Lire, Ecrire, En Parler : le blog de Patrick FORT

Couverture commande LE CHÊNE (extrait)
 

 

"Avant de franchir la porte de sa chambre, il se regarde une dernière fois dans le miroir de la salle de bain.
Il se sourit, ajuste le col de sa chemise qui rebique, passe la main dans ses beaux cheveux blancs pour aplatir un épi rebelle. Il se frictionne à l’eau de Cologne et prend soin de bien refermer le flacon.
Il fixe cet étrange lui-même qu’il ne reconnaît plus parfois, détaille ces rides envahissantes et les pattes d’oie qui donnent à son regard un air souriant. Il essaie de retrouver ce beau jeune homme qu’il était, comme s’il voulait revenir en arrière, accomplir le chemin dans l’autre sens.
La porte fermée, la clef disparaît dans la poche intérieure de sa veste. Il longe les couloirs, presse le pas car il ne veut croiser personne. Il passe devant l’accueil, un peu essoufflé et adresse un fanfaronnant « A tout à l’heure ! » aux quelques personnes qui, désœuvrées, déambulent dans le hall.
Comme tous les samedis soir, il a eu du mal à s’endormir.
Il s’est réveillé souvent pendant la nuit pour vérifier que ces habits du dimanche étaient bien pliés sur la chaise. Il avait pris soin avant de se coucher de cirer ses vielles chaussures en cuir pour qu’elles brillent et donnent l’illusion d’être neuves.
Depuis des mois, il trompe son monde et s’invente des sorties hebdomadaires chez un neveu éloigné qui n’habite pas très loin. Il y déjeune tous les dimanches et se change ainsi les idées. Il refuse d’être accompagné jusqu’à l’angle de la rue, après l’église, où « André » l’attend  dans sa voiture, « une Laguna gris-bleu avec la climatisation ». Non, il ne veut pas que l’on vienne avec lui, il n’est pas impotent et tient toujours sur ses deux jambes. Un peu d’exercice ne peut que lui faire du bien. Marcher est bon pour la circulation. Il applique ainsi à la lettre les consignes du docteur. Par chance, personne n’a encore découvert le subterfuge. Il est tellement crédible dans son pieux mensonge qu’il a fini par se convaincre lui-même. Il rit comme un petit garçon qui a joué une blague pendable et frémit en même temps que l’on puisse découvrir son mensonge".
Sam 11 avr 2009 14 commentaires
Bonjour Patrick,
  Ces lignes décrivent avec pudeur, la dignité d'un vieillard. Elles sont écrites avec la sensibilité de l'auteur.
Bonne journée.                                     dédé.
ddlaplume - le 27/06/2008 à 06h22
Merci encore et encore pour dévorer mes textes et me donner ton avis.
amicalement,
PAT
PAT DE BIGORRE
Toujours l'oeil incisif, Patrick, tu sais saisir les détails, l'atmosphère, ces vérités de la vie. Pourquoi, même âgé, ne pourrait-on pas faire encore ce qui nous plait, librement, sans avoir à en rendre compte?Même aux dépens de la sécurité et de sa santé!C'est ce que je voudrais, moi!Je suis en totale empathie avec ce IL.
lubesac - le 18/08/2008 à 16h22

Que doux et sage récit. Sage parce que ce vieux bonhomme s'entête à être libre, en gardant son Opinel et en se confiant à au chêne. Touchant, j'adore ce vieux bonhomme et je suis triste pour lui, qui a perdu son ami!

Commentaire n°1 posté par delphine alpin ricaud le 12/04/2009 à 18h22
merci delphine pour tes mots qui transcrivent à merveille ton ressenti et permettent à cette nouvelle de vivre. D'où leur importance.
Amicalement,
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 14/04/2009 à 18h40
Delphine - le 24/01/2011 à 15h05

Bonsoir, j'ai trouvé cette nouvelle très touchante. Quand on abat un arbre, on abat un homme... comme cela me semble vrai...
Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec la nouvelle de Giono, "l'homme qui plantait des arbres", sûrement pour le thème de la relation entre l'arbre et sa charge symbolique des racines qui nous relient à la vie et l'individu qui en prend soin.
Bonne soirée.

