Lire, Ecrire, En Parler : le blog de Patrick FORT



CAGOT !


Découvrez un extrait de " Cagot !", nouvelle que vous pourrez découvrir  dans mon futur recueil :

"Le sang des chaînes"
à paraître au mois de septembre 2009 aux Editions Le Solitaire



« CAGOT ! »

" 1.

Fuir.
Coûte que coûte.
Me frayer un passage à travers les branches épaisses, ignorer les griffures des ronces, oublier les morsures des buissons épineux. 
Surtout ne jamais me retourner pour voir s’ « ils » arrivent.
Chaque seconde est précieuse.
Aucun calcul.
M’enfoncer le plus loin possible dans la forêt, pour mettre la plus grande distance entre « eux » et « moi ».
Traverser les ruisseaux pour que les chiens perdent ma trace, serrer les dents au contact de l’eau glacée, ne plus penser à mes pieds ensanglantés.
Oublier ce froid qui me saisit. Oublier cette soif qui me brûle. Oublier cette douleur qui m’enflamme la poitrine. Oublier la peur surtout.
Puiser au plus profond de moi cette rage qui accélère la cadence de ma course.
S’ils me trouvent, ils me tueront. Je n’ai aucune illusion sur le sort qu’ils me réserveront.
Les chiens excités par l’odeur du sang qui coule de ma chemise en lin grossier, planteront leurs crocs sur toutes les parties de mon corps déjà mort.
J’imagine mes poursuivants, goguenards, observant la scène. Ils s’appuient sur leurs haches pour reprendre leur souffle ; brassent l’air avec leurs bêches, doloires et gourdins pour m’effrayer.
Ils discutent entre eux pour décider à quel arbre me pendre. Le seul point de désaccord. Ils se passent leurs outres et s’essuient la bouche du revers de la main après avoir laissé couler au fonds de leur gorge ce vin aigre.
Je n’ai aucune pitié à attendre d’eux. Ils ne me laisseront pas m’expliquer.
J’ai tort et ils ont raison.
Je ne suis qu’un sale cagot et je me suis battu avec eux, voilà près d’une heure.
Moi, l’impur, j’appartiens à cette race maudite. J’ai osé lever la main sur « eux ».
Las des insultes, des brimades et des vexations, j’ai relevé la tête et les affronter, sans baisser les yeux. J’ai sondé leurs âmes et n’y ai lu que du mépris. Et surtout de la haine.
J’ai refusé de courber l’échine pour l’énième fois et toute ma fureur contenue depuis des années s’est libérée dans une violence sourde. Pour moi, pour nous, pour mes aïeux. "
Mar 30 jun 2009 37 commentaires
ça commence bien ! je vais aller lire la suite.
soleildebrousse - le 29/05/2008 à 23h06
merci soleildebrousse.
je dois rattraper mon retard et te lire.
mais tu écris avec frénésie et il me faudra plusieurs jours...
PAT DE BIGORRE
Ah ah mon ami
Enfin cette nouvelle des cageots.
Elle commence bien et je regrette déjà un petit glossaire (sourire)
What is doloire ? Who are cageots ?
(J'ai oublié pour les cageots et la doloire je ne sais absolument pas ce que c'est...)
Amitié
Thierry

P.S. le format adopté pour la première partie est excellent, un texte cours qui ne décourage pas le lecteur et qui invite à la suite. Il me faut m'en inspirer, parfois mes textes sont beaucoup trop long en 1 article et lorsque je consulte mes statistiques, je vois bien qu'on ne peux lire un article de cette taille en 1:26 mn. (rire)
Thierry Benquey - le 31/05/2008 à 11h09
"CAGOT" thierry pas "CAGEOT" (rires) !
Tu as raison, le format et la longueur des textes est problématique sur Internet...je m'arrache les cheveux à essayer de le résoudre mais me refuse à saucissonner mes textes.
le glossaire...je pense que j'en ajouterai un...
Amitié.
PAT DE BIGORRE
Je commence seulement la lecture (pardon!je suis "surboockée")
Cà commence bien! Tout de suite dans l'action et , ce que j'aime bien, dans un autre temps!Je suis en plein dans l'ambiance et cours avec ce pauvre cagot, ce réprouvé!Et les autres s'amusent à jouer avec lui, comme le chat avec la souris
lubesac - le 04/06/2008 à 16h58
ne t'excuse pas de me lire tardivement. cela n'a aucune importance, tu le sais, je te l'ai déjà écrit.
merci pour ta fidélité et tes commentaires si pertinents.
je t'embrasse,
PAT
PAT DE BIGORRE
 Bonjour Pat,
       Cette fuite désespérée et douloureuse d'un "intouchable" est décrite avec justesse.
       Dés les premières lignes, l'auteur interpelle notre curiosité, dans cette action qui semble vitale pour le fuyard.
       Amitié.
       dédé.
ddlaplume - le 10/09/2008 à 05h39
Bonjour Pat,

