Jeudi 28 janvier 2010
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Par Patrick FORT
L’idée, les méthodes et la construction

Le domaine privilégiée de l’écriture est l’implicite, cette part d’ombre qui nous échappe toujours, ces mystères
qui se dérobent toujours malgré nos efforts pour les percer.
L’écriture est un mécanisme complexe qui ne s’explicite pas.
Les « idées » s’invitent quand on s’y attend le moins et même si vous ne « passez pas l’acte » aussitôt, elles vous accompagnent, se nourrissent de votre
quotidien, mûrissent dans votre crâne, vous réveillent la nuit. Mais par pudeur ou par ne pas agacer vos proches, vous vous taisez et les gardez pour vous.
Pourquoi « l’idée » d’une nouvelle, d’un roman, d’un poème surgit-elle au détour d’une conversation, à la lecture d’un certain passage d’un certain livre,
en regardant un film, aujourd’hui et pas demain, maintenant et pas à un autre moment ? Je n'ai aucune explication à vous apporter...
Souvent, une seule idée ne suffit pas à écrire. Une nouvelle, un roman ou un poème est le résultat, plus ou moins réussi, du croisement de plusieurs idées.
Souvent, elles n’ont aucun rapport les unes avec les autres mais à certains moments, elles fusionnent. Et de cette étincelle naît une nouvelle, un roman ou un poème.

Je n’ai pas de méthode particulière ou privilégiée. Je parlerai
plutôt de manies, de troubles obsessionnels compulsifs dans le pire des cas ou de simples habitudes pour rester positif…
Je note toutes les idées qui me viennent à l’esprit, dans mon Moleskine (vous savez le fameux carnet noir que j’ai déjà évoqué !), de peur de les oublier. Parfois je ne l’ai pas sous la main
alors un morceau de papier fait l’affaire pour les capturer. Mais il m’arrive aussi de ne rien noter. Exprès. Pour laisser cheminer l’idée, m’en imprégner et espérer qu’elle fructifie. Ce qui
n'est pas toujours le cas. Se tromper participe au processus d'écriture aussi. Les périodes de non-écriture sont aussi importantes que les moments d’écriture. Ne pas écrire - ah l’angoisse de la
fameuse page blanche -, nourrit l’écriture à venir. Je répète souvent que « ne pas écrire c’est écrire quand même ». Aussi, il convient de privilégier ces périodes pour lire, nourrir les écrits à
venir, préparer le terrain, consulter les notes prises. Car rien ne presse à y bien réfléchir. Non ? Le temps est un allié précieux. J’ai écrit ma nouvelle « La Lettre » en une douzaine d’heures mais j’y pensais depuis plus d’un an. « Grau de Gandia » et « Tierra de dolor
» viennent de mon intérêt pour la Guerre d’Espagne et des nombreuses lectures, recherches qui
ont précédé et ce, des années avant.
« Mort pour la France » est la rencontre entre les « Carnets de route » de mon arrière-grand père et quelques pages consacrées à Vincent Moulia dans «Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999 ) » de
Nicolas Offenstadt. L’idée de ma nouvelle « Le Chêne » m’est venue d’un simple fait divers relevé dans le journal
local, des arbres abattus dans un parc au grand damne de la population du village.
Une autre méthode utile pour forcer les idées à s’accoupler entre elles est d’écrire tout simplement. Les associations d’idées surgissent souvent en
écrivant, elles s’imposent d’elles-mêmes et deviennent évidentes.
Conservez chaque écrit même si vous avez l’impression que sur le moment il ne présente aucun intérêt. Et ne supprimez rien : la moindre bribe peut être utile un jour, des semaines ou des mois
après.
Il existe des logiciels d’aide à l’écriture ou de type « brainstorming » qui peuvent aider à associer les
idées, à en appeler d’autres, à construire une intrigue. Un jour, j’en ai téléchargé deux, les ai essayés mais il ne me satisfaisaient pas alors je ne m’en suis plus jamais servi. Pour moi, rien
ne vaut la simple feuille et le joli stylo. Et un bon vieux traitement de texte. Si certains sont tentés, je les liste ci-dessous et comme je suis gentil les lie à leur page de téléchargement et
je précise qu’ils sont gratuits :
Celtx
Ywriter
Si vous en connaissez d’autres…
J’ai déjà évoqué la notion de patience et l’influence bénéfique qu’elle a sur l’écriture, pour permettre aux idées de surgir. J’y ajouterai le « hasard » qui participe lui aussi au
processus d’écriture. S’en remettre à lui peut être également une méthode si l’on n’oublie pas que l’on a le temps pour mener à bien tout
projet.
