Présentation

Première édition !



CE RECUEIL COMPREND
4 NOUVELLES :
 CAGOT !
MORT POUR LA FRANCE
GRAU DE GANDIA
LE PHARE

Derniers Commentaires

Référencé sur :

Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /2009 20:01

Par PAT DE BIGORRE
DERNIER CAFE AU DELIRIUM

- 2ème et dernière partie -


Depuis longtemps, il n’y a plus grand monde qui fréquente le « Delirium ».
Pourtant, par exemple, je me souviens qu’« avant », certains dimanches, à l’heure de l’apéritif, juste après la sortie de la messe, pour commander une tournée, il fallait s’armer de patience.
Les figures locales, les habitués sont partis les uns après les autres ; les autres viennent moins souvent et les jeunes préfèrent rester chez eux.
Joël, « Jo » surnommé ainsi parce qu’il avait une Renault 9 « Louisiane » est parti. Sa place, à droite du comptoir, est toujours vacante et on s’attend toujours à ce qu’il revienne.
On n’entend plus le rire de Jeannot, « Quetsch » pour les intimes. Il buvait un verre de vin blanc après l’arrivée de chaque course, pour fêter une victoire ou oublier une défaite. Et parfois, si vous refusiez de trinquer avec lui, il pouvait même se mettre en colère. En quoi était-il curieux d’offrir une bière à un ami de bon matin ? Non vraiment, il ne comprenait pas.
L’ancien charcutier, « Pierrot » Coureau dit « Captain’ Igloo » - car avec sa barbe blanche et sa casquette, il ressemblait comme deux gouttes d’eau au légendaire marin-pêcheur de la marque de surgelés– oui, « ce bon vieux Pierrot » ne promènera plus son sourire narquois dans son cher « Delirium ». « Là-haut », il a rejoint ses amis et ils ont repris leur partie de belote, comme si de rien n’était, car ils savaient que tôt ou tard, ils se retrouveraient. Avec « Poupy », « Georges » et Monsieur Cassus, au paradis, ils doivent mettre une sacrée ambiance.
Terminées aussi les légendaires farces de Félix entrées à jamais dans la légende saint-péenne. Personne n’a échappé aux tours pendables qu’il s’ingéniait à vous jouer dès que vous aviez le dos tourné.  Roi des subtiliseurs de clefs, prince des dérobeurs de briquets et des cigarettes, une fois son méfait accompli, il passait à côté de vous et lançait avec son accent espagnol, un innocent : « Ici, yé connaît quéqu’un qui a perdou quéqué chose ! ». Puis il rentrait chez lui. Puis vous cherchiez ce que vous aviez perdu, maudissant ce c…de Félix qui avait dissimulé vos affaires sous une pile de journaux ou dans le bac à glaçons…

Un jour, je compterai le nombre de fois où je suis rentré au bar-pmu « Le Delirium ».
Juste comme çà. Pour savoir. Pour avoir un ordre d'idée.

Je commande un deuxième café.
Le dernier et puis je rentre.
Je ne vais pas m’éterniser ici. Je ne changerai rien à rien. Juste essayer d’enraciner les bribes éparpillées pour rassembler les souvenirs.
Combien d’heures ai-je passées ici ?
Les mémorables parties de baby-foot, de fléchettes, de Tetris, de Space Invaders, de flipper ; les commentaires passionnés lors des retransmissions sportives ; ce vieux juke-box qui passait en boucle toujours les mêmes morceaux ; tous ces gens que j’ai croisés un jour, que j’ai perdus de vue, que je reverrai peut-être ou jamais ; toutes ces conversations à bâtons rompus et ces rares moments d’ennui aussi ; tous ces regards, ces sourires, ces fous-rires, ces instants de vie, ces moments de tristesse, ces non-dits, ces engueulades, ces hallucinations collectives, ces rencontres…
Oui, la fermeture de ce bar, de ce simple bar, semblable à tant d’autres, ne les effacera pas.
Parce qu’ils sont uniques.

Je me lève enfin. J’ai le réflexe de vérifier si mon portefeuille et bien dans la poche de mon blouson.
Une dernière poignée de main.
« Salut Philippe. A la prochaine.
- Salut Patrick !
- Tu fermes à la fin du mois alors ?
- Oui, dans dix jours, je mets la clef sous la porte.
- Ça va te faire bizarre, non ?
- Au contraire, il me tarde. J’en ai ma claque. Certains jours, j’ouvre le bar de neuf heures à dix huit heures pour servir deux ou trois personnes. Et t’as vu pour les fêtes ? J’ai fermé à 23 heures. Ça m’était jamais arrivé. Maintenant, les gens, ils sortent plus…
- Mais tu ne regrettes pas quand même un peu ? Tu bosses ici depuis combien de temps…quinze ans non ?
- Oui, ça fait un bail mais crois-moi, je suis content d’arrêter.
J’ai du mal à le croire. A cause de son air fatigué, peut-être.
Après lui avoir souhaité bonne chance pour la suite, je finis enfin par franchir la porte.
Pour la dernière fois.
Dans la bouche, j’ai un drôle de goût.

Trois semaines plus tard, avec Magali et Fred, nous passons en voiture devant « Le Delirium ».
J’aurais préféré qu’il fasse un détour.
A l’intérieur, les tabourets sont posés sur le comptoir et les chaises ont été retournées sur les tables.
Aucune lumière, aucun mouvement, aucune vie.
Au fonds, j’aperçois les branches noueuses de l’arbre. Lui, il est toujours là.
Je demande à Fred de s’arrêter, juste le temps de prendre une photo. Je baisse la vitre et tend l’appareil à l’extérieur.
Je zoome et je cadre la devanture. J’appuie sur le déclencheur sans avoir une idée précise du résultat. 
Tout ceci est ridicule peut-être.
Car après tout, « Le Delirium », ce n’était rien de plus qu’un simple bar.

Voir les 8 commentaires - Publié dans : XV. Dernier café au Delirium
Ecrire un commentaire - Partager    
Retour à l'accueil

Commentaires

Avec la fermeture de ce type de lieu de convivialité, c'est un peu d'humanité qui s'effrite sous les coups de l'aseptie des relations...
Triste...

Amitiés,
Sandy
Commentaire n°1 posté par sandy le 17/11/2009 à 22h46
Merci Sandy...
Oui, l'humanité s'effrite et les lieux de convivialité avec elle...
Amitiés,
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 19/11/2009 à 15h13
Bonjour Pat,

        Nous portons tous dans notre mémoire, des souvenirs d'un petit bistrot qui n'était pas tout à fait comme les autres.
        La description de la fermeture de ce bar est comme une page d'histoire qui se tourne.
        Les consommateurs énoncés,  possèdaient des personnalités qui donnaient vie au" Délirium ", où tout le monde se connaissait.
       Le narrateur dépeint l'atmosphère de ces doux moment du passé, en sachant qu'il ne retrouvera jammais la convivialité de ce lieu.
       Nostalgie d'une période perdue, l'auteur rend hommage aux disparus du bar du petit village.
       
       Amitié.
       dédé.
Commentaire n°2 posté par dede le 14/10/2009 à 11h10
rebonjour cher DD !
A travers ce texte, je rends hommage aux vivants et aux morts, à ceux qui sont partis et ceux qui restent.
une page se tourne mais les souvenirs demeurent. une porte se ferme mais la  mémoire est là pour que rien ne se perde.
En écrivant, en me faisant l'honneur de me lire, l'un et l'autre, nous y travaillons !
Amitiés,
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 16/10/2009 à 16h02
Superbe description!! Avec un "simple" petit bar tu nous fais ressentir de l'émotion ...  Le delirium fait partie de ce patrimoine culturel (si!si!) de notre territoire qui disparaît peu à peu ... les temps changent comme on dit
ps : je n'ai pas encore pu envoyer ton livre pour la dédicace, ça ne devrait tarder maintenant!!
A bientôt
Commentaire n°3 posté par gdblog le 14/10/2009 à 08h35
Bonjour Gaétan et merci pour ta lecture ! Mon texte a fait mouche et tu as ressenti ce que mes mots se sont attachés à retranscrire ! Nous connaissons ou avons tous connu un "délirium" !
Pour la dédicace, pas de problème ! je sais ce que je vais écrire !
A bientôt !
PS : mon livre m'accappare et explique mon silence blogesque sur les sites amis. Mais tout rentrera bientôt dans l'ordre !
A très vite !
Réponse de PAT DE BIGORRE le 16/10/2009 à 15h49

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était…

Plus on vieillit, plus nos souvenirs anciens remontent. Ils font parfois du mal, puis repartent doucement pour laisser la place à d’autres.

