Lundi 12 novembre 2007
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09:54
Par Patrick FORT
ET CUM SPIRITU TUO
- 1ère partie -
Platon avait raison. La réalité n'existe pas.
Nous ne percevons qu'une vision subjective du monde, passée à travers les filtres de notre vécu, de notre personnalité et de notre affect.
Les difficultés rencontrées pour communiquer entre nous en découlent. La confrontation de nos ressentis se heurte violemment à cette évidence : nous ne percevons pas tous la réalité de la même façon.
En attendant, à cet instant précis, ma vision du monde à moi elle est simple : au milieu d’un chantier, je gis au fonds d'un fossé dans lequel je suis tombé. J'ai la jambe fracturée, le visage griffé par les ronces. Ma question métaphysique du moment est simple : comment vais-je m'y prendre pour en sortir ? Et Platon et son mythe de la caverne ne me servent absolument à rien. De plus, pour ne rien gâcher au plaisir, quatre types armés sont à mes trousses pour me descendre. Au fonds d'un fossé, trois mètres restent trois mètres. Pour qui que ce soit. Vécu différent ou pas, que vous soyez issu d’une riche famille ou d’un quartier populaire, une jambe fracturée reste fracturée.
Si vous avez un peu de temps à me consacrer alors laissez moi vous raconter comment j'en suis arrivé là.
J'ai toujours eu un don pour m'attirer des ennuis. Et le pire, c'est que je ne le fais même pas exprès.
Je m'appelle Jacques Gilbert et j'ai 41 ans. C'est comme si j'avais deux prénoms et deux noms à la fois. Je vis du RMI et cela me suffit. Dans le mot RMI, le « I » d'insertion me déplait. J'ai peur d'être pathologiquement atteint, catalogué comme sociopathe ou associal. Je ne me sens pas concerné par cette appellation. Je me sens plutôt bien inséré dans la société. Mon problème : je suis fainéant. Le travail n'est vraiment pas fait pour moi. Parler plutôt de « Revenu Minimum pour les personnes Inintéressées par un travail quelconque » serait plus pertinent. Cela me vexerait moins et serait plus joli. Il faudra que j ‘en parle à l'assistante sociale qui me suit. Je suis sûr qu'elle y sera sensible. Les travailleurs sociaux ont le don de vous écouter tout en sachant pertinemment qu'ils ne peuvent rien pour vous.
J'habite dans un petit appartement, avec quelques meubles. Je ne roule pas sur l'or mais j'ai développé une vie ascétique qui me permet de me détacher des choses matérielles. Pour autant, j'ai des fins de mois difficiles. J’ai une fâcheuse tendance : laisser traîner les factures et à les oublier au fonds des tiroirs. Freud dirait sûrement que c’est un acte manqué. Les impayés, les commandements de payer et autres subtilités administratives sont mon lot quotidien. Je connais bien les services contentieux sur lesquels je suis incollable.
Je me suis toujours dit que Sénèque, en ayant le pouvoir et l'argent - faut quand même pas oublier qu'à l époque c'était un des hommes les plus puissants de Rome ! - avait bon dos de développer ses théories sur la renonciation, la quête de la sagesse et tout le tralala. Une chose est sure, il avait le temps, les esclaves et les sesterces pour méditer à loisir.
Je trouve au moins un avantage à ma situation : étant donné que je n'ai pas grand-chose, je n'ai pas trop d'inquiétudes à nourrir si le Destin s'avisait un jour de me reprendre ce que je ne possède pas.
J'essaie toujours de positiver.
Je n’appartiens à aucun parti politique, à aucune association ou organisation quelconque. Ma seule carte, c’est celle de la bibliothèque. Je mets un point d’honneur à payer ma cotisation annuelle. Elle est consciencieusement rangée dans mon portefeuille. Sur la photo, je me trouve assez beau.
Mon seul vice c'est la lecture. Dans mon salon est affichée cette citation de Montesquieu : « Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie ». Cette maxime produit toujours son effet.
J'ai des livres partout. Dans mon trois pièces, une chambre à elle toute seule en est remplie, du sol au plafond. Des romans, des essais, des biographies, des traités philosophiques, des recueils de poèmes, des livres d'histoire, des pièces de théâtre... Bref de tout.
