Lire, Ecrire, En Parler : le blog de Patrick FORT

« Le Misanthrope » de Molière

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J’imagine vos mines renfrognées et le bâillement poli que vous dissimulez à la simple évocation de ce cher Jean-Baptiste Poquelin.
Discours maintes fois entendus, ressassés…(et mal digérés), vous direz vous peut-être…
Molière est malheureusement associé pour certaines et certains à des souvenirs scolaires ennuyeux, à ces lectures imposées et oubliées une fois l’année écoulée.
Racine, Corneille, Molière…tous ces noms ont des relents de classicisme avarié et sont cantonnés sur les étagères poussiéreuses des bibliothèques.
Et pourtant…
Beaucoup gagneraient à relire « L’école des femmes » ou « Phèdre » plutôt que de perdre leur temps à consommer les best-sellers qu’il faut avoir lus sous peine de retard mental avéré.
Le 4 juin 1666, pour la première fois, Molière interprète le rôle d’Alceste dans « Le misanthrope », au théâtre du Palais Royal.
342 ans après, cette pièce extraordinaire, à l’ambiguïté si fascinante, est toujours actuelle par la problématique qu’elle pose : comment être soi en société, sans se trahir et sans tromper les autres.

« Le Misanthrope ou l’atrabilaire amoureux » a été écrit par Molière en pleine affaire « Tartuffe » et les démêlés publics violents qui ont suivi. La cabale qu’il a subie, la rancœur, l’abattement sous-tendent l’intrigue et transparaissent dans chacun des vers. Ses problèmes de santé ajoutés à l’amour orageux entre lui et Armande Béjart participent à la gravité du ton de la pièce.
Comment résumer le sujet du « Misanthrope » en quelques phrases ? Alceste est amoureux de Célimène. Lui qui prêche la sincérité absolue, contrairement à son ami Philinte plus tempéré mais surtout ambigu, lui, pourfendeur de l’hypocrisie, aime la courtisane assoiffée de mondanités et d’artifices. On ne fait pas mieux comme couple mal assorti.
Pendant 5 actes, il tentera de connaître l’authenticité de ses sentiments à elle et se heurtera à des murs d’incompréhension.
Des personnages gravitent autour de lui, se flattent, se déchirent et essaient de communiquer entre eux : Arsinoé, une fausse ou vrai ( ?) prude au monde intérieur dévasté ; Eliante, cousine de Célimène éprise d’Alceste (mais celui-ci ne s’en rend pas compte) ; Acaste et Clitandre, marquis-courtisans qui rivalisent d’inventivité et de fatuité pour séduire Célimène ; Oronte, type même du noble se croyant poète mais se découvrant surtout creux.
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Dressant un portait au vitriol de la société de salon, Molière inscrit sa pièce dans le registre de la comédie de mœurs et de caractère, s’interrogeant sur la complexité des rapports humains et posant un regard critique sur l’homme comme être social.
Les failles et les déchirures tues se devinent derrière les mots. Les souffrances sont dissimulées, jamais avouées car dangereuses et pouvant fragiliser dans un monde où règne l’apparence.
Paradoxe : fuyant ses semblables, Alceste ne peut vivre sans eux et lui qui prétend que « L’ami du genre humain n’est point du tout [son] fait », n’est jamais seul sur scène.
« Le misanthrope » est une pièce toute en ambiguïté, pétrie de contradictions, qui se joue dans un lieu-clos mais en mouvements incessants, aux jeux de miroirs perpétuels qui fragilisent et craquèlent le vernis des masques.

Plusieurs lectures ont été faites de cette pièce, sous des angles de vue multiples (romantique, psychanalytique, marxiste, etc.) et parfois farfelues…
La richesse du « Misanthrope » est qu’elle est d’une modernité incroyable car elle s’adresse à chacun d’entre nous par les interrogations qu’elles soulèvent et auxquelles elle ne répond pas.

Dans toutes ses pièces, derrière la noirceur du rire, Molière nous renvoie à ce que nous sommes, nos petitesses, nos travers, nos idéaux, notre soif d’absolu, nos peurs…
Et ce qu’il a écrit au 17ème siècle est toujours aussi actuel aujourd’hui.
Dans le fonds, rien n’a changé.
Mar 25 mar 2008 9 commentaires
je te crois, je te rejoints sur certains points....Mais je préfère te lire toi...c'est beaucoup beaucoup plus poétique et beau et beaucoup beaucoup moins moins "chiant" ! (rires)
GEHBAUER - le 25/03/2008 à 18h53
Voilà pour nous inciter à une relecture sous un autre angle...avec davantage de distance.
(moi aussi,je préfère te lire,toi!)
lubesac - le 25/03/2008 à 19h07
Je te rejoins moi aussi...notamment sur les "best-sellers" qu'il faut avoir lu sous peine d'être taxé de retard mental avéré, voire de se voir taxé de "passéïsme"

Et pourtant beaucoup de ces prix littéraires, malgré une omni-présence dans les émissions littéraires, seront très vites oubliés dans quelques années. Même beaucoup moins que ça pour certains.

Rien n'a changé, mais surtout rien n'a été inventé. "Le misanthrope" comme beaucoup d'autres pièces de Molière, reste d'une grande modernité
Robert Loi - le 25/03/2008 à 19h12
misanthrope, tu n'es point.
hervé pizon - le 25/03/2008 à 22h50

Molière était un grand, un avant gardiste, je l'ai beaucoup lu en d'autres temps... merci de nous en parler ici.

reb - le 25/03/2008 à 23h39
encore un bien bel hommage, à cet autre écrivain de ta bibliothèque. je me rapppelle le grand Philippe Clèvenot dans ce rôle titre et Christiane Cohendy dans Célimène mise en scène de J.-P. Vincent, un des plus beaux Misanthrope. j'ai joué Elmire, Armande, Elvire, Mme de Sottenville... toujours avec cette impression qu'il me fallait lire relire ces textes, qu'en eux seuls résidait la façon de les dire.
Merci Patrick.
emmanuelle grangé - le 26/03/2008 à 00h01
Molière, ô combien digne d'être retrouvé, relu, vu, savouré pour tout ce qu'il nous révèle, oui, sur nous-mêmes, aujourd'hui! Et je savoure déjà cette juste et belle évocation, sous ta plume. Une invitation bien pertinente  pour redécouvrir ce qui fait, je crois aussi, la tonalité universelle du Misanthrope. Un beau fleuron de ta bibliothèque. Je dois personnellement beaucoup, à l'échelle de mes lointaines années de collège, à un excellent professeur de Français de nous avoir fait aimer Molière et la modernité de son oeuvre. Il nous consuisait, ce passionné de poésie comme de théâtre à des représentations (en tournée de province) du "Misanthrope", du " Bourgeois G.",  de"L'Ecole des F." etc...) Souvenirs émerveillés. Et puis sur Molière lui-même, le film d'Ariane Mnouchkine, découvert en ces années 70 en avait marqué plus d'un! Merci, Patrick, de cette suggestive redécouverte, toujours nécessaire, à mon sens. Quant aux best sellers... je suis prêt, moi, à assumer quelque "retard mental" dûment avéré... (sourire, quand même...)
Bien à toi.
Ch 
Christian - le 26/03/2008 à 00h54
Moliere sera toujours dans ma bibliotheque. Merci Pat pour cet enthousiasme que tu nous redonnes.
Seb - le 26/03/2008 à 11h14
il s avére qu il s agit de ma piéce préférée , j ai donc apprécié ce retour sur une piéce qui me touche et que j aime lire et relire..
villeneuve - le 27/03/2008 à 09h18