Juste un exemple pour étayer cette « méthode » peu conventionnelle.
J’écrirai un jour sur Ramond de Carbonnières et je n’ai aucun doute à ce sujet . Je ne sais pas quand mais cela
ne me préoccupe pas outre mesure…L’idée mûrit lentement mais sûrement. Parfois j’y pense et souvent j’oublie. Mais ce projet me rattrape de façon inattendue…je reçois des « signes »…
Cet été, je séjournai à Pontivy, en Bretagne. Nous nous y sommes arrêtés par un concours de circonstances où le hasard a eu son importance. Un immense château domine la ville et témoigne de la
puissance d’une famille bretonne : les Rohan.
Je n’ai fait le rapprochement qu’avant de partir pour Douarnenez : Ramond avait été le secrétaire particulier et fidèle du cardinal de Rohan. Il l’avait suivi en exil à Barèges après la fameuse affaire du collier de la reine. Et Ramond avait donc séjourné dans ce château !
Voici près d’un mois, je reçois un mail intitulé : Ramond. Je me demande qui est ce « Ramond » et
l’expéditrice dudit message, Ramondia. Et là surprise ! C’est une descendante de Ramond qui m’écrit après avoir lu mon article. Elle me communique des informations que j’ignorais, des éléments bibliographiques qui m’étaient inconnus et me propose son aide. Incroyable ! Non ?
Et Ramond que j’avais négligé se rappelle, une fois de plus, à mon bon souvenir !
Assimiler le « hasard » à une méthode peut sembler incongru mais réserve de belles surprises.
Aborder la construction d’un texte est un terrain glissant et dangereux car elle dépend de chacun, de chaque pratique d’écriture et s’adapte à chaque
texte, à ce qu’il sous-tend, veut signifier ou suggérer.
Par exemple aucune de mes nouvelles n’a été écrite de la même façon. Parfois, j’ai le début et la fin. Il m’arrive également de ne pas connaître la fin que je compte donner à une histoire, elle
s’impose d’elle même au cours de sa rédaction. Je commence rarement par la fin mais cela m’est déjà arrivé. Je rédige souvent des plans mais je ne les suis pas toujours à la lettre.
La construction est une étape importante, incontournable. Même si elle dépend de chacun, de chaque pratique d’écriture et s’adapte à chaque texte, je
m’efforce toujours de suivre une ligne de conduite, une règle à laquelle j’obéis et me plie : je ne sais pas comment je vais m'y prendre pour écrire ce que je veux écrire mais je sais
toujours ce que je veux écrire. Cet asservissement voulu, je l’appelle « la bobine qui défile ». Et qui ne doit pas se dévider...
Je crois, quand on écrit, qu’il ne faut jamais perdre à l’esprit, le fil conducteur, la trame, la
cohérence d’un texte, son unité, l’enchaînement logique des évènements, de l’histoire, des situations. Les digressions incessantes, les allers-retours interminables et les idées qui partent dans
tous les sens alourdissent, ennuient et n’apportent pas grand chose. Rien ne doit être gratuit, superflu et tout doit se tenir. Une intrigue décousue est un supplice. Que la chronologie soit
linéaire ou que vous la bousculiez pour produire certains effets, le lecteur doit voir clair. Il faut toujours garder cette idée à l’esprit. La fameuse lisibilité de tout texte, son évidente
compréhension. Tout doit être indiscutable pour vous, pour lui et il n’y a rien de pire que d’avoir à relire ce que l’on ne comprend pas. Ecrire demande des efforts, de la sueur, de la douleur,
du temps. Et de la pratique.
Si vous butez sur la construction d’un texte, si vous ne vous en sortez pas, insistez !
Et si, malgré tous vos efforts, vous ne parvenez à rien, rangez le texte après l’avoir imprimé, oubliez le quelques jours, quelques semaines ! Passez à autre chose…
Et plus tard, vous porterez sur lui un regard nouveau et vous en viendrez à bout.
En guise de conclusion, j’ajouterai juste que cette distinction entre l’idée, les méthodes et la construction est bien entendu schématique. Je l’ai privilégiée avec le parti-pris de simplifier
ces étapes de l’écriture. Et j’ai conscience que les trois sont en réalité intimement liées, s’imbriquent, se superposent…
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Publié dans : COMMENT ECRIRE ?
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