Mais, inexorablement, ils reviennent toujours à un moment ou un autre enregistrés dans notre disque dur interne. C’est notre vie. La nostalgie…

 

 

Commentaire n°4 posté par Alain le 12/10/2009 à 12h55
Bonjour Alain et merci pour ta lecture !
"La pensée d'un homme est avant tout sa nostalgie" écrivait Camus...
Je partage ton avis car nous sommes nos souvenirs et au fil du temps, ils se mèlent au présent...
Tu as saisi à merveille un des thèmes de ce texte : vivre avec ses souvenirs et s'en servir pour la suite...
Amicalement,
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 16/10/2009 à 15h39

L’évocation de nos souvenirs n’est jamais stupide. Le Delirium est un simple bar, oui… et non. Il est un symbol. Celui d’un monde en mutation. Un monde où l’authentique se barre à toute jambe pour laisser place aux paillettes glacées d’existences qui se virtualisent.

Alors oui, il faut évoquer cette chaleur qui se meurt. Il faut la prendre en photo, par l’encre de nos plumes. Qui sait, le lecteur du futur, accablé de son monde aseptisé et sans âme, aura-t-il alors une folle et délicieuse envie de reconstruire cette authenticité perdue ?

Merci pour ce beau texte, qui comme souvent avec toi, en dit autant entre les lignes, que par ces dernières. Et ça, c’est fort ! (sans jeu de mots facile) et personnellement, j’adore !

A bientôt mon ami.

Adishatz.

