Par Patrick FORT
V. HALTE LÀ ! LES MONTAGNARDS SONT LÀ !
- Première partie -
1.
Je traverse depuis une dizaine de jours une légère dépression passagère, porté par des courants plutôt
descendants.
Le matin, après m’être extirpé avec grande difficulté de mon lit, je n’aspire qu’à me recoucher.
Je n’ai plus le goût à rien. Je suis fatigué et je n’ai envie de voir personne. Je n’ai plus la notion du temps.
Saluer mon voisin de palier me demande un effort surhumain.
Je n’ai plus faim et je reste assis de longues heures dans ma cuisine, à fixer les tapisseries ternes et à me demander quelles raisons mystérieuses m’ont poussé à y venir.
Mon appartement est sans dessus dessous et moi qui suis un as du ménage, je contemple, absent, ce foutoir, ces livres qui traînent sur la table basse au milieu des canettes de bière et des chaussettes dépareillées.
Etranger à moi-même et au monde.
Je ne lis plus. Je n’allume plus la télé. Je n’écoute plus de musique.
Je n’irai pas jusqu’à dire, comme ce cher Charles Baudelaire, que « la chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres » mais peu s’en faut.
Une tristesse infinie a assiégé mon cerveau et les interactions neurologiques me plongent dans une apathie inexplicable.
J’ai des comportements étranges.
Un exemple.
Hier, je suis sorti m’approvisionner en nicotine au tabac du coin. En effet, après trois ans d’arrêt, je me suis remis à fumer.
Un bref coup d’oeil dans la glace de la salle de bain, juste avant de franchir la porte d’entrée, m’a permis de contempler fugacement l’étendue des dégâts. Une coupe de cheveux à rendre jaloux Charles Ingalls. Une barbe de terroriste pakistanais et des cernes qui bleuissaient un regard aussi expressif que celui d’un poisson rouge.
Je me suis retrouvé dehors sans me souvenir d’avoir descendu les escaliers. Dans la rue, j’avais l’impression que l’on me dévisageait avec amusement et le buraliste m’a tendu ma cartouche de cigarettes avec un regard ironique. Souhaitant ranger la monnaie dans mon portefeuille, je l’ai cherché en vain dans la poche de mon jean et j’ai réalisé avec horreur que j’étais en pyjama. Je suis alors sorti précipitamment, désireux de rentrer au plus vite, fuyant les passants et désirant me téléporter chez moi.
Juste devant mon immeuble, une publicité affichée sur un kiosque à journaux a retenu mon attention. Elle datait un peu car depuis la vie sentimentale de notre cher président s’était nettement améliorée. L’air désespéré, le petit Nicolas faisait la « Une » d’un magazine people et la légende qui accompagnait la photo, en lettres capitales, était d’un larmoyant affligeant: « Je n’en peux plus d’être seul à l’Élysée ! »
Je me suis alors assis sur le premier banc venu.
J’ai pris ma tête entre mes mains et, incapable de retenir mes sanglots, je me suis mis à pleurer pendant plusieurs minutes,
Pas sur son sort à lui mais sur le mien. Cette phrase, pleine d’empathie nauséabonde, me renvoyait à moi-même.
Une main s’est posée sur mon épaule et j’ai levé les yeux.
Georges, un SDF avec lequel j’avais un jour échangé quelques mots, après l’avoir dépanné de quelques euros, me tendait une bouteille de vin :
« Bois un coup mon pote, ça ira mieux après… ».
Sa barbe à la Victor Hugo lui donnait un air d’une grande sagesse renforcée par une quiétude intérieure. Il me scrutait, interrogatif, fronçant les sourcils et retenant une quinte de toux.
J’ai décliné son invitation et me suis relevé, un peu vacillant.
« Merci Georges mais ne vous inquiétez pas. Juste un accès de faiblesse passager »
- T’es sûr mon gars parce que t’as pas l’air trop bien ?
- Si, si. Tout va bien. Je dois juste rentrer me reposer. C’est la faute à Sarkosy…
- Quoi ?
- Laissez tomber. Je ne sais plus ce que je raconte ces temps-ci…
- Tu sais que tu peux me parler…
- Merci mais je suis juste fatigué et je dois rentrer.
- N’hésite pas à…
- Bonne journée Georges et merci.
J’ai remonté les cinq étages, me suis affalé dans le canapé et me suis endormi comme une masse.
J’ai été tiré d’un sommeil profond par la sonnerie de la porte d’entrée. Je croyais rêver et n’ai pas réalisé tout de suite que j’avais de la visite.
Je me suis levé, l’esprit embrouillé et comateux. J’ai fini par ouvrir la porte.
Dans l’encadrement se découpait la frêle silhouette de Jean-Marie Brignoux.
« Eh bé ! t’en as mis du temps boudiou du con ! j’ai même cru que t’étais mort ! »
Aujourd’hui, c’était la dernière personne que j’avais envie de voir.
« Tout le bonheur du monde est dans l'inattendu » a écrit Jean d’Ormesson.
Je n’aime pas Jean d’Ormesson.
Le matin, après m’être extirpé avec grande difficulté de mon lit, je n’aspire qu’à me recoucher.
Je n’ai plus le goût à rien. Je suis fatigué et je n’ai envie de voir personne. Je n’ai plus la notion du temps.
Saluer mon voisin de palier me demande un effort surhumain.
Je n’ai plus faim et je reste assis de longues heures dans ma cuisine, à fixer les tapisseries ternes et à me demander quelles raisons mystérieuses m’ont poussé à y venir.
Mon appartement est sans dessus dessous et moi qui suis un as du ménage, je contemple, absent, ce foutoir, ces livres qui traînent sur la table basse au milieu des canettes de bière et des chaussettes dépareillées.
Etranger à moi-même et au monde.
Je ne lis plus. Je n’allume plus la télé. Je n’écoute plus de musique.
Je n’irai pas jusqu’à dire, comme ce cher Charles Baudelaire, que « la chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres » mais peu s’en faut.
Une tristesse infinie a assiégé mon cerveau et les interactions neurologiques me plongent dans une apathie inexplicable.
J’ai des comportements étranges.
Un exemple.
Hier, je suis sorti m’approvisionner en nicotine au tabac du coin. En effet, après trois ans d’arrêt, je me suis remis à fumer.
Un bref coup d’oeil dans la glace de la salle de bain, juste avant de franchir la porte d’entrée, m’a permis de contempler fugacement l’étendue des dégâts. Une coupe de cheveux à rendre jaloux Charles Ingalls. Une barbe de terroriste pakistanais et des cernes qui bleuissaient un regard aussi expressif que celui d’un poisson rouge.
Je me suis retrouvé dehors sans me souvenir d’avoir descendu les escaliers. Dans la rue, j’avais l’impression que l’on me dévisageait avec amusement et le buraliste m’a tendu ma cartouche de cigarettes avec un regard ironique. Souhaitant ranger la monnaie dans mon portefeuille, je l’ai cherché en vain dans la poche de mon jean et j’ai réalisé avec horreur que j’étais en pyjama. Je suis alors sorti précipitamment, désireux de rentrer au plus vite, fuyant les passants et désirant me téléporter chez moi.
Juste devant mon immeuble, une publicité affichée sur un kiosque à journaux a retenu mon attention. Elle datait un peu car depuis la vie sentimentale de notre cher président s’était nettement améliorée. L’air désespéré, le petit Nicolas faisait la « Une » d’un magazine people et la légende qui accompagnait la photo, en lettres capitales, était d’un larmoyant affligeant: « Je n’en peux plus d’être seul à l’Élysée ! »
Je me suis alors assis sur le premier banc venu.
J’ai pris ma tête entre mes mains et, incapable de retenir mes sanglots, je me suis mis à pleurer pendant plusieurs minutes,
Pas sur son sort à lui mais sur le mien. Cette phrase, pleine d’empathie nauséabonde, me renvoyait à moi-même.
Une main s’est posée sur mon épaule et j’ai levé les yeux.
Georges, un SDF avec lequel j’avais un jour échangé quelques mots, après l’avoir dépanné de quelques euros, me tendait une bouteille de vin :
« Bois un coup mon pote, ça ira mieux après… ».
Sa barbe à la Victor Hugo lui donnait un air d’une grande sagesse renforcée par une quiétude intérieure. Il me scrutait, interrogatif, fronçant les sourcils et retenant une quinte de toux.
J’ai décliné son invitation et me suis relevé, un peu vacillant.
« Merci Georges mais ne vous inquiétez pas. Juste un accès de faiblesse passager »
- T’es sûr mon gars parce que t’as pas l’air trop bien ?
- Si, si. Tout va bien. Je dois juste rentrer me reposer. C’est la faute à Sarkosy…
- Quoi ?
- Laissez tomber. Je ne sais plus ce que je raconte ces temps-ci…
- Tu sais que tu peux me parler…
- Merci mais je suis juste fatigué et je dois rentrer.
- N’hésite pas à…
- Bonne journée Georges et merci.
J’ai remonté les cinq étages, me suis affalé dans le canapé et me suis endormi comme une masse.
J’ai été tiré d’un sommeil profond par la sonnerie de la porte d’entrée. Je croyais rêver et n’ai pas réalisé tout de suite que j’avais de la visite.
Je me suis levé, l’esprit embrouillé et comateux. J’ai fini par ouvrir la porte.
Dans l’encadrement se découpait la frêle silhouette de Jean-Marie Brignoux.
« Eh bé ! t’en as mis du temps boudiou du con ! j’ai même cru que t’étais mort ! »
Aujourd’hui, c’était la dernière personne que j’avais envie de voir.
« Tout le bonheur du monde est dans l'inattendu » a écrit Jean d’Ormesson.
Je n’aime pas Jean d’Ormesson.
(A suivre...)
Deuxième partie
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