Lire, Ecrire, En Parler : le blog de Patrick FORT



LE PHARE


Découvrez un extrait de la nouvelle "Le Phare",
nouvelle que vous pourrez découvrir  dans mon futur recueil :

"Le sang des chaînes"
à paraître au mois de septembre 2009
aux Editions Le Solitaire


Le Phare

18 juin

Sans réfléchir outre mesure, j’ai saisi l’opportunité inespérée que l’on m’offrait. 
Après une brève présentation de ce que l’on attendait de moi, j’ai accepté ce poste de gardien de phare, sans avoir la certitude de correspondre vraiment au profil recherché, biaisant sur mes compétences exactes, répondant évasivement aux questions et surpris de m’en sortir au final à si bon compte.
Trop heureux de l’aubaine, je n’ai pas cherché à négocier le modeste salaire proposé. J’ai paraphé et signé, sans le lire, le contrat que venait de me remettre l’employé du « Service des Phares et des Balises ». Surpris, il m’a dévisagé plusieurs secondes puis a réajusté la monture de ses lunettes écaillées avant de ranger minutieusement le document dans une chemise cartonnée. J’eus le temps d’y lire mon nom, écrit en lettres majuscules.  Cet entretien formel n’était en réalité qu’un simulacre : leur décision était déjà prise avant que je ne les rencontre.
Derrière le masque imperturbable qu’il composait devant moi, je discernais malgré tout le léger trouble qu’il tentait de contenir. Je fixais ses mains soignées, ses doigts noueux qui tambourinaient sur  la surface lisse de son bureau.
Ma migraine me reprenait, la pièce sentait la naphtaline et je voulais sortir d’ici.
À travers la fenêtre aux carreaux salis par la pluie, j’apercevais un parc ombragé aux allées délicatement dessinées. Le vent frémissant effleurait les branches des chênes et les timides rayons du soleil perçaient à travers le feuillage.
Un raclement de gorge de l’employé me tira à regret de cette douce rêverie. J’avais oublié les raisons de ma présence en ces lieux. Les ultimes recommandations qu’il prononça me rétablirent à nouveau dans la réalité. J’écoutais un peu distrait, retenant un bâillement mal venu et cachant mal l’ennui manifeste que j’éprouvais.
Je fixais ses lèvres gercées et de son discours à la gravité solennelle, marqué de temps à autre par de pesants silences, je ne retins que quelques bribes saisies à la volée :
« …satisfait de votre accord…dès demain si vous le souhaitez…remplacer le gardien titulaire…dépression post-traumatique inexplicable…hôpital psychiatrique…vent violent…pluviométrie pour nos statistiques…juste une habitude à prendre au bout du compte…balivernes…Georges sur place…dernières consignes… ».
Mon esprit était tourné vers cette solitude à venir dans laquelle je voulais m’enraciner. Avec une force brutale, elle m’attirait comme un aimant. Je savais que ma guérison passait par cette étape vitale : loin du monde, réfugié dans ce Phare construit entre mer infinie et forêts à perte de vue.
Mon corps réclamait de se ressourcer, de se fondre enfin au cœur de cette nature généreuse et  bienfaisante.
Pour tenter d’accepter et de surmonter le drame que je venais de vivre, ce Phare était peut-être l'endroit idéal pour guérir. "

Mar 30 jun 2009 55 commentaires
Magnifique... Mais je me tais en attendant la suite !
Zoridae - le 17/09/2008 à 17h53
Waow. Une embuscade littéraire. Cela commence bien, le cadre choisi étant très prometteur. J'attends la suite avec impatience.
Amitié
Thierry
Thierry Benquey - le 17/09/2008 à 18h59

Belle mise en situation dans ces quelques lignes. J'aime bien ce style d'écriture où les détails descriptifs, loin d'être des ornements, sont des éléments narratifs qui font avancer l'action 

Robert - le 18/09/2008 à 09h34

Belle mise en situation dans ces quelques lignes. J'aime bien ce style d'écriture où les détails descriptifs, loin d'être des ornements, sont des éléments narratifs qui font avancer l'action 