Je ne les achète pas, je les vole. Je suis le Robin des Bois du partage équitable des richesses intellectuelles. Je pourfends les grandes enseignes commerciales en me redistribuant gracieusement le contenu de leurs rayons. Cela ne me pose aucun problème moral.
Passer devant un vigile du type bouledogue, franchir le système antivol en disant « au revoir », le livre coincé sous l'aisselle et le bras un peu raide, reste, je vous l'assure, un plaisir de fin gourmet. Surtout quand la sonnerie stridente ne résonne pas dans la galerie marchande.
Dans ces moments là, avec la transpiration froide qui coule dans mon dos et trempe ma chemise usée, je me sens revivre.
Par contre voler les petites libraires, dépouiller les bibliothèques, les bouquinistes, je ne peux pas. Question de principe. Ils ont une « Mission » à accomplir, une croisade culturelle à mener. Autre que le profit commercial, le chiffre à atteindre, le rendement déshumanisant. Hors des sentiers battus du politiquement correct et du produit préfabriqué que les masses doivent consommer à coups de grand matraquage publicitaire.
Je sais que je suis un idéaliste.
Après la lecture, c'est mon second vice.
Je me devais de vous parler un peu de moi avant de débuter et vous me pardonnerez, je n’en doute pas, de m'être montrer un peu bavard. Vous vous demandez sûrement qu'elle est mon apparence physique, si je suis grand, gros, petit, maigre, brun, blond, la couleur de mes yeux, si je porte des lunettes ou que sais-je encore.
Je préfère titiller votre imagination et ne rien vous dire. Je ne prends pas ainsi le risque de vous décevoir.
Tout a commencé un vendredi soir. Je me souviens qu'il pleuvait depuis une semaine. J'aime la pluie sans trop savoir pourquoi. Je crois qu'elle m'apaise. Les noms des nuages ont toujours eu sur moi une grande force poétique. Cirus castellanus, cirocumulus lacunosus, altocumulus translucidus, altostratus radiatus...
Pour me mettre à l'abri, j'étais rentré dans une librairie spécialisée en catharisme, devant laquelle je venais de passer. En attendant la fin de l'averse, je m'étais dit que j'allais feuilleter quelques livres de Réné Nelli, Anne Brenon, Michel Roquebert, Jean Duvernoy et autres défenseurs de l’Occitanie.
Une odeur de vieux et de moisi me saisit lorsque je poussai la porte. Une semi-obscurité régnait dans la boutique. Les livres étaient posés au petit bonheur la chance sur des rayonnages poussiéreux. La librairie dans laquelle on entre pour flâner ou pour tomber sur une rareté. Derrière le comptoir sur lequel étaient entassés en vrac des tas d'ouvrages, se tenait le maître des lieux. Grand et imposant. Une barbe blanche à faire pâlir un irréductible du plateau du Larzac, un visage taillé à la serpe avec un regard perçant qu'aurait envié la Gorgone. Une aura lumineuse se dégageait de sa personne. J'étais dans un sanctuaire, une cathédrale dévouée à la Cause. La Croix Occitane accrochée au mur était là pour me le rappeler. Une voix éraillée par des années de tabagisme m'accueillit :
« Eh bien, vous en avez mis du temps, bordel ! J'ai pas que çà à foutre ! Quand je vous ai téléphoné pour vous prévenir que votre bouquin était là, vous m'avez dit que vous arriviez de suite. Résultat des courses, je poireaute depuis deux heures. On doit pas avoir la même notion du temps tous les deux. Heureusement que je fais payer les livres à la commande ! Il m'en resterait un grand nombre sur les bras autrement. Et j'aurais plus qu'à mettre la clé sous la porte à ce rythme, nom de Dieu ! J'ai eu un mal fou pour dénicher le vôtre. Je me demande ce que vous pouvez y trouver d'intéressant : un recueil de poèmes, un ramassis de vers écrits en occitan illustrés par des schémas bizarres. Enfin c'est votre problème, pas le mien. Si vous êtes prêt à débourser 20 000 euros pour çà, vous devez avoir vos raisons. »
Comme commercial, il n'avait pas du terminer ses études. A l'entendre me gueuler dessus ainsi, son côté druide, égaré au milieu du 21ème siècle me parût moins évident.