Commentaire n°2 posté par sandy le 14/11/2008 à 23h20
Merci sandy pour ton analyse sensible et subtile...
J'adore les arbres qui m'ont toujours intrigué et fasciné. les symboles qu'ils véhiculent sont forts et permettent à notre imagination de vagabonder...
Fier et ravi que tu ais pris du plaisir à lire "le chêne" . Et merci pour la comparaison avec Giono, cet écrivain que j'aime tant !!!
Amicalement,
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 17/11/2008 à 16h55
Sandrine - le 24/01/2011 à 15h05

J'ai découvert votre blog en passant par chez DJU770. Je suis tombée sous le charme de votre écriture et cette nouvelle m'a particulièrement touchée. Je suis une amoureuse de la nature et des arbres en particulier. Cette histoire, j'aurais aimé l'écrire. Puis-je me permettre de vous ajouter à ma liste de liens ? Quoi qu'il en soit, je pense que je reviendrai vous lire. Bravo!

Commentaire n°3 posté par Chouett'Mistic le 10/11/2008 à 21h52
Bonjour et merci infiniment pour ce commentaire qui me laisse rougissant et...fier !
merci de votre gentillesse et de l'ajout du lien. je vais en faire de même et ne tarderai pas à vous rendre visite.
A très bientôt !
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 12/11/2008 à 15h04
Chouet'Mystic - le 24/01/2011 à 15h07
Un personnage attachant et tellement crédible ! Bravo ! DJU770
Commentaire n°4 posté par DJU770 le 04/11/2008 à 05h28
merci pour ta lecture et ton commentaire !
Amicalement,
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 05/11/2008 à 09h27
DJU770 - le 24/01/2011 à 15h08

Bonjour,
Encore une très jolie nouvelle. J'aime cette manière de décire les petits rien de la vie; cela augmente le suspence et nous rapproche du personnage. De plus, très beau jeu de mots "cisaillé ses jambes" qui laisse infimement présager de la chute.
C'est un plaisir de te lire,
Bye,
Talisman

Commentaire n°5 posté par Talisman le 19/08/2008 à 12h11
Talisman - le 24/01/2011 à 15h08

Qui a encore un mouchoir à carreaux brodé d'initiales?
Je m'attendais à un beau dialogue avec l'ami "chêne" et, patatras! Je vois aussi l'écriteau et je pressens le drame! Ah! ce Patrick! Il n'a pas son pareil pour trouver une chûte!
Deux vies sciées ensemble, abattues.Plus la peine de vivre!Belle fin de vie quand même dans l'amitié...puisqu'il faut une fin!Certain talent, plutôt talent certain!
Ne rougis pas, Patrick! Les compliments sont tout à fait mérités.
B

Commentaire n°6 posté par lubesac le 18/08/2008 à 16h34
Lubesac - le 24/01/2011 à 15h09
Un grand bonheur pour moi de lire cette belle histoire simple, si riche d'émotion, de respect et  de dignité. Tes mots ont une fois encore ce beau pouvoir de l'image ( tendresse pour nos aînés, amitié des arbres et de la nature, figure symbolique du chêne) pour nous prendre fraternellement par la main et nous amener vers d'aussi attachantes rencontres.   Merci pour ce bel instant, cher Patrick.
 (je découvre cette nouvelle un peu tard, pardon... j'étais peu présent ces derniers temps).
Amitiés.
Commentaire n°7 posté par Christian le 01/07/2008 à 13h40
Cher christian,
ne t'excuse en aucune manière pour me lire tardivement.
Mes textes sont lisibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et aucun impératif ne préside ici.
Je suis heureux que tu apprécies cette nouvelle. Un "instant" est ce qui la définit le mieux. tu sais ma difficulté à parler de mes textes alors merci de le faire aussi bien pour moi.
amicalement,
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 04/07/2008 à 15h47
Christian - le 24/01/2011 à 15h10

j'allais regretter qu'on devine d'emblée la maison de retraite, mais non, foi d'impatiente ! ton propos n'est pas dans le suspens "polar", il est beaucoup plus subtile, presqu'aussi sage que ce vieux qui n'attendra pas qu'on le sacrifie. ton écriture reste obstinément dans la découverte simple et miraculeuse de ce qui ne s'achète pas, le goût de la vie.

Commentaire n°8 posté par emmanuelle grangéemmanuelle grangé le 27/06/2008 à 10h24
Merci Emmanuelle.
La vie est faite de joies simples. Peut-être l'avons nous oublié...
tes commentaires sont toujours pour moi si nécessaires et je te remercie de les écrire.
Réponse de PAT DE BIGORRE le 30/06/2008 à 13h52
Emmanuelle - le 24/01/2011 à 15h11