J’aime beaucoup cette citation d’Henry David THOREAU et je trouve qu’elle correspond à merveille à l’écriture et
aux nouvelles de Delphine Alpin-Ricaud : « Composer des phrases qui suggèrent beaucoup plus qu'elles ne disent, qui
soient évocatrices, qui ne décrivent pas simplement une impression connue, mais en produisent une nouvelle : ciseler de telles phrases, voilà l'art d'écrire ».
Je me souviens précisément de ma première visite sur le site de Delphine. J’avais débuté par son avant-propos et je m’étais
retrouvé dans tout ce qu’elle écrivait : ses mots, ses interrogations et ses doutes me parlaient et j’aurais aimé les écrire avec sa justesse, sa passion d’écrire et sa
générosité. « Cela ne sert à rien d'écrire si on ne peut pas faire partager ses créations,
toutes modestes soient-elles! Il faut être lu, car si chaque auteur, ou chaque artiste en général, se dénude
ainsi dans ses œuvres, c'est pour mieux atteindre l'autre, le lecteur, le reste des hommes. Ou, comme le dit Paul Auster, « Un livre, c'est le seul lieu au monde aux deux étrangers peuvent se
rencontrer de façon intime ». En écrivant, c'est l'âme qui parle ». Elle s’exprimait avec sincérité et expliquait sa démarche avec une modestie touchante. Et une certitude : ce doute
que nous ressentons tous ne parviendra jamais à nous freiner dans notre passion d’écrire. «J'ai longtemps eu honte de dire que j'écrivais[…]. Pourtant, j'ai toujours
écrit et, quand je ne le faisais pas, l'idée d'écrire m'obsédait, me rongeait, me bouffait ». Les mots de Delphine prolongeaient ceux de Rainer Maria Rilke dans « Les lettres à un jeune poète »
: « Avant toute chose, demandez-vous, à l’heure la plus tranquille de votre nuit :
est-il nécessaire que j’écrive ? Creusez en vous-même en quête d’une réponse profonde. Et si elle devait être positive, si vous étiez fondé à répondre à cette réponse grave par un puissant et
simple « je ne peux pas faire autrement » , construisez alors votre existence en fonction de cette nécessité » Aussi, avant même de découvrir les textes et
nouvelles de Delphine, pas un seul instant je ne doutais que la « voix » que j’allais entendre était rare car unique.
Je vous invite à partir à la rencontre de la formidable écriture de Delphine. Son style se nourrit des nombreux voyages qu’elle a accomplis et ses mots contiennent cette richesse, cette
tolérance et cette humanité rare que seules les rencontres avec l’ « autre », dans sa différence et sa similitude, vous offrent. « La chanson de Rosita
» dépasse les frontières géographiques de l’Argentine : elle a un caractère universel par la violence gratuite qu’elle dénonce. Une victime est toujours innocente. Ou qu’elle
soit. « La chanson de Rosita
» m’avait impressionné par sa poésie subtile, cette émotion flamboyante et poignante, cet amour pour l'Argentine et cet attachement pour ce pays dans lequel Delphine a vécu.
Le rythme, la précision et la justesse de ses mots, cette humanité et cette compassion dont elle drapait chaque verbe, substantif et adjectif, me démontraient ligne après ligne que j’étais en
train de faire une belle rencontre. Car Delphine parvient, en quelques phrases, à créer une ambiance, à capturer un paysage et à vous rendre familier
un visage. Sans vous assommer avec des phrases lourdes et pompeuses. En suggérant, en vous laissant imaginer, en vous invitant à décorer les silences avec votre sensibilité.
« Trois sœurs »
est un bijou d’écriture, de retenue et de vérité. A travers trois magnifiques portraits de femmes unit par les liens du sang et le souvenir de leur mère, Delphine construit une intrigue éclairée
de non-dits, de regards , de gestes. Elle interroge l’âme humaine et donne des indices pour répondre à ces questions que nous nous posons tous. Dans ces nouvelles, Delphine nous parle mais sait
alterner les pauses et les silences. « Ecrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans
bruit » écrivait Marguerite Duras… Le style de Delphine épouse une variété de tons infinis. Elle en décline toutes les couleurs entre ombre et
lumière. Son écriture oscille entre drame, humour, nostalgie, passion, tendresse, douceur, tristesse, légèreté et gravité. Et ainsi les nouvelles et textes de Delphine ressemblent à la
vie… Lisez par exemple «
Petite histoire d’amour ratée » et écoutez sa musique unique. Découvrez la surprenante « Ce n’est pas de ma faute ! ». Plongez vous dans la catégorie « Mots », délectez-vous des bonheurs de la langue française et découvrez ces mots oubliés que l’on rêverait de voir revenir à la mode... Partez à la découverte de les rubriques « Réflexions sur… », "Mondes qui tournent" et réagissez, donnez votre point de
vue ! Vous l’aurez compris, rendre visite à Delphine
Alpin-Ricaud est la meilleure chose qui pourrait vous arriver. Vous restituer la richesse de son site était difficile. J'espère malgré tout y être parvenu... Car soyez en assurés : en partant à la découverte de Delphine Alpin-Ricaud, vous allez rencontrer une
belle "âme". Et il serait dommage que vous passiez à côté...
« Un grand auteur est celui dont on entend et reconnaît la voix dès qu'on
ouvre l'un de ses livres. Il a réussi à fondre la parole et l'écriture » écrivait Michel Tournier.
Je n’ai jamais entendu la voix de Delphine mais en la lisant, je l’entends et elle m’est devenue
familière.
Je lui envie son art d'apprivoiser les mots et suis admiratif du talent rare qu'elle possède.
Je n’ai jamais rencontré Delphine et pourtant elle est bigourdane (rires) ! Mais, étrangement, comment vous
dire...en la lisant, j’ai l'impression de la connaître...
Car telle est la magie de l’écriture : en partant de "soi", écrire et ainsi parler aux "autres".
Delphine y est parvenue.
Et modestement, je ne peux que l'en remercier et surtout vous inciter à la lire.
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