Lire, Ecrire, En Parler : le blog de Patrick FORT
I. LA CÔTELETTE
Jean-Marie Fort, mon « pépé », avait un don de radiesthésiste.
C’était un as du pendule qu’il interrogeait religieusement, toujours dans un silence de cathédrale. Nous suivions alors dans un grand recueillement les oscillations de cet objet mystérieux, ces mouvements de droite à gauche qui interrogeaient des forces obscures.
Il fermait les yeux, communiquait avec les esprits, invoquait en silence les puissances inconnues des profanes. Le moindre bruit était proscrit et ne devait en aucun cas venir troubler le bon déroulement du rituel. Sous peine d’expulsion illico presto de la pièce et bannissement ad vitam aeternam de l’antre sacré.
Assis, légèrement voûté, il analyse et interprète les signes. Je revois ses yeux mi-clos derrière les verres épais de ses lunettes et ses fines lèvres desquelles ne filtrent que des murmures. Sa main transmet les « vibrations énergétiques » et libère les « forces inconscientes ». Elles passent par la chaîne tenue fermement entre son pouce et son index. Les ondes magnétiques se diffusent alors dans le pendule en laiton et en cuivre. Les secrets finissent par ne plus en être et sont révélés avec une ardente ferveur.
Il arrivait à diagnostiquer et à enlever le « mal ». Il conseillait sur la conduite à tenir pour surmonter les épreuves. Il apportait des clés utiles pour résoudre les difficultés de la vie. La plupart du temps, il s’appuyait sur une simple photo qu’il soumettait au pendule. Et il ne demandait jamais rien en échange. Juste des prières.
J’ai souvent entendu parler d’un fait d’arme à l’aura magique, d’un acte mystérieux qu’il avait accompli au faîte de sa gloire. Il a inscrit son don à jamais dans la légende propre à toute famille.
Pour démontrer qu’il n’était pas un charlatan, il avait magnétisé une côtelette de porc. Le support, servant à démontrer au plus grand nombre l’étendu de son pouvoir, était pour le moins original. Il aurait pu exercer son talent sur un chien, un chat, un lapin ou un objet quelconque mais non, lui il avait choisi une côtelette de porc. Les curieux assemblés autour de lui devaient sourire à la vue de cet original, qui les mains au dessus de ce qui aurait du remplir son estomac, invoquait à voix basse les forces telluriques pour envoûter ce simple morceau de viande.
La côtelette était restée posée sur le rebord de la fenêtre, en plein soleil, une semaine durant. Interdiction à quiconque de s’en approcher sous peine de malédiction jetée sur plusieurs générations. Il montait la garde et veillait au bon déroulement des opérations.
Mystère inexplicable, elle était restée intacte, n’avait pas pourri et même les mouches n’avaient osé s’en approcher. Elle semblait sortir directement de l’étal du charcutier, le papier dans lequel elle avait été enveloppée ne devant pas se trouver bien loin. Sauf qu’elle avait quand même un peu durci et n’était pas consommable. Ou du moins, je ne m’y serais pas hasardé.
Certains esprits chagrins y chercheront une explication rationnelle, voudront y aller de leur théorie scientifique.
Je les remercie de les garder pour eux.
Ils risqueraient d’écorner l’image de mon arrière-grand père et ne me convaincront jamais qu’il est possible de toujours tout expliquer.
J'aime cette phrase de John Ford. L'écriture, l'Art en général transforme la réalité et notre façon de voir le monde le rend moins laid.
Je dois te lire depuis longtemps et vais rattrapper mon retard.
merci encore pour ton commentaire.
Bonjour Pat,
Non!Tu ne rêves pas...c'est moi!
Désolée pour mon absence...depuis mes arrêts cardiaques, je ne suis plus présente!Je te lis...écoute la musique...regarde les photos!Sans commentaires mais toujours aussi interessants!
Tu as fait naitre un sourire avec la côelette! J'adore !De plus, j'apprends avec ton arrière grand père que l'ont peut lire dans le porc!Merci pour ce récit...tu nous offres beaucoup.
Un mnoo bras toujours à l'écoute!
Je t'embrasse Pat
Urucum ou la descente aux enfers
quel plaisir d'avoir de tes nouvelles ! merci pour ton commentaire et tes nombreuses visites.
je t'écris ce soir.
Toujours aussi agréable à lire..
Tu as raison, vouloir tout expliquer est fastidueux et ennuyant.
Amitiés.
salut Pat!
Belle ascendance ? tu ne pouvais me faire plus beau compliment !
Le merveilleux demeure et doit demeurer, oui. Il est déjà si près dans ton jeune regard, à portée de main et en mouvement pendulaire grâce à l'étonnante figure de ton arrière grand-père. Surtout, ne pas chercher ici à "comprendre", en effet! Même dans cet insolite "test" de la cotelette qui, moi, me convainc suffisamment (on veut y croire, ma foi.Ma mère se passionnait pour la radiesthésie, après tout). Et puis tu décris admirablement la scène: ton "pépé", absorbé, concentré, tout à son appel des esprits et des forces inconnues. Merci à toi pour cette belle et touchante évocation.
Amitiés.
Christian
J'ai le souvenir précis de mon pépé manipulant son pendule. J'étais intrigué et son "don" fait partie de la mémoire familiale. Après, chacun y croit ou...pas !
Je vais demander à mon oncle où est passé ce pendule...
je t'embrasse.
Amitié
Thierry
J'ai attendu sur le rebord de la fenêtre pour voir si j'allais résister comme la côtelette. Hélas, je n'avais pas trouvé le bon magnétiseur.Ton ascendance doit te prédisposer à une grande sensibilité.As-tu essayé de voir si toi aussi tu avais des dons?
J'ai beaucoup aimé ce récit toujours dans la même athmosphère qui est la tienne.
J'ai toujours du mal à croire l'inexplicable; pourtant, je connaissais un magnétiseur qui supprimait les douleurs de mes amis...alors???
Belle description que tu nous fais de la scène avec la côtelette, ainsi nous n'avons plus besoin de frigo.
Bon dimanche. dédé.