Jeudi 17 décembre 2009
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Par Patrick FORT
Du bienfait de relire ce que nous avons déjà lu…
Je relis régulièrement les « classiques ».
C’est pour moi un plaisir toujours renouvelé, une éternelle redécouverte et une exigence jamais ennuyeuse.
Voici près de deux ans, j’avais écrit un article intitulé « Lisez et
relisez les classiques ».
J’y évoquais ma passion pour la littérature et cet attachement que j’ai pour tous ces auteurs « classiques » dont nous avons croisé un jour la
route, souvent au cours de notre scolarité. Et pas toujours dans des conditions idéales. Et pour certains, les souvenirs qui y sont liés ne sont pas toujours des plus agréables…
Tel n’est pas mon cas.
Les professeurs de français que j’ai eus ont toujours été des passionnés, des pédagogues hors pairs. Ils nous apprenaient à découvrir un livre, à
en apprécier le style, la richesse de la langue, à restituer une œuvre dans un contexte donné, car une œuvre ne vient pas de nulle part. Elle est liée à une époque et un milieu sociologique et
précis, des conditions de vie différentes des nôtres, bref, tout ce dans quoi elle prend sa source et s’enracine.
Mais pourtant au-delà des siècles, ces livres nous parlent…et les grandes œuvres annihilent le temps en s’en affranchissant.
Je me souviens d’André Ruland, le professeur de français que tout le monde aurait rêvé d’avoir.
Je ne pourrais jamais oublier la lecture extraordinaire qu’il nous avait faite d’un extrait de Gargantua. Rabelais a une force comique incroyable
et à l’écouter nous riions sans retenue, d’un rire franc et régénérant.
Je me souviens de Jean-François Calvo. Un autre extraordinaire professeur de français.
Quand nous récitions des poèmes, le par cœur l’agaçait au plus haut point. Dans sa notation, la compréhension du poème importait plus que la
faculté à mémoriser le poème. Aussi, oublier une rime ou sauter un vers, n’était guère important pour lui. Le plus important était de comprendre ce que vous récitiez.
Je me souviens de Corinne Costes. Une autre passionnée, l’écriture et la lecture chevillés au corps et au cœur. Elle m’a permis de
découvrir Voltaire, Stendhal, Verlaine, Rimbaud, Montesquieu, Proust, Lautréamont, Rousseau…Je lui dois ma passion de la littérature, cette découverte des trésors et des bienfaits qu’elle recèle.
Et de cette tolérance qu’elle distille, de cette ouverture d’esprit qu’elle apporte. Aussi.
Je pourrais aussi évoquer tous ces admirables universitaires que j’ai eu la chance et le bonheur d’avoir comme enseignants au cours de mes études
de lettres. Je songe à Messieurs Descotes, Gadeau, Granderoute, Favre, Dauphiné, Chevrier…Mesdames Boucher, Châtelard, Larnaudie…Des passionnés qui défendaient corps et âme la littérature tout en
nous démontrant le rôle majeur qu’elle avait tenu au cours des siècles et en nous prouvant l’importance qu’elle aurait toujours.
Quel est le rapport entre ces « hommages » et le titre de cet article - « Du bienfait de relire ce que nous avons déjà lu… » – vous direz vous
peut-être ?
J’y viens.
Tous m’ont appris une chose essentielle : l’importance de relire, à différents instants de notre vie, les œuvres qui ont compté pour nous et de «
vieillir un peu » pour en découvrir d’autres qui nous ont rebutées à une époque de notre vie.
Ce que nous sommes influe sur ce que nous lisons.
Les aléas de la vie, le Temps, notre expérience de lecteur, nos souvenirs, toute cette part inconsciente qui nous accompagne et nous façonne -
malgré nous mais tout étant consentants - oui, cette alchimie, mystérieuse et que nous ne maîtrisons pas toujours, modifie nos lectures et notre perception des textes.
Lire « Le Rouge et Le Noir » de Stendhal, « Les Essais » de Montaigne, « Les rêveries du promeneur solitaires » de Rousseau, les « Mémoires
d’Outre-Tombe » de Chateaubriand, lire ces œuvres, à dix-huit ans ou à quarante ans ne participe pas, et vous en conviendrez sans l’ombre d’une hésitation, des mêmes tenants et des mêmes
aboutissants.
D’où l’importance de relire ce que nous avons déjà lu…ou d’essayer de relire ce qui nous avait déplu…
Car une des nombreuses richesses de la littérature tient aussi en ce qu’elle s’adapte à ce que nous sommes, tout en tenant compte de ce nous
sommes devenus mais en n’oubliant pas ce que nous avons été.
Pour qui aime lire, les livres l’accompagnent tout au long de sa vie.
Ils aident à trouver des réponses et à essayer de comprendre le monde ; ils réjouissent, réconfortent, consolent ; ils accaparent, améliorent et
séduisent.
En fin de compte, on ne peut jamais se passer d’eux.
Et inlassablement, ils reviennent à nous et nous revenons à eux.
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