Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /Fév /2010 16:46

Par PAT DE BIGORRE
Les Aventures de Jacques Gilbert – VIII

Mourir pour une idée

- 5ème partie -

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9 H 45

J’ai envie de satisfaire un besoin naturel et urgent. Quand je stresse, j’ai envie d’uriner. Petit, j’avais du mal à m’endormir et je me levais plusieurs fois avant de sombrer dans les bras de Morphée. Je compte sur votre discrétion pour ne pas colporter cette confidence.
En me lavant les mains, je fixe dans la glace Le Che, imprimé sur mon tee-shirt rouge. Je me compare à lui et je mets à le jalouser car il me ramène à tout ce que je ne suis pas. Voilà ce qui me tourmente en revenant des toilettes. Assis sur ma chaise, je croise les bras, étend mes jambes et médite.
Oui. Lui, il a réussi sa vie et a soigné sa sortie. Aidé, il est vrai, par l’armée bolivienne.
Non. Les jeunes n’arboreront jamais des badges et des tee-shirts à mon effigie. Le marchandising autour de Jacques Gilbert ne se développera jamais. Mais en même temps, retrouver mon portrait sur des cahiers de texte, des pins et des cartables , cela m’agacerait un peu quand même…Quoique…
Je pense à Jean Moulin, à Gandhi, à Martin Luther King, à Manouchian, au colonel Massoud…à Félicie aussi…
Mourir pour des idées…Vaste et alléchant programme : sacrifier sa vie à une cause juste et la prolonger par-delà la mort en se préparant le statut doré de martyr ; éprouver dans votre chair les balles qui déchirent votre poitrine parce que vous avez refusé de renier un idéal de justice ; sans oublier de hurler, avant les premières salves, une phrase bien sentie pour démontrer votre courage et défier la mort les yeux dans les yeux.
Donner un sens à sa vie, mourir pour des idées et s’assurer pour l’éternité le nom d’une rue et gagner ainsi une postérité improbable pour le commun des mortels. Je ne suis pas ambitieux : je me contenterai de mon nom sur la plaque d’une impasse ou d’un cul-de-sac. “ Impasse Jacques Gilbert ”, je trouve que ça sonne plutôt bien.
- Papa, c’était qui Jacques Gilbert ?
- Un grand homme qui est mort dans la fleur de son âge pour nous permettre d’être libre…
- Et il est mort comment ?
- En héros !
- Et pourquoi il est mort en héros ?
- Je ne sais plus trop…c’était il y a longtemps…
- Il y a longtemps quand ?
- Euh…Je t’expliquerai plus tard…Dépêche-toi…Je suis mal garé et je n’ai pas envie de prendre un PV…et ta mère va me faire une scène si nous sommes pas à l’heure pour dîner chez ton oncle et ta tante…
Mourir pour des idées…oui, soit. Mais dans mon cas, ce serait plutôt mourir pour une idée. J’ai du mal à en trouver plusieurs alors, pour le moment, je m’en contenterai d’en trouver une qui en vaille vraiment la peine. Cela me consolerait et me mettrait du baume au cœur.
Je préfère me concentrer sur un idéal simple plutôt que de perdre mon temps à m’éparpiller dans les méandres d’idéologies vaseuses qui ne mènent à rien.

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