Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 17:18

Par Patrick FORT
Flaubert, toujours

Flaubert

Le 8 mai 1880, disparaissait Gustave Flaubert l’un des plus grands écrivains français.

Je relisais dernièrement le texte émouvant et bouleversant qu’Emile Zola avait écrit pour rendre hommage au « vieux » de Croisset. Ce dernier avait été enterré le 11 mai  1880 devant une poignée de fidèles et une majorité de badauds («Je jetai un coup d’œil sur le cortège ; nous étions au plus deux cents. Dés lors, je marchai perdu dans un piétinement de troupeau. […] Je ne veux nommer personne, mais beaucoup manquaient que tous comptaient trouver là ») et dans l’indifférence générale (« La vérité doit être que Flaubert, la veille de sa mort, était inconnu des quatre cinquième de Rouen, et détesté de l’autre cinquième. Voilà la gloire »).
Au-delà de son grand intérêt historique, de sa haute valeur anecdotique pour tout passionné de littérature, le texte de Zola est surtout un déchirant adieu d’un ami à un autre, d’un grand écrivain à un maître.
« Aucune mort ne pouvait m’atteindre ni me bouleverser davantage. Jusqu’au mardi, jour des obsèques, il est resté devant moi ; il me hantait, la nuit surtout ; brusquement, il arrivait au bout de toutes mes pensées, avec l’horreur froide du plus jamais .C’était une stupeur, coupée de révoltes. […] J’ai senti des larmes me monter aux yeux, quand je me suis vu tout seul, dans cette campagne souriante, avec le petit bruit de mes pas sur les cailloux du sentier. Je pensais à lui, je me disais que c’était fini, qu’il ne verrait plus le soleil ».
Je vous invite à lire ce texte admirable que je cite avec parcimonie…

Lire « L’enterrement de Flaubert » m’a rappelé que je n’avais pas encore consacré un article à celui qui demeurera toujours un des mes écrivains préférés, celui dont on j’emporterai l’œuvre complète si un jour, pour une raison ou une autre, je devais séjourner sur une île déserte.
Flaubert, toujours. Jolie devise, non ?
J’ai toujours voulu écrire sur lui mais, comment vous dire, Flaubert m’impressionne et m’intimide. Et puis qu’écrire qui ne l’ai déjà été ?
Je relis souvent ou au gré de mon humeur, je me plonge quelques heures dans « Madame Bovary », « L’éducation sentimentale », « Salambô », les « Trois Contes », « Bouvard et Pécuchet » et sa « Correspondance ».
En matière de conseils aux passionnés d’écriture, on cite toujours (et à juste titre) les magnifiques « Lettres à un jeune poète » de Rainer-Maria Rilke. Mais la correspondance de Flaubert est rarement évoquée. Et pourtant, sa lecture est un bain de jouvence et régénère dans les moments de doutes. Mais passons…
Revenons-en à mon douloureux problème métaphysique : Flaubert, toujours.

Tombe de Gustave Flaubert (source :pagesperso-orange.fr/jb.guinot/Images/tombe1.gif
J’avais songé écrire une nouvelle après m’être arrêté à Croisset, ce hameau près de Rouen où a habité le « maître » pendant près de quarante ans.
En effet, c’est le cœur serré que j’avais découvert ce qu’il restait de cette maison dans laquelle tant de chefs d’œuvre avaient été écrits. Nous étions passés devant sans la voir et j’avais été déçu en découvrant ce qu’il en restait : un simple pavillon de jardin perdu au milieu du zone industrielle.
Car la maison de Flaubert a été rasée à la fin du XIXème siècle.
« La maison, qui se dégradait, et que les propriétaires, les Commainville (la nièce de Gustave et son mari) n’avaient plus les moyens d’entretenir fut vendue. Une société industrielle la racheta et la rasa pour bâtir une usine à pétrole qui fut vite transformée en une importante distillerie de 4000 m2 qui fut à son tour détruite entre les deux guerres, et remplacé en 1949 par la centrale électrique de Dieppedalle ».
Oui, j’avais songé écrire une nouvelle après m’être arrêté à Croisset, au 18 quai Gustave Flaubert pour être plus précis. Vous me prendrez peut-être pour un original, mais devant le portail, j’apercevais ce pavillon de jardin et je n’avais pas voulu aller le visiter. A quelques mètres de ce lieu de pèlerinage, j’avais préféré rester sur le trottoir. Au milieu de cette zone industrielle, non loin de la Seine, j’imaginais ce qu’il avait vu, ce qu’il avait vécu, ce qu’il avait écrit et cela me suffisait.
Alors oui, j’avais songé écrire une nouvelle sur cette expérience bizarre mais rien n’a jamais abouti. Cela ne signifie pas qu’un jour indéterminé je passerai à l’acte…Reste maintenant à savoir quand et dans le fonds cela n’a aucune importance.

746610

Flaubert, toujours lui.
Sur Internet, un moteur de recherche m’a amené sur un site remarquable qu’un passionné lui a consacré : http://pagesperso-orange.fr/jb.guinot/
Et sur ce site, j’ai découvert une catégorie passionnante intitulée à juste titre : Leçons de littérature.
Tirées de sa « Correspondance », ces leçons de littérature se déclinent sur des thèmes divers et restituent la pensée flaubertienne et l’idée que Flaubert se faisait de la littérature.
Et là, j’ai compris : pour évoquer Flaubert, le mieux que je puisse faire est de vous inviter à découvrir ces « Leçons de littérature ».

Trois citations pour vous mettre l’eau à la bouche :
« « Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore. Voilà du moins mon ambition. (...) Il ne me paraît pas non plus impossible de donner à l'analyse psychologique la rapidité, la netteté, l'emportement d'une narration purement dramatique. »
A Louise Colet. 22 juillet 1852

« J'écris pour moi, pour moi seul comme je fume et comme je dors. - C'est une fonction presque animale tant elle est personnelle et intime. Je n'ai rien en vue quand je fais quelque chose que le réalisation de l'Idée, et il me semble que mon oeuvre perdrait tout son sens à être publiée. Il y a des animaux qui vivent dans la terre et des plantes qu'on ne peut pas cueillir et qu'on ignore. Il y a peut-être aussi des esprits créés pour les coins inabordables. A quoi servent-ils ? à rien. Ne serais-je pas de cette famille ? »
A Louise Colet.16 août 1847.

« Pourquoi publier (par l'abominable temps qui court) ? Est-ce pour gagner de l'argent ? quelle dérision ! Comme si l'argent était la récompense du travail ! et pouvait l'être ! (...) J'écris (je parle d'un auteur qui se respecte) non pour le lecteur d'aujourd'hui mais pour tous les lecteurs qui pourront se présenter tant que la langue vivra. Ma marchandise ne peut donc être consommée maintenant, car elle n'est pas faite exclusivement pour mes contemporains. Mon service reste donc indéfini, et par conséquent im-payable. »
A George Sand. 4 décembre 1872.










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