A priori, il me prenait pour quelqu'un d'autre. J'aurais du lui dire qu'il se méprenait sur ma personne. Je n'aurais jamais du prendre l'ouvrage grossièrement empaqueté qu'il me tendait d’un air excédé, désireux qu'il était d'en finir au plus vite. Tout content d'avoir un livre à l'œil - et d'un tel prix !-, je serais alors sorti moins vite de sa librairie et je n'aurais pas perdu mon portefeuille.
Cela m'aurait évité bien des ennuis. Ou de grosses emmerdes. Mais ça, on le sait toujours après. Autrement la vie serait trop simple.
Je rentrai dans la premier bar venu pour prendre une verveine et essayer de me calmer.. Posé sur le table, le mystérieux paquet m'intriguait mais je n'osais pas l'ouvrir. Je ne voyais plus que lui, il absorbait tout l’espace. Je m’en occuperai tout à l'heure, bien au chaud chez moi. Enfin quand je dis bien au chaud, c’est une expression inadéquate, vu que je suis en Service Minimum, niveau gaz et électricité. J’étais plongé dans mes pensées. "Ah quoi bon garder ce livre ? Tu dois le ramener. Oui, mais après tout, ce n’est pas de ta faute si tu en as hérité, non ? Alors pourquoi ne pas le garder ! "
Une tempête dans mon pauvre crâne. Et cette putain de culpabilité judéo-chrétienne.
La verveine avait un goût inhabituel. Je repris mon chemin vers ma misérable demeure, délesté de 2 euros, mais riche de 20 000. La nuit tombait. La limite entre chien et loup diffuse une lumière toujours étrange. Pas tout à fait la nuit, toujours encore un peu le jour. Juste à côté de mon immeuble était garée une berline. A l'intérieur des ombres gesticulaient. Je n’y prêtais qu’un vague attention.
Nous ne percevons qu'une vision subjective du monde, passée à travers les filtres de notre vécu, de notre personnalité et de notre affect.
Les difficultés rencontrées pour communiquer entre nous en découlent. La confrontation de nos ressentis se heurte violemment à cette évidence : nous ne percevons pas tous la réalité de la même façon.
En attendant, à cet instant précis, ma vision du monde à moi elle est simple : au milieu d’un chantier, je gis au fonds d'un fossé dans lequel je suis tombé. J'ai la jambe fracturée, le visage griffé par les ronces. Ma question métaphysique du moment est simple : comment vais-je m'y prendre pour en sortir ? Et Platon et son mythe de la caverne ne me servent absolument à rien. De plus, pour ne rien gâcher au plaisir, quatre types armés sont à mes trousses pour me descendre. Au fonds d'un fossé, trois mètres restent trois mètres. Pour qui que ce soit. Vécu différent ou pas, que vous soyez issu d’une riche famille ou d’un quartier populaire, une jambe fracturée reste fracturée.
Si vous avez un peu de temps à me consacrer alors laissez moi vous raconter comment j'en suis arrivé là.
J'ai toujours eu un don pour m'attirer des ennuis. Et le pire, c'est que je ne le fais même pas exprès.
Je m'appelle Jacques Gilbert et j'ai 41 ans. C'est comme si j'avais deux prénoms et deux noms à la fois. Je vis du RMI et cela me suffit. Dans le mot RMI, le « I » d'insertion me déplait. J'ai peur d'être pathologiquement atteint, catalogué comme sociopathe ou associal. Je ne me sens pas concerné par cette appellation. Je me sens plutôt bien inséré dans la société. Mon problème : je suis fainéant. Le travail n'est vraiment pas fait pour moi. Parler plutôt de « Revenu Minimum pour les personnes Inintéressées par un travail quelconque » serait plus pertinent. Cela me vexerait moins et serait plus joli. Il faudra que j ‘en parle à l'assistante sociale qui me suit. Je suis sûr qu'elle y sera sensible. Les travailleurs sociaux ont le don de vous écouter tout en sachant pertinemment qu'ils ne peuvent rien pour vous.
J'habite dans un petit appartement, avec quelques meubles. Je ne roule pas sur l'or mais j'ai développé une vie ascétique qui me permet de me détacher des choses matérielles. Pour autant, j'ai des fins de mois difficiles. J’ai une fâcheuse tendance : laisser traîner les factures et à les oublier au fonds des tiroirs. Freud dirait sûrement que c’est un acte manqué. Les impayés, les commandements de payer et autres subtilités administratives sont mon lot quotidien. Je connais bien les services contentieux sur lesquels je suis incollable.
Je me suis toujours dit que Sénèque, en ayant le pouvoir et l'argent - faut quand même pas oublier qu'à l époque c'était un des hommes les plus puissants de Rome ! - avait bon dos de développer ses théories sur la renonciation, la quête de la sagesse et tout le tralala. Une chose est sure, il avait le temps, les esclaves et les sesterces pour méditer à loisir.
Je trouve au moins un avantage à ma situation : étant donné que je n'ai pas grand-chose, je n'ai pas trop d'inquiétudes à nourrir si le Destin s'avisait un jour de me reprendre ce que je ne possède pas.
J'essaie toujours de positiver.
Je n’appartiens à aucun parti politique, à aucune association ou organisation quelconque. Ma seule carte, c’est celle de la bibliothèque. Je mets un point d’honneur à payer ma cotisation annuelle. Elle est consciencieusement rangée dans mon portefeuille. Sur la photo, je me trouve assez beau.
Mon seul vice c'est la lecture. Dans mon salon est affichée cette citation de Montesquieu : « Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie ». Cette maxime produit toujours son effet.
J'ai des livres partout. Dans mon trois pièces, une chambre à elle toute seule en est remplie, du sol au plafond. Des romans, des essais, des biographies, des traités philosophiques, des recueils de poèmes, des livres d'histoire, des pièces de théâtre... Bref de tout.
Je ne les achète pas, je les vole. Je suis le Robin des Bois du partage équitable des richesses intellectuelles. Je pourfends les grandes enseignes commerciales en me redistribuant gracieusement le contenu de leurs rayons. Cela ne me pose aucun problème moral.
Passer devant un vigile du type bouledogue, franchir le système antivol en disant « au revoir », le livre coincé sous l'aisselle et le bras un peu raide, reste, je vous l'assure, un plaisir de fin gourmet. Surtout quand la sonnerie stridente ne résonne pas dans la galerie marchande.
Dans ces moments là, avec la transpiration froide qui coule dans mon dos et trempe ma chemise usée, je me sens revivre.
Par contre voler les petites libraires, dépouiller les bibliothèques, les bouquinistes, je ne peux pas. Question de principe. Ils ont une « Mission » à accomplir, une croisade culturelle à mener. Autre que le profit commercial, le chiffre à atteindre, le rendement déshumanisant. Hors des sentiers battus du politiquement correct et du produit préfabriqué que les masses doivent consommer à coups de grand matraquage publicitaire.
Je sais que je suis un idéaliste.
Après la lecture, c'est mon second vice.
Je me devais de vous parler un peu de moi avant de débuter et vous me pardonnerez, je n’en doute pas, de m'être montrer un peu bavard. Vous vous demandez sûrement qu'elle est mon apparence physique, si je suis grand, gros, petit, maigre, brun, blond, la couleur de mes yeux, si je porte des lunettes ou que sais-je encore.
Je préfère titiller votre imagination et ne rien vous dire. Je ne prends pas ainsi le risque de vous décevoir.
Tout a commencé un vendredi soir. Je me souviens qu'il pleuvait depuis une semaine. J'aime la pluie sans trop savoir pourquoi. Je crois qu'elle m'apaise. Les noms des nuages ont toujours eu sur moi une grande force poétique. Cirus castellanus, cirocumulus lacunosus, altocumulus translucidus, altostratus radiatus...