Commentaire n°5 posté par Frédéric THOMAS le 10/10/2009 à 19h17
Bonjour Frédéric !
merci pour ton magnifique commentaire ! je savais que tu le comprendrais, que tu saurais lire entre les lignes et je partage ton triste cas sur le devenir de ce monde dans lequel nous vivons.
la froideur virtuelle a remplacé la sincérité chaleureuse, les mails ont supplanté les lettres manuscrites et ils nous restent nos souvenirs pour reconstruire et faire perdurer ce monde d'avant.
merci Frédéric. rassurant de noter que nous sommes sur la même longueur d'ondes.
Amitiés.
PAT
PS : L'article sur ton site sera en ligne en milieu de semaine prochaine !
Réponse de PAT DE BIGORRE le 14/10/2009 à 15h29
Il n' y a pas de "simple bar" lorsque dans un endroit, on laisse une partie de son coeur et de sa mémoire. Bises pat!
Commentaire n°6 posté par delphine alpin ricaud le 09/10/2009 à 14h31
merci Delphine ! pour avoir compris ce que j'ai voulu écrire et pour l'avoir résumé aussi bien ! Non, le Delirium n'est pas un "simple bar"...les lieux vides parlent toujours...et existent encore.
Je t'embrasse,
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 12/10/2009 à 19h02
Non, ce n'est pas ridicule, c'est maintenir au fond de nous par le biais de ton texte, au fond de toi par celui de tes souvenirs, un pan de la France qui ne sera plus. Ouais, la France, un grand mot, pour certain un gros mot. La France c'est ce qu'on en vit, c'est le bar "le délirium", c'est ton curé de campagne d'un autre texte, c'est ton papi, ma mamie, la boulange qui m'ouvrait ses portes à 4 heures du mat lorsque revenant de fiesta, j'étais avec mes potes avides de croissants chauds, c'est le vieux et son train du texte de Delphine Alpin-Ricaud. C'est ce qui disparait, morceau par morceau, vie par vie. J'ai un peu peur, je dois l'avouer de ce qui va la remplacer... Pourquoi des bars lorsqu'on peut rencontrer tant de gens chez Fessebouc ou Monespace ? À l'abri de toute H1N1 jusqu'à 10... Où l'on peut briller tellement bien que personne ne remarque nos zones d'ombre...
Je pleure la disparition de ces lieux, meme si j'y ai parfois recu des torgnoles. (rire) Ca fait partie de la vie aussi ? Non ? Et pi, ptet que je les avais mérité.
Nous abandonnons le chaud de l'humanité pour le remplacer par une chaleur électrique, centrale nucléaire ou pas. La douce chaleur de l'auto-satisfaction que de mon temps on appelait "branlette" du zéro et du un.
Après tout... Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible, cultivons notre jardin.
Amitié
Thierry
Commentaire n°7 posté par Thierry Benquey le 09/10/2009 à 10h12
Bonsoir Thierry et merci pour ton commentaire revigorant !
Comme toi, j'ai peur devant cette désocialisation, ces campagnes qui petit à petit, jour après jour, meurent et deviennent les dortoirs des grandes villes...Tout est fait pour que nous nous replions sur nous-mêmes, l'autre devient un "étranger" et le virtuel une barrière confortable derrière laquelle on peut se cacher.
Comme toi, j'ai la nostalgie de cette France quitte à passer pour un vieux c..., les torgnoles moi je les évitais et partais avant (rires). Ce texte je l'ai écrit pour moi, bien sûr, pour fixer mes souvenirs et dans l'espoir que je sois entendu et qu'ils réveillent le souvenir, les souvenirs.
Tu l'as lu, tu m'as compris, je t'approuve dans tout ce que tu écris et renouer avec l'écriture à travers ce texte me donne envie de m'y remettre.
Je vais lire le texte de Delphine que tu cites et je sens qu'il va me plaire !
Merci Thierry !
Sans toi et quelques autres, je crois que j'aurais supprimé mon blog depuis longtemps et comme Philippe, patron du Delirium, j'aurais mis la clef sous la porte depuis longtemps...
Amitié.
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 12/10/2009 à 19h17
salut pat, tu as très bien rendu la vie d'un bar de village. en te lisant, je me revoyais à 20 ans dans le bar du village de mon club de rugby. moi aussi, j'en ai passé du temps, des fois à m'ennuyer aussi, mais à l'époque rien n'était trop grave. ton hommage au delirium est émouvant et fait ressurgir plein de souvenir.
malheureusement, nous avons perdu l'habitude d'aller au café pour rester devant la télé. moi qui les fréquente encore un peu à bagnères, je suis toujours étonné de voir la forte colonnie portugaise aller au bar en famille. et je trouve cette habitude très bonne.
bien sur dans ton hommage tu n'as pas oublié les grandes figures du Delirium aujourd'hui disparues, donnant un accent pagnolesque à ton récit. espérons que le delirium rouvre un jour afin de remplir son rôle de socialisation dans nos vertes campagnes mais ceci est une autre histoire que tu nous raconteras peut-être un jour...
amitié

Yannick
Commentaire n°8 posté par yannick le 09/10/2009 à 09h50
Bonjour Yannick et heureux de trouver ton commentaire après mon week-end pyrénéen, toujours trop court.
Nostalgie par rapport à une époque de ma vie, sans aucun doute. Mais aussi constat amer que je partage avec toi car le mot "socialisation" que tu utilises est au centre de ce récit. Ce we par exemple, j'étais à St Pé et les gens erraient dans la rue le dimanche matin... Je note que tu te retrouves dans ce texte, et qu'à travers le demirium, tes souvenirs affluent. Je suis toujours fier quand on me lit et quand on se retrouve dans mes humbles mots...
Ton témoignage sur la fréquentation des cafés par ce cher peuple portugais que j'aime tant ne me surprend pas. Dans les pays méditérannéens, cette habitude, de se retrouver, persiste encore (et l'Espagne en est le meilleur exemple).
"Dernier café au Delirium" n'est pas parfait mais je l'ai mis en ligne quand même.  je suis fier de l'avoir écrit et aussi soulagé car je reprends le chemin de l'écriture petit à petit...
Au plaisir de te lire,
Amitiés,
PAT
PS : tu as eu du nouveau pour les nouvelles que tu as adressées à Monsieur Meyraud ? Tiens moi au courant...
Réponse de PAT DE BIGORRE le 12/10/2009 à 18h59
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés