Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /Juil /2009 16:47

Par PAT DE BIGORRE



« Les Onze » de Pierre Michon

Editions Verdier

144 pages
14 €

 

Marc Levy et Guillaume Musso – et ce n’est un secret pour personne - n’apportent rien à la littérature française (vous noterez au passage l’emploi du « l » en lettre minuscule).

Leurs romans préfabriqués pour plaire suivent toujours les mêmes recettes de cuisine indigestes et, inexorablement, tirent la Littérature vers des profondeurs abyssales de médiocrité (vous noterez au passage l’emploi du « L » en lettre majuscule).

L’absence de prise de risques alliée à la pauvreté recherchée dans le style sont autant d’atouts pour truster les premières places dans les meilleures ventes hebdomadaires de livres.

Ces fabricants de livres versent dans une appauvrissante « Littérature sans estomac » et, à défaut d’un jour écrire, soignent leurs comptes en banque tout en remplissant les caisses de leurs éditeurs.

Marc Levy et Guillaume Musso ne laisseront pas leurs empreintes dans l’histoire de la Littérature française, non, ils ne laisseront pas un souvenir impérissable dans la mémoire de celles et ceux qui auront perdu leur temps à les lire.


Tel ne sera pas le cas de Pierre Michon.

 

Pierre Michon, l’un des plus grands écrivains français de ces cinquante dernières années, préfère le silence et le recueillement à la poudre aux yeux du tapage médiatique.

Il prend son temps pour écrire car rien ne presse sauf la passion d’écrire.

« Michon écrit, n’écrit pas, pas beaucoup en tout cas et même encore moins que pas beaucoup » écrit Didier Jacob.

Auteur rare, Pierre Michon ne sacrifie pas aux modes. Livre après livre, il construit une œuvre exigeante et unique.

Pour Pierre Assouline « Pierre Michon fait partie des écrivains qui manient la langue française avec amour, ne s’inscrivent que dans le territoire de la littérature, ne s’épanouissent que dans la sphère de l’imaginaire et n’en expriment pas moins un véritable souci de l’histoire. »

Révélé au grand public par « Vies minuscules », il nous offre avec « Les Onze », un roman fascinant, écrit dans un style, de prime abord difficile mais qui, au fil des phrases devient évident et enchanteur.


Dans « Les Onze », Pierre Michon évoque une page noire de la Révolution Française, « la Terreur », et ce au travers un tableau qui n’a jamais existé.

Qui sont " Les Onze "?

« Les Onze » ce sont les onze membres du Comité de Salut Public.

« Je me suis saisi aussitôt d’un livre où il y avait les noms des membres du Comité de Salut public, et je les ai notés dans l’ordre : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Ça faisait onze pieds. C’est cette scansion qui a fait le tableau. »

La prouesse de Pierre Michon est, par la magie de son style de nous rendre vraisemblable ce tableau imaginaire. Car, même si nous savons que le peintre qui l’a exécuté, François-Elie Corentin, est inventé de toutes pièces, même si c’est une évidence que « Les onze » n’a jamais été exposé au Louvre (ce tableau n’existe pas !), nous sommes pourtant assaillis par le doute et nommes plus aussi sûrs de nous.

Et si le tableau avait été réellement commandité ?

Et si cette oeuvre, « Les Onze », existait vraiment ?

Michon en effet brouille les pistes et invoque l’historien Jules Michelet qui devient à son tour acteur à part entière de ce drame.

Il évoque avec force, dans des phrases à la rythmique précise, l’Histoire à travers une histoire imaginaire. 

L’auteur nous interroge sur la notion de réel et le rôle joué par l’Art dans la transformation de ce réel (les rapports ambiguës de l'Art et de la politique...)

Le livre refermé, on « voit » ce tableau car grâce aux mots de Pierre Michon, nous, lecteurs hallucinés, nous l’avons crée et ainsi il existe. Et nous ne sortons pas indemnes de cette lecture qui en appelle une autre tant elle recèle de trésors.

 

En  144 pages, denses et magnifiques, Pierre Michon, avec « Les Onze » nous redonne espoir :

La Littérature existe toujours et n’est pas encore morte contrairement à ce que certains s'évertuent à nous laisser croire (vous noterez au passage l’emploi du « L » en lettre majuscule).

Et soyons fous, prenons nous à rêver…

Pourquoi le livre de Pierre Michon ne se vendrait-il pas à 300 000 exemplaires ?

 

Pour aller plus loin :

Pierre Michon évoque son roman "Les Onze".

 


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