Lire, Ecrire, En Parler : le blog de Patrick FORT
Paysage mental : je suis ce que vous voyez
(Mise à jour du 4 octobre 2008)
Je suis ce que vous voyez.
Le soleil se lève sur l’Arraü.
Il caresse d’une lumière chaude et réconfortante les chênes, les châtaigniers, les sapins, les hêtres, les bouleaux de la forêt de Trescouts.
La montagne se teinte progressivement de couleurs chatoyantes, les ombres se dissipent, dévoilant des nuances infinies, caressant l’oeil endormi par la brume matinale.
Havre de paix pour le voyageur égaré, elle m’étourdit par sa beauté insondable et ses dégradés de couleurs aux variantes infinies.
Je m’enracine et je hume ces odeurs de terre mouillée, ces senteurs résineuses, ce bois mort recouvert de mousse, ces écorces et ces branches jonchant le sol au milieu des fougères rousses. Incapable de bouger, j’écoute ces mille bruits imaginés : un tapis de feuilles mortes crissant sous les pas du promeneur, un pic-vert s’acharnant sur le tronc d’un arbre, le vent frémissant dans les branches épaisses des marronniers, tous ces chants d’oiseaux qui s’interpellent et se répondent.
Mon regard parcourt les collines à la courbe harmonieuse, gravit les pentes abruptes de Batdaü et je m’allonge, essoufflé, dans la neige scintillante, m’émerveillant devant la splendeur de ce cirque naturel. Une buse passe au-dessus de moi, épousant le souffle du vent.
Je la suis, la perd de vue puis l’imagine volant au-dessus de l’Aouilhet, se posant sur le Pic de l’Estibète peuplé par des isards.
Je songe à ce refuge construit par des bergers et auquel on accède après avoir suivi un sentier rugueux et caillouteux.
Je le parcours mentalement. Je traverse une hêtraie somptueuse au charme solennel. Une lumière, toujours douce, filtre à travers les cimes des arbres, ravit l’âme, chasse la fatigue, apaise les muscles endoloris.
J’avale les sous-bois et parviens enfin au sommet, hagard et régénéré. Je deviens ces murs en pierre, ces bancs en chêne, ce feu qui m’accueille dans la cheminée.
Je suis ce refuge.
Et je m’endors à même le sol.
Calme.
Je suis ce que vous voyez.
Mon paysage mental se nourrit de la tranquillité de la Pâle, s’abreuve jusqu’à plus soif aux multiples sources du Pré du Roy, respire l’odeur des sapins sur les escarpements des Pernes.
Je tombe dans le gave de Pau et me laisse entraîner par le courant violent. Mon corps glisse sur l’eau, sans effort, porté par le courant. J’évite les rochers de la Cularque, contemple les sous-bois et devine le frémissement du vent dans les branches. Je me retrouve dans les remous dangereux du Pont des Grottes. Le ciel bleu et l’eau glaciale s’unissent, fusionnent et communient. Je me réveille, sonné, sur le rivage et mon front racle les galets.
La mémoire me revient par bribes. Les souvenirs se mêlent au présent et colorent d’un ton sépia le passé.
Je suis ce que vous voyez.
Les rues étroites, aux murs dévorés par le lierre, d’un village du piémont Pyrénéen.
Un vieux lavoir abandonné où coule la Batmale.
Les restes d’une abbaye dont on devine l’histoire.
Un clocher qui rythme de son tocsin les journées des habitants.
Un banc à la peinture écaillée où je retrouvais mes amis.
Le bois de mon enfance dans lequel je construisais des cabanes. La place où se rassemblent toujours les anciens à l’ombre des marronniers. Une école primaire dont une partie des locaux a été transformée en musée. Le café, lieu de rencontres, que les figures hautes en couleur ont déserté pour rejoindre un « ailleurs ». Parfois, de je ne sais où, j’ai l’impression qu’ils nous voient.
Je suis ce que vous voyez.
