Mardi 23 février 2010
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16:39
Par Patrick FORT
Les Aventures de Jacques Gilbert – VIII
Mourir pour une idée
- 7ème partie -
10 H
Derrière son bureau, la secrétaire n’ose plus bouger. Immobile comme une statue antique avec la grâce en moins.
Le téléphone sonne dans le vide et elle hésite à répondre. On n’entend pas une mouche voler même s’il est vrai que nous sommes en plein hiver et quand cette saison elles sont plutôt
rares.
Le type se met à hurler sur la secrétaire :
“ La grosse, tu lèves ton cul, tu vas fermer la porte à clé et tu me files le trousseau en revenant. Puis tu vas sagement t’asseoir avec eux. Et n’essaie pas de te barrer ou je vais me
fâcher. Je t’ai à l’œil… ” ajoute-t-il menaçant de son arme la mamie qui, recroquevillée sur elle-même s’est mise à pleurer.
Elle s’exécute sans demander son reste, se dirige vers l’entrée, verrouille la porte, puis, en repassant devant lui, elle tend d’une main tremblante le trousseau qu’il glisse dans la poche de
son jean.
Terrorisée, elle vient nous rejoindre et nous lance des regards effarouchés. Elle s’assoie à côté de Natacha Croisic qui lui tapote le bras pour la rassurer.
Le bébé continue à pleurer et le téléphone s’est remis à sonner.
Excédé, l’homme contourne le bureau, se baisse vers le sol et arrache la prise d’un geste sec. Il se saisit du standard, l’arrache de son socle et le balance par terre en rugissant. Puis il
se met à y sauter dessus à pieds joints. Il s’arrête et reprend son souffle avec difficulté.
“ Au moins celui-là il ne nous emmerdera plus ! ” aboie-t-il en nous prenant à témoin.
Je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de l’applaudir mais je parviens à me retenir car l’instant n’est pas propice.
De longues minutes s’écoulent sans que rien ne se passe. Le type reste planté là, à réfléchir à la suite qu’il compte donner aux évènements. J’ai l’impression qu’il est un peu dépassé.
Il s’approche de nous à grandes enjambées et s’immobilise dans l’encadrement de la porte. Nous n’osons pas bouger. Il jongle avec le revolver, le soupèse, le braque sur les vitres en criant “
Pan ! Pan ! Pan ! ”.
Puis vite lassé par ce petit jeu, il nous dévisage, essoufflé et le visage rougeaud. Il cligne des yeux. Il a l’air surpris de nous découvrir.
Dociles, nous attendons la suite. Mon cœur bat à cent à l’heure et je n’en mène pas large.
De nous tous, Natacha Croisic est la plus calme.
Il recule et se dirige vers la grande baie vitrée de l’entrée. Il descend les stores. Puis il revient se planter en plein milieu de la salle d’attente.
Il a l’air un peu plus calme mais avec ce genre d’individu, on n’est jamais sur de rien. En passant à côté de moi, il m’adresse une petite tape derrière la tête :
“ Désolé pour tout à l’heure, j’ai un peu perdu mes nerfs mais je vais me ressaisir ”.
Il nous passe en revue, les uns après les autres. Son regard est usé. Il a l’air moins furieux. Il se remet à respirer normalement.
Il pousse la table, s’accroupit et s’assoie en tailleur.
“ Approchez les chaises et regroupez-vous autour de moi ”.
Nous disposons nos chaises en arc de cercle, face à lui. La vielle dame n’a pas bougé et reste en retrait, juste derrière nous. La secrétaire pleurniche toujours et son corps est secoué de
soubresauts.
L’homme pose le revolver par terre juste à mes pieds. Je ne pense même pas à essayer de m’en emparer. Mourir en héros d’accord mais pas dans n’importe quelle circonstance et surtout le plus
tard possible.
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