     L'auteur nous relate cette époque où la discrimination était fondée sur la peur du malade impur (lèpre).
     Le texte est très édifiant sur ce rejet grave que subissait le "cagot".
     Amitié.
     dédé.
 
ddlaplume le 11/09/2008 à 08h40
DD LA PLUME - le 05/06/2009 à 11h31
Je suis toujours en plein coeur de l'action.Les "charpentiers du pont du diable" me font penser à ces ponts jetés sur les ravins! Qui avaient bien pu les construire sinon des réprouvés dont la vie n'était pas chère?"
Beau combat (non, bien sùr je ne les aime pas!), beau récit serait plus juste et au milieu apparait la salvatrice Marie.Cet Arnaud a un coeur de poète puiqu'il sent la caresse de l'herbe humide et voit le ciel bleu dans un corps de bête traquée
Tout est précis, net, "coloré" et dans chaque morceau de phrase est toute une histoire.
lubesac le 04/06/2008 à 18h03
Et oui, Arnaud aurait pu être poète !  troubadour itinérant plutôt...
Réponse de PAT DE BIGORRE le 26/06/2008 à 16h43
Lubesac - le 05/06/2009 à 11h32
Excellent !
Tu nous tranportes dans ce village avec intelligence. Nous voilà confrontés avec un problème tout aussi actuel qu'humain (Afrique du Sud ces derniers jours). Magnifique.

P.S. la longueur de la deuxième n'enlève rien au rythme mais je persiste à penser que des articles courts sont meilleurs. Toutefois, il est certain qu'il est important dans bien des cas de maintenir une longueur qui n'endommage pas l'intrigue et le rythme.


 Thierry Benquey le 31/05/2008 à 11h18
merci pour tes compliments thierry. oui, tu as raison l'Histoire se répète malheureusement. et tout à fait d'accord pour la problématique que tu soulèves. je ne sais si les textes courts sont meilleurs. chaque nouvelle a son rythme propre et il faut l'adapter au mieux. là est la difficulté.
amitié.
Réponse de PAT DE BIGORRE le 01/06/2008 à 21h07
Thierry Benquey - le 05/06/2009 à 11h33

Assez palpitant en effet, ça donne envie de continuer la lecture. N'est-ce-pas là le plus important pour un récit. J'attends donc avec impatience d'être averti de la suite dans la prochaine newsletter

Chemins de poussiere le 31/05/2008 à 09h54
Chemins de poussière - le 05/06/2009 à 11h34
On embarque  résolument dans ton captivant récit, cher Patrick. Et ce, grâce à ton incroyable talent de conteur, imaginatif et toujours finement pertinent. Notamment pour saisir ce qui me semble être ici (pour autant que je me rappelle) un dramatique fond historique, lointain mais toujours riche d'enseignements et de réflexion. Tu donnes chair et sensibilité profonde - cela se sent nettement, déjà - à l'histoire, à travers le destin de cet homme réprouvé et révolté... Et, partant, tu nous instruis avec profit sur le destin dramatique d'une de ces communautés de cagots, toujours voués à ségrégation (comme lépreux et juifs, en ce même moyen âge, et puis au delà...). Avide que je suis de lire la suite!!...
Amitiés.         
Christian le 30/05/2008 à 00h01

Merci christian pour ton compliment et l'éclairage que tu apportes à ma nouvelle nouvelle.

Amitiés.
Réponse de PAT DE BIGORRE le 30/05/2008 à 19h00
Christian - le 05/06/2009 à 11h36
au bout de ma lecture....j'en tremble encore...suis toute émue...
petite Marie le 29/05/2008 à 22h19

merci Marie pour ton assiduité et ton amitié.
et fier que cette nouvelle te plaise.

Réponse de PAT DE BIGORRE le 30/05/2008 à 19h03
Marie - le 05/06/2009 à 11h36