Mardi 23 février 2010
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16:50
Par Patrick FORT
Les Aventures de Jacques Gilbert – VIII
Mourir pour une idée
- 2ème partie -

Je passe en revue les personnes qui me tiennent compagnie. Les lieux viennent d’ouvrir alors il n’y a pas encore
beaucoup de monde.
Une vieille dame se tient en face de moi. Emmitouflée dans un manteau noir dont elle a relevé le col en fourrure, elle sourit tristement en dodelinant de la tête.
Sur ses genoux est posé un vieux sac à main qu’elle tient fermement. S’asseoir n’a pas été simple. Elle a posé sa canne contre le mur, a saisi avec difficulté le dossier de la chaise la plus
proche d’elle. Sans appui, manquant d’équilibre, elle est partie à la renverse et elle a failli tomber. Ce qui serait arrivé sans l’intervention inopinée de votre humble serviteur. Conscient du
drame qui allait se jouer, avec une présence d’esprit remarquable et une vivacité surprenante, je me suis levé pour lui venir en aide. Je l’ai rattrapé au dernier moment pour lui proposer ensuite
un bras ferme qu’elle a agrippé avec soulagement. Elle m’a gratifié d’un “ merci jeune homme, vous êtes bien aimable ” et pour la première fois depuis longtemps je me suis senti un peu moins
inutile.
Et alors tout m’a semblé moins gris.
Les murs, les gens, mon moral sont passés du gris foncé au gris clair.
Un jeune couple avec un bébé âgé de quelques mois vient d’arriver à l’instant. Ils ont l’air de mauvaise humeur. A leurs mines fatiguées, je devine qu’ils ont mal
dormi. La poussette a du mal à franchir la porte d’entrée, ils se chamaillent, s’accusent l’un l’autre de ne pas y mettre de la bonne volonté.
- T’es vraiment pas dégourdi !
- Aide-moi au lieu de me gonfler avec tes réflexions à la con…
- Tu me causes sur un autre ton !
- Ma chérie, pourrais-tu bouger ton cul s’il te plaît…
- Pff ! T’es qu’un gros nase…
- Chut ! Tu ne vois pas qu’il y a du monde !
Les roues se bloquent, le châssis couine et leur enfant, secoué dans tous les sens, braille pour manifester sa colère. Affolée, la mère fouille dans un grand sac à
la recherche d’une sucette ou d’un doudou. Ne trouvant rien, elle s’accroupit, vide son sac à même le sol.
La poussette finit enfin par passer. Le père lance des regards autour de lui attendant des applaudissements qui ne viennent pas. Il s’accroupit devant le bébé pour
lui chuchoter quelques mots rassurants. Sa femme rassemble les affaires puis les remet en vrac dans le sac. Elle se relève et frotte les genoux de son jean pour en enlever les saletés. “ Ils ne
doivent pas faire souvent le ménage ici… ” marmonne-t-elle
Ils se présentent devant la secrétaire. Méprisante, cette dernière feint de les ignorer. Mal à l’aise, le père se gratte le nez et se passe la main sur le visage.
La mère écarquille les yeux, l’interroge du regard et hausse les épaules. Ce dernier ose un timide “ Madame s’il vous plaît merci ”. Alors celle-ci daigne s’intéresser à eux et les détaille de la
tête aux pieds. Après avoir parcouru en baillant la convocation froissée que le père lui tend, elle maugrée, puis elle les invite, d’un mouvement de tête, à rejoindre la salle d’attente. Puis,
elle se remet à taper sur son clavier et à fixer l’écran de son ordinateur, soufflant chaque fois que le téléphone sonne, grommelant des “ Non, elle n’est pas encore arrivée… ”, “ Je ne peux pas
vous donner de rendez-vous avant quinze jours… ”.
Devant nous, un homme d’une cinquantaine d’années arpente le couloir en long, en large et en travers. Mal rasé, les traits creusés, avec ses gros sourcils, il me
rappelle un personnage de la famille Adams. Vêtu d’un anorak trop grand, il porte un jean couvert de taches de boue et sa chemise sort de son pantalon. Les lacets de ses chaussures sont défaits
et il va finir par y marcher dessus. Il ne s’arrête que pour observer la pendule suspendue au-dessus du panneau d’information, juste à côté de la fontaine à eau. Il soupire, lance un regard
excédé vers la porte de cette “ putain d’assistante sociale ” puis il se remet en mouvement. Il a du boire car je trouve qu’il titube un peu. Ou bien de très douloureux cors aux pieds l’empêchent
de marcher normalement.
La vie est une représentation théâtrale permanente. "Tous les jours c'est Carnaval" également.
La scène de la salle de bain est succulente.
Jacques est vraiment mal dans sa peau et désirerait en changer.
Il voudrait que la teinte de ses cheveux, devienne comme celle des blés.
Mais un ours blond dans Les Pyrénées, risquerait de faire désordre.
Si la couleur du caméléon s'adapte à son environnement, ses pensées demeurent accrochées à sa vie.
"Essayer d'apprivoiser le vide" est une phrase superbe qui résume parfaitement la souffrance, d'un amoureux déçu.
L'absence de l'être cher devient alors une obsession dévastatrice.
Le RSA reste très indigeste pour l'ancien Rmiste.
Agressif, il est prêt à Bondir sur tout ce qui bouge, et particulièrement sur le travailleur social.
Le rebelle abandonné par la belle Félicie, semble révéler une partie de vie de son créateur.
Malgré les faits dramatiques que subit Jacques, le lecteur prend un grand plaisir à lire ses mésaventures.
Amitiés.
dédé.
Merci pour ton commentaire et ta lecture toujours si attentive. te lire est toujours un instant rare et je me délecte de tes commentaires, précis, intelligents et qui me démontrent que rien ne t'échappe !
a travers les malheurs et les états d'âme de Jacques, sur un sujet douloureux, j'ai essayé de tourner en dérision les mésaventures de jacques. Et je suis fier de savoir que mon ami DD a pris plaisir à me lire.
La suite sera en ligne un peu avant Noël...
Amitié,
PAT
J'attends avec impatience de savoir ce qui se profile à ton horizon.
Amitié
Thierry
oui, ce tee-shirt, peut-être le porter n'était pas une bonne idée...quoique...enfin, tu verras...:) !
je te remercie pour tes bons mots...et ce baume au coeur qu'il m'apporte...en ce moment, j'en ai besoin...ma bonne étoile, je finirai bien par la trouver un jour !
Je vais dire à Pat de venir lire ton commentaire ! Figures-toi qu'il est un peu déçu par le peu d'engouement suscité par ma nouvelle aventure et qu'il voulait même l'enlever carrément ! tu connais ces sautes d'humeur ! mais je lui ai dit de quoi te plains-tu ? Thierry a lu les deux premières parties ! et il attend la suite ! il a opiné du chef et il me semble qu'il est décidé à la teminer ! enfin, ne t'inquiète pas : je veille au grain...
Le bonjour chez toi cher Thierry !
Porte toi bien,
Amitié,
Jacques
Bises Pat!
on peut être "rebelle" tous les jours, à notre niveau et c'est l'idée que je développe dans cette aventure de jacques...mais je n'en dis pas plus et la suite, cette semaine !
bises,
PAT