Un sentier qui vous mène au sommet du Mousquès où l’on chassait les palombes avec des filets. La Tourette qui recèle de coins secrets pour les amoureux des cèpes. Puis vous vous retournez et vous apercevez le Collège, massif et autour duquel sont agglutinées les maisons aux toits d’ardoise. Plusieurs générations y ont poursuivi leurs études mais il a fermé et les cris des enfants emplissent encore son préau, à l’ombre des murs salies par la pluie.
Je suis ce que vous voyez.
Les mots se brisent dans ma gorge. Je n’arrive plus à parler, envahi par le paysage.
La Génie Braque et la Génie Longue qui se rejoignent au Pont du Diable après avoir traversé la forêt du Mourle. Un champ enneigé qu’enfant je dévalais sur une luge en bois. La Dame du Montagnou, statue auprès de laquelle plus personne ne vient se recueillir, abandonnée en haut de cette colline et surplombant la vallée.
Je suis ce que vous voyez et tout m’y ramène.
Je suis ce que vous voyez.
Fermez les yeux et vous le verrez.
Peut-être.
Patrick FORT 2008 Tous droits réservés.
Le soleil se lève sur l’Arraü.
Il caresse d’une lumière chaude et réconfortante les chênes, les châtaigniers, les sapins, les hêtres, les bouleaux de la forêt de Trescouts.
La montagne se teinte progressivement de couleurs chatoyantes, les ombres se dissipent, dévoilant des nuances infinies, caressant l’oeil endormi par la brume matinale.
Havre de paix pour le voyageur égaré, elle m’étourdit par sa beauté insondable et ses dégradés de couleurs aux variantes infinies.
Je m’enracine et je hume ces odeurs de terre mouillée, ces senteurs résineuses, ce bois mort recouvert de mousse, ces écorces et ces branches jonchant le sol au milieu des fougères rousses. Incapable de bouger, j’écoute ces mille bruits imaginés : un tapis de feuilles mortes crissant sous les pas du promeneur, un pic-vert s’acharnant sur le tronc d’un arbre, le vent frémissant dans les branches épaisses des marronniers, tous ces chants d’oiseaux qui s’interpellent et se répondent.
Mon regard parcourt les collines à la courbe harmonieuse, gravit les pentes abruptes de Batdaü et je m’allonge, essoufflé, dans la neige scintillante, m’émerveillant devant la splendeur de ce cirque naturel. Une buse passe au-dessus de moi, épousant le souffle du vent.
Je la suis, la perd de vue puis l’imagine volant au-dessus de l’Aouilhet, se posant sur le Pic de l’Estibète peuplé par des isards.
Je songe à ce refuge construit par des bergers et auquel on accède après avoir suivi un sentier rugueux et caillouteux.
Je le parcours mentalement. Je traverse une hêtraie somptueuse au charme solennel. Une lumière, toujours douce, filtre à travers les cimes des arbres, ravit l’âme, chasse la fatigue, apaise les muscles endoloris.
J’avale les sous-bois et parviens enfin au sommet, hagard et régénéré. Je deviens ces murs en pierre, ces bancs en chêne, ce feu qui m’accueille dans la cheminée.
Je suis ce refuge.
Et je m’endors à même le sol.
Calme.
Je suis ce que vous voyez.
Mon paysage mental se nourrit de la tranquillité de la Pâle, s’abreuve jusqu’à plus soif aux multiples sources du Pré du Roy, respire l’odeur des sapins sur les escarpements des Pernes.
Je tombe dans le gave de Pau et me laisse entraîner par le courant violent. Mon corps glisse sur l’eau, sans effort, porté par le courant. J’évite les rochers de la Cularque, contemple les sous-bois et devine le frémissement du vent dans les branches. Je me retrouve dans les remous dangereux du Pont des Grottes. Le ciel bleu et l’eau glaciale s’unissent, fusionnent et communient. Je me réveille, sonné, sur le rivage et mon front racle les galets.
La mémoire me revient par bribes. Les souvenirs se mêlent au présent et colorent d’un ton sépia le passé.Je suis ce que vous voyez.
Les rues étroites, aux murs dévorés par le lierre, d’un village du piémont Pyrénéen.
Un vieux lavoir abandonné où coule la Batmale.
Les restes d’une abbaye dont on devine l’histoire.
Un clocher qui rythme de son tocsin les journées des habitants.
Un banc à la peinture écaillée où je retrouvais mes amis.
Le bois de mon enfance dans lequel je construisais des cabanes. La place où se rassemblent toujours les anciens à l’ombre des marronniers. Une école primaire dont une partie des locaux a été transformée en musée. Le café, lieu de rencontres, que les figures hautes en couleur ont déserté pour rejoindre un « ailleurs ». Parfois, de je ne sais où, j’ai l’impression qu’ils nous voient.
Je suis ce que vous voyez.
Un sentier qui vous mène au sommet du Mousquès où l’on chassait les palombes avec des filets. La Tourette qui recèle de coins secrets pour les amoureux des cèpes. Puis vous vous retournez et vous apercevez le Collège, massif et autour duquel sont agglutinées les maisons aux toits d’ardoise. Plusieurs générations y ont poursuivi leurs études mais il a fermé et les cris des enfants emplissent encore son préau, à l’ombre des murs salies par la pluie.
Je suis ce que vous voyez.
Les mots se brisent dans ma gorge. Je n’arrive plus à parler, envahi par le paysage.
La Génie Braque et la Génie Longue qui se rejoignent au Pont du Diable après avoir traversé la forêt du Mourle. Un champ enneigé qu’enfant je dévalais sur une luge en bois. La Dame du Montagnou, statue auprès de laquelle plus personne ne vient se recueillir, abandonnée en haut de cette colline et surplombant la vallée.
Je suis ce que vous voyez et tout m’y ramène.
Je suis ce que vous voyez.
Fermez les yeux et vous le verrez.
Peut-être.
Patrick FORT 2008 Tous droits réservés.
Jeu 27 nov 2008
35 commentaires
Lunion de ce TOUT dans L'UN...symbiose des sens dans un corpus grandiose...virtuose compositeur qu'est l'âme retransmis avec autant de grâce et de majesté...Meci pour ce rêve baladeur !
GEHBAUER - le 17/03/2008 à 10h17
C'est un bonheur de refaire en ta compagnie cette superbe promenade,
toujours si émouvante. L'heureuse disposition de ces très belles photos
vient prolonger notre regard déjà captivé par les images, par les
sensations si profondes que porte ton magnifique texte, déclaration
d'amour à cette nature qui t'es si chère. Et nous aussi, oui, on l'aime
bigrement ton cher pays, ami Patrick!
Bien à toi.
Ch
Bien à toi.
Ch
Christian - le 17/04/2008 à 13h46
oui revu avec plaisir...}
Hervé Piz[on] - le 17/04/2008 à 13h46
je ne suis pas écrivains, (a vrai dire je n'y connais rien a l'écriture) je suis simplement un cousin (fils de dominique) qui a attendu parlé de ton blog et qui vien te faire un petit coucou.j'ai lu la lettre et je trouve que tu as une trés belle plume et ce n'est pas normal qu'elle n'est pas premiere.bon sur ceux je m'en vais reprendre mon train pour rejoindre les montagnes de paris et les animaux des cités dans lesquelles j'interviens. ton petit cousin pompier de paris (et non vétérinaire...).alors au 14 juin je serais là... a bientot bisous
gregory fort - le 02/06/2008 à 11h22
Cher cousin ! tu n'imagines pas le plaisir que j'ai eu en découvrant ton commentaire.
Au 14 juin (nous parlerons plus longuement) et bon courage...
je t'embrasse.
Au 14 juin (nous parlerons plus longuement) et bon courage...
je t'embrasse.
PAT DE BIGORRE
Bonsoir j'ai parcourus votyre blog,et il me plait beaucoup
j'adore vos ecrits,vos photos,c'set un tres beau blog
merci a vous de nous faire partager vos pensés
j'adore vos ecrits,vos photos,c'set un tres beau blog
merci a vous de nous faire partager vos pensés
Isabel - le 11/07/2008 à 23h36
Bonsoir Patrick,
Très joli voyage que tu nous offres avec tes mots, mais aussi accompagnés de superbes photos.
Cette terre que tu aimes tant, et que tu nous fais l'honneur de la partager.
Amitié.
dédé.
