NOUVELLES :
 CAGOT !
MORT POUR LA FRANCE
GRAU DE GANDIA
LE PHARE

"LE SANG DES CHAINES"
EST DISPONIBLE :
- DANS TOUTES
LES LIBRAIRIES
(N° ISBN à communiquer au libraire :

978-2-916388-663)

OU

SUR LE SITE DES EDITIONS LE SOLITAIRE

Fiche du livre (lecture d'extraits possibles)

 puis onglet "COMMANDES'


PRIX DU LIVRE : 12 €

Rechercher

Literature Blogs - Blog Top Sites





Par Patrick FORT
Les Aventures de Jacques Gilbert – VIII

Mourir pour une idée
- 2ème partie -

abbé pierre

Je passe en revue les personnes qui me tiennent compagnie. Les lieux viennent d’ouvrir alors il n’y a pas encore beaucoup de monde.
Une vieille dame se tient en face de moi. Emmitouflée dans un manteau noir dont elle a relevé le col en fourrure, elle sourit tristement en dodelinant de la tête. Sur ses genoux est posé un vieux sac à main qu’elle tient fermement. S’asseoir n’a pas été simple. Elle a posé sa canne contre le mur, a saisi avec difficulté le dossier de la chaise la plus proche d’elle. Sans appui, manquant d’équilibre, elle est partie à la renverse et elle a failli tomber. Ce qui serait arrivé sans l’intervention inopinée de votre humble serviteur. Conscient du drame qui allait se jouer, avec une présence d’esprit remarquable et une vivacité surprenante, je me suis levé pour lui venir en aide. Je l’ai rattrapé au dernier moment pour lui proposer ensuite un bras ferme qu’elle a agrippé avec soulagement. Elle m’a gratifié d’un “ merci jeune homme, vous êtes bien aimable ” et pour la première fois depuis longtemps je me suis senti un peu moins inutile.
Et alors tout m’a semblé moins gris.
Les murs, les gens, mon moral sont passés du gris foncé au gris clair.
Un jeune couple avec un bébé âgé de quelques mois vient d’arriver à l’instant. Ils ont l’air de mauvaise humeur. A leurs mines fatiguées, je devine qu’ils ont mal dormi. La poussette a du mal à franchir la porte d’entrée, ils se chamaillent, s’accusent l’un l’autre de ne pas y mettre de la bonne volonté.
- T’es vraiment pas dégourdi !
- Aide-moi au lieu de me gonfler avec tes réflexions à la con…
- Tu me causes sur un autre ton !
- Ma chérie, pourrais-tu bouger ton cul s’il te plaît…
- Pff ! T’es qu’un gros nase…
- Chut ! Tu ne vois pas qu’il y a du monde !
Les roues se bloquent, le châssis couine et leur enfant, secoué dans tous les sens, braille pour manifester sa colère. Affolée, la mère fouille dans un grand sac à la recherche d’une sucette ou d’un doudou.  Ne trouvant rien, elle s’accroupit, vide son sac à même le sol.
La poussette finit enfin par passer. Le père lance des regards autour de lui attendant des applaudissements qui ne viennent pas. Il s’accroupit devant le bébé pour lui chuchoter quelques mots rassurants. Sa femme rassemble les affaires puis les remet en vrac dans le sac. Elle se relève et frotte les genoux de son jean pour en enlever les saletés. “ Ils ne doivent pas faire souvent le ménage ici… ” marmonne-t-elle
Ils se présentent devant la secrétaire. Méprisante, cette dernière feint de les ignorer. Mal à l’aise, le père se gratte le nez et se passe la main sur le visage. La mère écarquille les yeux, l’interroge du regard et hausse les épaules. Ce dernier ose un timide “ Madame s’il vous plaît merci ”. Alors celle-ci daigne s’intéresser à eux et les détaille de la tête aux pieds. Après avoir parcouru en baillant la convocation froissée que le père lui tend, elle maugrée, puis elle les invite, d’un mouvement de tête, à rejoindre la salle d’attente. Puis, elle se remet à taper sur son clavier et à fixer l’écran de son ordinateur, soufflant chaque fois que le téléphone sonne, grommelant des “ Non, elle n’est pas encore arrivée… ”, “ Je ne peux pas vous donner de rendez-vous avant quinze jours… ”.
Devant nous, un homme d’une cinquantaine d’années arpente le couloir en long, en large et en travers. Mal rasé, les traits creusés, avec ses gros sourcils, il me rappelle un personnage de la famille Adams. Vêtu d’un anorak trop grand, il porte un jean couvert de taches de boue et sa chemise sort de son pantalon. Les lacets de ses chaussures sont défaits et il va finir par y marcher dessus. Il ne s’arrête que pour observer la pendule suspendue au-dessus du panneau d’information, juste à côté de la fontaine à eau. Il soupire, lance un regard excédé vers la porte de cette “ putain d’assistante sociale ” puis il se remet en mouvement. Il a du boire car je trouve qu’il titube un peu. Ou bien de très douloureux cors aux pieds l’empêchent de marcher normalement.


Voir les 4 commentaires - Publié dans : VIII. Mourir pour une idée
Ecrire un commentaire - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés