets ensuite ». Il ne conteste pas la notion de gouvernance mais avance notre droit absolu à la contester, à la remettre en question quand nous le jugeons nécessaire. Désobéir permet ainsi de rester vigilant face aux lois iniques et de ne pas s’y soumettre. « Sous un gouvernement qui emprisonne quiconque injustement, la véritable place d’un homme juste est aussi en prison ».

« La désobéissance civile » a connu plusieurs interprétations rendues possibles par la grande richesse de cet essai.
Certains y ont vu un plaidoyer anarchiste, un bréviaire libertaire ; d’autres y ont perçu le développement d’une philosophie ultra-individualiste ; d’aucuns y ont décelé une incitation à la dissidence systématique. 
Je ne sais qui a raison ou qui a tort.
Pour ma part, j’y lis toujours un précepte : une action individuelle quand elle est juste et raisonnée profite toujours aux autres. Et encore plus quand ils sont aveuglés par l’Etat qui les gouverne.


Pour télécharger, imprimer (et lire !) l'essai "La désobéissance civile" de Henry Thomas THOREAU,
Cliquez simplement sur ce lien.

Merci qui ?

Mer 29 avr 2009 12 commentaires
Bonsoir Pat,

   Il faut beaucoup de courage pour sortir du troupeau en désobéissant aux règles étatiques.
   Même si l'individu demeure la base de l'empire, agir seul demeure un acte marginal. 
   Il est reconnu que l'union fait la force face à l'état. Etre isolé dans son idée contestataire serait donc suicidaire et sans poids, aux conséquences punitives presque certaines.
   Tu as raison...! il faut conserver sa personnalité, sans être aveuglé par ceux qui nous gouvernent. Mais il faut s'unir pour contrer tous dérapages des gouvernants.
   J'ai lu un petit passage de Henry David Thoreau. Je reviendrai sur ce texte afin de ne pas mourir idiot.
   Merci mon ami.
   Amitié.
   dédé.
dédé - le 29/04/2009 à 18h40
Bonsoir DD !
Je partage ton avis mais j'ai des réticences quant à l'union qui fait la force. Parfois cela peut donner lieu à des dérives quand l'idée première est détournée à des fins de manipulation. mais j'écris bien "parfois". dans la majorité des cas, à plusieurs on a plus de chances de parvenir à un résultat. a condition d'être solidaires. Les résistants étaient peu nombreux en comparaison de la majorité silencieuse...
Ce qu'écrit Thoreau est qu'il faut rester vigilant et oser dire "non". cela demande du courage mais peut permettre à d'autres de prendre la suite.  Thoreau par exemple a été instituteur mais a démissionné au bout d'une semaine car il était farouchement opposé aux chatiments corporels.
"la désobéissance civile", c'est rester soi dans ses convictions et résister. Même si on est seul.
J'écrivais "pour ne pas mourir idiot" uniquement pour plaisanter...
Amitié et merci pour ton brillant commentaire !
PAT
PAT DE BIGORRE
Je suis d'accord avec Dédé dans la mesure où l'union a plus de poids que l'action individuelle. Cependant, je crois que l'action individuelle a autant de valeur, autant d'importance que l'action collective et qu'elle est tout aussi utile et salutaire: éveiller le doute et la réflexion, ne serait-ce qu'en une seule autre personne témoin de la désobéissance, c'est déjà une victoire sur la règle inique.
Le petit maître de l'Elysée ferait bien de lire Thoreau, à défaut de la Princesse de Clèves ;)
Sylvaine - le 29/04/2009 à 19h14
Bonsoir Sylvaine et merci pour ton commentaire brillant et intelligent. Je partage à 200 % ton avis. L'action individuelle a autant de poids que l'action collective dans le sens où elle conduit l'autre à réfléchir...
Le petit maitre de l'Elysée, le pseudo-monarque qui se rêve empereur, je crois qu'il n'a pas du beaucoup lire dans sa vie. Pour lui Thoreau doit être un matador...
PAT DE BIGORRE
Merci qui ? Ben à toi...!
Qui nous fait partager tes connaissances, et surtout qui parle de l'un de mes auteurs préférés ! Presque mon livre de chevet je dirais..
Et cela fait vraiment plaisir...
"Thoreau, prenait la défense des minorités, il écrivait qu'« un homme qui aurait raison contre ses concitoyens constitue déjà une majorité d'un » et, encourageant cet homme à l'action, il ajoutait qu'« une minorité n'a aucun pouvoir tant qu'elle s'accorde à la volonté de la majorité : dans ce cas, elle n'est même pas une minorité. Mais, lorsqu'elle s'oppose de toutes ses forces, on ne peut plus l'arrêter. » La désobéissance civile serait donc un outil contre la « dictature de la majorité »
Merci vraiment, Patrick.
Je suis très touchée. Oui, un auteur que tout le monde devrait lire et relire !
Et dire que son essai  date de 1948... Il avait tout compris.
- Mèl -
Mélancholia - le 30/04/2009 à 01h37
Bonjour Mel et merci pour ton commentaire si enthousiastante ! les précisions que tu apportes complètent avec pertinence mon humble chronique ! Belle surprise d'apprendre que ce livre de Thoreau est un de tes livres de chevet.
c'est un livre riche et l'on y découvre de nouvelles choses à chaque lecture ! Et comme tu l'écris si justement, en 1849 il avait tout compris. Comme Orwel quand il a écrit en 1948 le mythique "1984".
merci encore pour ton beau commentaire !
PAT
PAT DE BIGORRE
c'est un des livres références de la non-violence
un incontournable auteur pour les adeptes de cette forme de penser le monde en marchant toujours avec obstination pour un monde plus juste
amitié
denis
denis - le 30/04/2009 à 09h01
Merci Denis pour ton passage et ta lecture toujours si attentive.
Oui un monde plus juste...et beaucoup de pain sur la planche en perspective...
Amicalement,
PAT
PAT DE BIGORRE
Merci beaucoup pour ce résumé. Je voulais justement lire cet ouvrage, je ne pensais qu'il était libre de droit. Merci pour la découverte en tout cas. Bonne journée Pat et à très bientôt
thaliesen - le 30/04/2009 à 09h51
Merci surtout à toi de permettre à ce livre culte de vivre au delà de ma modeste chronique !
Merci et à très bientôt !
Ton blog fait partie des sites que je dois prendre le temps de découvrir !
PAT
PAT DE BIGORRE
Merci Patrick, un merci du fond du coeur car si je connaissais la notion de désobéissance civile, j'aurais été incapable de lui donner un nom. Cette lacune est désormais comblée.
Un texte d'une actualité cruelle dans un pays et à une époque où donner un verre d'eau à un sans papier pourrait théoriquement te conduire en prison.
Amitié et respect
Thierry
Thierry+Benquey - le 30/04/2009 à 10h11
C'est moi qui te remercie cher Thierry !
Je réponds tardivement...la faute à la belle ville de Toulouse !
Amitié, respect et gratitude.
PAT
PAT DE BIGORRE
Bonjour Patrick,
"Un homme qui aurait raison contre ses concitoyens constitue déjà une majorité d'un"
Que j'aime le concept parce qu'il est en opposition avec celui de la pensée unique de la majorité et surtout avec la réalité quotidienne, où celui qui a raison tout seul est plutôt  considéré majoritairement comme s'il avait tort !
Amicalement
insolite85 - le 30/04/2009 à 16h15
Bonjour Michel et merci pour ton commentaire !
Oui, j'aime également cette idée qu'être seul à avoir une vision des choses n'est pas le signe que l'on a forcément tort !
cela demande du courage et de l'obstination ! Thoreau était de cette trempe ! A nous de le suivre...
Amicalement,
PAT
PAT DE BIGORRE
merci patrick de faire un focus sur ce texte; c'est l'Amérique que j'aime, celle des libres penseurs et c'est d'autant plus drole de se dire que c'est un américain qui a écrit la désobéissance civile par ces temps, surout sous Bush, d'impérialisme triomphant.
comme l'écrivait Sylvaine, si tu arrives à convaincre une autre personne de la justesse de tes idées, c'est déjà une victoire. cet ouvrage doit être le livre de chevet de José Bové...il en applique en tous cas les idées et par ces temps troubles où le gouvernement veut nous faire passer des lois injustes, il faut que tous, à notre niveau, faisions entendre notre voix.
merci de nous le rappeler.
amitié
yannick
ps: il me tarde de lire ta critique de Walden, je suis sur que cela va me plaire!!!
yannick - le 30/04/2009 à 17h04
Bonjour Yannick !
En postant cet article je savais que Thoreau était un écrivain dont le discours allait te plaire !
Et "Walden" va te plaire encore plus. je te l'adresserai dans mon prochain envoi de livres !
Agir comme Thoreau demande du courage ! En ces périodes troubles, l'analyse qu'il a dressé en 1849 n'a pas perdu une once de  pertinence ! Je rêve d'un jour où nous serions nombreux à suivre sa voix ou sa voie !
Amitié.
PAT
PAT DE BIGORRE
Bonjour et MERCI Pat!
Je télécharge cet essai et je lis!
Tu m'en as donné envie ;-)

Bonne fin de journée.
Sandy - le 05/05/2009 à 16h58
Ravi de t'avoir incité à lire ce formidable essai ! Ainsi cet article est réussi !
Bonne fin de journée Sandy !
PAT DE BIGORRE
"La désobéissance civile" était écrit si gros que j'avais omis de lire la petite introduction...: "Walden ou la vie dans les bois"...un livre qui nous transporte dans un ailleurs, qui nous fait découvrir petit à petit un "monde" qui paraîtrait à beaucoup comme imaginaire, utopique ou impossible !
Mais quel bien-être...sur une île déserte : un grand OUI !!
Et surtout...je recommande son "Journal" (1837-1861). Un livre sublime, à emporter sur l'île aussi ! Obligé ! Entre-autre des "pensées" :
" C'est la présence qui fait le silence d'une chambre"
" Il n'y a qu'un remède à l'amour : aimer davantage"
Et surtout :
" Voici l'épreuve où l'on reconnaît l'innocence : subir un outrage, et pouvoir contempler, avec l'élan habituel, la lune amicale qui parcourt le ciel dans sa majesté de reine."
....Là, je peux te dire que j'ai pris une grande baffe dans la gueule...
C'est immense !
De toutes façons, dans son "Journal", tout le monde en prend ! Mais il est empli d'humanisme, de sensibilité, d'exploration de la nature...Bref, j'arrête, sinon je vais squatter toute ta page !
Bises, Mèl
Mélancholia - le 05/05/2009 à 18h54
Bonsoir Mel et merci pour tes précisions ! Je vais suivre ton conseil et lire ce "Journal" qui est vraiment appétissant ! Je te remercie pour ton conseil de lecture et , également, de permettre à ce blog de vivre grâce à tes commentaires amicaux et avisés ! Si tu veux écrire une chronique sur un livre ou quoi que ce soit : les portes de mon mon blog te sont grandes ouvertes !!!
Bises,
PAT
PAT DE BIGORRE