Très joli voyage que tu nous offres avec tes mots, mais aussi accompagnés de superbes photos.
Cette terre que tu aimes tant, et que tu nous fais l'honneur de la partager.
Amitié.
dédé.
ddlaplume - le 15/07/2008 à 18h12
Absolument magnifique. Tout est équilibré, les images et celles des mots. La répétition du "je suis ce que vous voyez" est parfaite et elle souligne cette relation au terroir que je ne connais pas et qui me manque parfois. Je l'ai compensé en essayant de me sentir bien dans tout coin de nature, mais il est évident que cela n'est pas comparable avec les lieux où nous sommes devenus grand.
Amitié
Thierry
ps encore !
Amitié
Thierry
ps encore !
Thierry Benquey - le 04/10/2008 à 10h20
Merci Thierry. Un tel compliment venant de l'écrivain confirmé que tu es me flatte. Oui, je suis attaché à mes racines, à mes montagnes. Savoir d'où l'on vient est nécessaire pour se
construire et vivre au mieux son quotidien. Mais, tous les lieux que nous traversons ensuite ou ceux dans lesquels nous vivons restent ancrés en nous à jamais.
Amitié.
PAT
Amitié.
PAT
PAT DE BIGORRE
Bonjour Pat,
La présentation de ton blog est claire. On ne risque pas de se perdre en parcourant les jolis paysages que tu nous offres.
La page d'accueil nous donne tous les renseignements nécessaires pour trouver les titres, dont les écrits sont toujours de qualité.
Aucun risque donc de s'égarer au milieu de tes récits. Et si cela devait arriver, ce ne serait que du bonheur de devoir rester à te lire.
Amitié.
dédé.
La présentation de ton blog est claire. On ne risque pas de se perdre en parcourant les jolis paysages que tu nous offres.
La page d'accueil nous donne tous les renseignements nécessaires pour trouver les titres, dont les écrits sont toujours de qualité.
Aucun risque donc de s'égarer au milieu de tes récits. Et si cela devait arriver, ce ne serait que du bonheur de devoir rester à te lire.
Amitié.
dédé.
ddlaplume - le 07/10/2008 à 04h44
Merci DD pour tes compliments et ton enthousiasme ! Le temps passé sur ce blog pour le rendre cohérent ne compte plus quand je lis ce que tu m'écris...
Amitié.
PAT
Amitié.
PAT
PAT DE BIGORRE
Beau voyage de l'âme au coeur de la nature. Contemplation et ressourcements, merci pour ces bons moments.
L'essentiel est invisible à l'oeil nu pour la race des êtres humains.
;o)
L'essentiel est invisible à l'oeil nu pour la race des êtres humains.
;o)
Yasmine - le 09/10/2008 à 19h39
Merci Yasmine pour ton passage en ces lieux. Voir au delà et prendre le temps de la faire. L'important est là...
Amicalement,
PAT
Amicalement,
PAT
PAT DE BIGORRE
Sans doute parce que je ne suis pas enracinée depuis des générations quelque part, j'ai toujours admiré les auteurs "terriens", ceux qui ont des racines bien ancrées et savent les dire, en mots, en images...
Je t'ai lu, et j'ai vu tes ancrages. Et moi qui suis une vraie citadine, j'ai senti l'odeur de ta terre.
Alors merci de nous avoir fait partager tes paysages, qui sont un peu de toi.
Je t'ai lu, et j'ai vu tes ancrages. Et moi qui suis une vraie citadine, j'ai senti l'odeur de ta terre.
Alors merci de nous avoir fait partager tes paysages, qui sont un peu de toi.
Elisabethh - le 11/10/2008 à 12h03
Merci Elisabethh pour ta visite et ce beau commentaire. je suis sensible à tes compliments. il est très important pour moi de mettre en avant mes racines que je revendique. savoir d'où l'on
vient est primordial. sans la nature, je deviens fou. les villes me font peur. j'aime y aller mais de façon épisodique.
savoir que tu as senti l'odeur de la terre en me lisant est un beau compliment...
merci encore,
PAT
savoir que tu as senti l'odeur de la terre en me lisant est un beau compliment...
merci encore,
PAT
PAT DE BIGORRE