Robert - le 18/09/2008 à 09h35
Trés beau début , on attend déjà de connaître les raisons qui ont poussé cet homme à accepter un poste de gardien de phare.
Tu donnes l envie de lire la suite et c est une des forces de ton écriture , nous laisser en suspens , titiller notre imagination , nous pousser à envisager des possibilités et nous les livrer , la surprise sera au rendez vous , je n en doute pas.
Merci et à trés vite.
laurent villeneuve - le 18/09/2008 à 11h35
    Bonjour Pat,

      Les phares m'ont toujours attiré pour leur emplcement sur les eaux tumultueuses des mers ou des océans.
      La vie de ces gardiens solitaires, au milieu de ces éléments agités, ne manque pas d'intérêt.
      L'auteur nous fait le récit d'un homme, mal dans sa peau, à la recherche de la solitude, pour mieux faire face à ses difficultés psychologiques.
      Amitié.
      dédé.
ddlaplume - le 18/09/2008 à 11h46

D'emblée, me voilà séduit par cette très suggestive mise en situation. Tu nous y invites déjà avec beaucoup de finesse, dans ce qui serait, pour le narrateur/héros, de l' appel d'un "large" (intérieur)si particulier et si fascinant comme peut l'être celui des phares. Solitude, oui, avec peut-être cette ambivalance assez trouble d'un splendide l'isolement, à la fois tour d'ivoire et vue panoramique et profonde respiration au grand air (tiens... comme d'un écrivain... sourire). Avec bonheur, tu donnes à voir déjà ce qui est refus de l'aseptisé (ah, ce bureau administratif) comme ce regard intense sur le lointain proche,  de la chère nature en promesse (et cher resourcement...) Là, j'embarque résolument dans ton histoire! 
Amitiés.

Christian - le 30/09/2008 à 13h25
Merci cher Christian pour ton remarquable commentaire et ton analyse si précieuse. Je suis toujours aussi flatté quand je découvre que Christian, le fin lettré , trouve plaisir à me lire.
merci infiniment.
Amitiés.
PAT
PAT DE BIGORRE
Quel cadre tu donnes à ta nouvelle! A la pointe du monde devant l'immensité!Est-ce le bon moyen, l'isolement volontaire , pour se sortir de ses peurs et de son ma être?
La suite nous le dira.
J'aime les descriptions de tes décors, de tes athmosphères
Contente de retrouver ton style
(ne recevant pas la newsletter, j'ai tardé à lire. C'est réparé!)
lubesac - le 08/10/2008 à 15h37

De blog en blog je me suis retrouvée chez toi.  Après-midi grise , propice pour la lecture. J’ai été conquise d’emblée, Le titré m’ a attiré. Et me voilà impatiente de passer à la deuxième partie. Cette solitude qui  imprègne le cadre me fait penser que j’ai viens fait de cliquer et recliquer pour me retrouver  emporter par les vagues et le vent  qui secoue le dehors et dedans d’un être à découvrir.
Je vais la consommer doucement je repasserai plus tard avec ma tasse de thé.

S.YO - le 29/10/2008 à 13h59
Bienvenue ici et heureux de ta visite ! J'espère que le hasard aura bien fait les choses en te conduisant ici.
je te te souhaite d'agréables moments de lecture et ne manquerai pas de venir te rendre visite sur ton site.
Merci encore.
A très bientôt,
PAT
PAT DE BIGORRE

Tristesse profonde, ce personnage qui se bat avec des démons. Qui essaye de s’en sortir. Arrivera –t-il ? Petit sourire choix de la voiture.. ; et les courbatures de ce pauvre monsieur.

 S.YO le 30/10/2008 à 14h06
Merci pour ton commentaire et ravi de remarquer que "Le phare" te rend assidue.
Touché et fier.
merci encore.
PAT
PS : la voiture...j'ai mis la première marque qui venait à l'esprit !
Réponse de PAT DE BIGORRE le 30/10/2008 à 17h18
S.YO - le 05/06/2009 à 14h07