Pour me mettre à l'abri, j'étais rentré dans une librairie spécialisée en catharisme, devant laquelle je venais de passer. En attendant la fin de l'averse, je m'étais dit que j'allais feuilleter quelques livres de Réné Nelli, Anne Brenon, Michel Roquebert, Jean Duvernoy et autres défenseurs de l’Occitanie.
Une odeur de vieux et de moisi me saisit lorsque je poussai la porte. Une semi-obscurité régnait dans la boutique. Les livres étaient posés au petit bonheur la chance sur des rayonnages poussiéreux. La librairie dans laquelle on entre pour flâner ou pour tomber sur une rareté. Derrière le comptoir sur lequel étaient entassés en vrac des tas d'ouvrages, se tenait le maître des lieux. Grand et imposant. Une barbe blanche à faire pâlir un irréductible du plateau du Larzac, un visage taillé à la serpe avec un regard perçant qu'aurait envié la Gorgone. Une aura lumineuse se dégageait de sa personne. J'étais dans un sanctuaire, une cathédrale dévouée à la Cause. La Croix Occitane accrochée au mur était là pour me le rappeler. Une voix éraillée par des années de tabagisme m'accueillit :
« Eh bien, vous en avez mis du temps, bordel ! J'ai pas que çà à foutre ! Quand je vous ai téléphoné pour vous prévenir que votre bouquin était là, vous m'avez dit que vous arriviez de suite. Résultat des courses, je poireaute depuis deux heures. On doit pas avoir la même notion du temps tous les deux. Heureusement que je fais payer les livres à la commande ! Il m'en resterait un grand nombre sur les bras autrement. Et j'aurais plus qu'à mettre la clé sous la porte à ce rythme, nom de Dieu ! J'ai eu un mal fou pour dénicher le vôtre. Je me demande ce que vous pouvez y trouver d'intéressant : un recueil de poèmes, un ramassis de vers écrits en occitan illustrés par des schémas bizarres. Enfin c'est votre problème, pas le mien. Si vous êtes prêt à débourser 20 000 euros pour çà, vous devez avoir vos raisons. »
Comme commercial, il n'avait pas du terminer ses études. A l'entendre me gueuler dessus ainsi, son côté druide, égaré au milieu du 21ème siècle me parût moins évident.
A priori, il me prenait pour quelqu'un d'autre. J'aurais du lui dire qu'il se méprenait sur ma personne. Je n'aurais jamais du prendre l'ouvrage grossièrement empaqueté qu'il me tendait d’un air excédé, désireux qu'il était d'en finir au plus vite. Tout content d'avoir un livre à l'œil - et d'un tel prix !-, je serais alors sorti moins vite de sa librairie et je n'aurais pas perdu mon portefeuille.
Cela m'aurait évité bien des ennuis. Ou de grosses emmerdes. Mais ça, on le sait toujours après. Autrement la vie serait trop simple.
Je rentrai dans la premier bar venu pour prendre une verveine et essayer de me calmer.. Posé sur le table, le mystérieux paquet m'intriguait mais je n'osais pas l'ouvrir. Je ne voyais plus que lui, il absorbait tout l’espace. Je m’en occuperai tout à l'heure, bien au chaud chez moi. Enfin quand je dis bien au chaud, c’est une expression inadéquate, vu que je suis en Service Minimum, niveau gaz et électricité. J’étais plongé dans mes pensées. "Ah quoi bon garder ce livre ? Tu dois le ramener. Oui, mais après tout, ce n’est pas de ta faute si tu en as hérité, non ? Alors pourquoi ne pas le garder ! "
Une tempête dans mon pauvre crâne. Et cette putain de culpabilité judéo-chrétienne.
La verveine avait un goût inhabituel. Je repris mon chemin vers ma misérable demeure, délesté de 2 euros, mais riche de 20 000. La nuit tombait. La limite entre chien et loup diffuse une lumière toujours étrange. Pas tout à fait la nuit, toujours encore un peu le jour. Juste à côté de mon immeuble était garée une berline. A l'intérieur des ombres gesticulaient. Je n’y prêtais qu’un vague attention.
Patrick FORT 2007 © Tous droits réservés.




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