L’acte d’écrire part d’abord de soi et espère ensuite trouver ensuite des lecteurs.
Le lecteur intervient mais toujours « après ». Jamais « avant » l’écriture.
Car on écrit toujours pour soi. Le lecteur est absent quand les mots surgissent et s’assemblent. Mais un texte a besoin du lecteur pour prendre son envol, échapper à son auteur et pour ainsi tout
simplement vivre. Et surtout être partagé. Le lecteur donne un sens à ce que vous avez écrit, l’éclaire d’un jour nouveau et l’enrichit.
Un prix, une récompense, une distinction - au-delà de la reconnaissance offerte et de la fierté ressentie - permettent des rencontres rares, des moments inoubliables et des instants précieux qui
tissent en vous des souvenirs pour plus tard…
Tel fut le cas pour « Grau de Gandia », le 13 juin 2009, à Aureilhan, vers 14 h 30.
Jacques Gilbert était présentcejour-là. Il a été si discret que je ne me suis rendu compte
à aucun moment de sa présence. Il est vrai que j’étais un peu « ailleurs » et que j’évoluais par moments dans un univers parallèle.
Je crois même qu’il a adressé un message à Yannick pour lui soutirer quelques photos…
Jacques Gilbert m’a adressé ce matin un compte-rendu de cette journée inoubliable.
Vous n’imaginez même pas ma surprise…
Mais finalement, il m’a enlevé une épine du pied et m’a rendu aussi, sans le savoir, un immense service.
Je voulais écrire un article mais je ne savais comment m’y prendre.
Aussi, je l’en remercie. Même si certaines de ces réflexions à mon encontre ont un ton moqueur et auraient un peu tendance à m’agacer…je vous livre tel quel…
« Pensez donc ! Quand j’ai appris que « Grau de Gandia » avait reçu le premier prix au concours littéraire Jules Laforgue dans la catégorie « Nouvelle », j’ai noté la date dans mon
agenda pour ne pas courir le risque de louper cet évènement. Un brin amusé, j’ai lu l’article « Demain, samedi 13 juin, à 14 h 30 ». J’y ai découvert, avec une pointe de sadisme, la pression
terrible qu’il se mettait tout seul.
Alors vous me comprendrez : je ne pouvais pas passer à côté de cette occasion inespérée qui m’était offerte…
« L’occasion fait le lardon » comme un jour Cambouis me l’a affirmé…
J’allais pouvoir me moquer de lui et le railler. Lui ne s’en prive pas…alors pourquoi n’en ferais-je pas autant pour une fois ?
Je suis arrivé très tôt, sur les coups de 13 heures. Ne pas avoir le permis est parfois contraignant et vous devez vous plier à des horaires précis. J’ai pris le train de Pau à 12 h 07 et, sous
une chaleur suffocante, j’ai parcouru à pied, s’il vous plaît, les 4 kilomètres qui séparent la gare de Tarbes de la maison « Loustaou » à Aureilhan.
J’ai pu ainsi assister, assis à l’ombre des tilleuls centenaires du parc, à l’arrivée surprise de deux amis fidèles de Patrick : Sylvie et Laurent.
L’amitié se juge sur les actes et non sur les paroles. Cambouis me l’a souvent démontré.
Et en plus, comme le chantait l’hidalgo Julio Iglesias « L'amitié, c'est la fidélité, et si on me demandait qu'est-ce que la fidélité ? Je répondrais c'est l'amitié ! ».
Qu’ils soient venus exprès était une marque d’attention rare. Sur le coup, j’étais moi-même tout ému ! Et je sais qu’ils aiment bien les nouvelles que Patrick Fort m’a consacrées (pas toujours
avec impartialité et justesse mais bon…) alors d’emblée ils m’étaient sympathiques…
Yannick Pene, un des grands admirateurs de mes aventures à moi (je m’excuse de me mettre ainsi en avant…) était également présent. Lui aussi était venu pour rencontrer et féliciter
Patrick.
La remise des prix, prévue initialement à l’intérieur, avait été déplacée à l’extérieur pour profiter du
superbe parc arboré et du petit vent frais.
J’ai aidé les bénévoles à installer tables et chaises. J’ai salué les membres du jury, la charmante bibliothécaire Madame Artigualet, le Maire et son premier adjoint, Pierre Faure, responsable de
la commission des Affaires Culturelles. Le vice-président du Conseil Général des Hautes-Pyrénées, Monsieur Pierre Dussert, avait répondu également à l’invitation.
C’est alors que Patrick Fort est arrivé, un peu en retard comme à son habitude. Quand je l’ai vu, je n’ai pu me retenir de rire et une dame assise à mes côtés m’a dévisagé avec un air
surpris.
Un peu crispé, blanc et stressé, les jambes flageolantes, il marchait derrière sa compagne, Magali et sa sœur, Christelle. Le regard inquiet, il scrutait les gens assis. Il a salué Laurent,
Sylvie et Yannick avec enthousiasme et émotion. Il n’en revenait pas de les trouver ici.
(un air vraiment idiot et demeuré m'a contraint
de remplacer la tête de Patrick Fort par une tête de loutre...)
A peine arrivé, il s’est tout de suite fait remarquer ! A croire qu’il le fait exprès parfois…
Pierre Faure, le maire-adjoint, s’est approché de lui et lui a serré la main en se présentant :
« Pierre Faure…bonjour et merci d’être venu ! »
- Bonjour ! Euh…mais désolé, mon prénom est Patrick et non Pierre…
- Oui je le sais…je ne faisais que me présenter… »
Autant vous dire que tout le monde autour a bien ri.
Sur le moment, j’ai pensé à cette citation de Louis Gauthier « Le ridicule ne tue pas, mais il met mal à l'aise ». Quand j’y repense, j’aurais peut-être du la lui citer pour enfoncer le
clou. Mais j’étais ici incognito…et je n’avais pas envie de me faire remarquer.
Monsieur Dussert salua l’assemblée et évoqua les circonstances qui avaient conduit à créer ce prix
littéraire, cet adolescent qui trouvait dommage que rien n’existe pour valoriser la poésie et l’écriture.
Monsieur le Maire prit la parole pour témoigner de son attachement à ce concours, féliciter les lauréats et remercier le jury.
Monsieur Sylvestre, président du Jury salua les bénévoles, les bénévoles et la bibliothécaire, « cheville ouvrière de ce concours ». « Le concours en est à sa 15ème édition et 272 textes avaient
été reçus. Des auteurs de toute la France participent. Mais il dépasse maintenant les frontières puisque des auteurs du Kenya, de Belgique, de Suisse, du Luxembourg, d’Italie et d’Espagne ont
également participé ».
Nous rentrâmes alors dans le vif du sujet et la remise des prix débuta.
Malheureusement, peu de lauréats étaient présents, éloignement géographique oblige. Les absents avaient adressé un courrier pour expliquer leurs absences et exprimer leurs regrets. Certains
avaient des excuses un peu poussives quand même. « Ma mère est hospitalisée alors vous comprendrez que… », « Des événements indépendants de ma volonté me contraignent à ne pouvoir être présente
aujourd’hui ». J’ai entendu Patrick Fort chuchoter à Yannick : « Certains ont vraiment des excuses en bois…tu sais que dans certains concours, les lauréats sont obligés de venir…qu’ils habitent à
Toulon ou à Paris…».
Il était un peu nerveux.
Sur cette photo Pat de Bigorre se la joue "serein"
mais le 13 juin, vous pouvez me croire, il n'en menait pas large !!!
Les résultats de la catégorie « Nouvelle » approchaient à grand pas et il allait devoir lire sa
nouvelle. Il tenta bien à un moment de demander à Laurent de lire « Grau de Gandia » à sa place… « Laurent, c’est dans l’adversité que l’on retrouve ses amis… ». Yannick, Magali, Sylvie et
Christelle y eurent droit également. Mais au final Patrick fut renvoyé devant ses responsabilités. Je le trouvai un peu sans gêne d’insister ainsi. Et pénible aussi. Quand on s’expose, on assume
ou alors on reste à la maison. Il n’aurait plus manquer qu’on le plaigne en plus !
Ecouter, Messieurs Sylvestre et Verdier, doctes et passionnés membres du jury, lirent les poèmes primés était un pur régal. Le temps suspendait son vol, le monde devenait soudain poème et les
vers, rimes et sonorités le rendaient le temps d’un instant moins laid.
Comme l’écrivait le romantique anglais Shelley : « La poésie immortalise tout ce qu'il y a de meilleur et de plus beau dans le monde ».
La lecture, par Monsieur Joseph Verdier, du premier prix « La jolie dame de La Ciotat » de Claude Payan dans la catégorie « Conte » fut un grand moment d’humour et d’esprit, servi par une
écriture remarquable et une « chute » surprenante.
Puis vint le « quart de gloire » de « Grau de Gandia ».
Et Patrick Fort se dégonfla, avançant que la nouvelle était un « peu longue », « en lire un extrait difficile », « la résumer un peu compliqué ».
Mais au final, bien lui en a pris ! Vu que Patrick Fort lit comme un pied, il nous a épargné ainsi bien des tourments !
Car son éditrice se proposa de lire cette nouvelle à sa place !
En effet, cette dernière et Monsieur Marc Meyraud des Editions Le Solitaire s’étaient glissés discrètement dans l’assemblée.
J’espère que Patrick Fort a apprécié à sa juste valeur le cadeau somptueux qu’on lui a offert. J’espère
que Patrick Fort a savouré ses instants rares et cette chance.
J’espère que Patrick Fort a redécouvert sa nouvelle au point de ne plus être sûr de l’avoir écrite.
Mais pour avoir observé les traits de son visage au cours de la lecture, je ne m’avancerai pas trop en affirmant que oui.
Car dans le public, en écoutant Mylène Fondecave lire « Grau de Gandia », une belle émotion a déferlé sur les auditeurs. Une émotion que les mots ne parviendront jamais à restituer et qu’il
vaut mieux laisser imaginer que chercher à écrire à tout prix. Bon j’arrête là car je peux devenir assez vite lyrique si je n’y prends garde…
Monsieur Pierre Dussert lui alors remis son prix. « Merci pour cet instant d’émotion » a-t-il prononcé.
En revenant s’asseoir, Patrick Fort était tout bizarre. On aurait pu croire qu’il avait un peu abusé sur la boisson mais tel n’était pas le cas, je vous rassure.
Les autres lauréats ont été annoncés mais leurs textes n’ont pas été lus au grand regret de Yannick et de Patrick. Je pense que ce dernier devait avoir les mollets qui enflaient pour être ainsi
l’objet de toutes ces attentions. Il avait l’air un peu gêné aussi…
Un jeune adolescent primé dans la catégorie des moins de 18 ans a résumé sa nouvelle avec beaucoup
de talent et a été applaudi avec enthousiasme. Je me suis dit « Pourquoi Jacques Gilbert n’as tu donc jamais écrit ? ».
Patrick parlait beaucoup, était dans un état d’excitation compréhensible. Je le connais un peu. Lui habituellement si réservé, calme et peu démonstratif, à ce moment là, il n’était plus lui-même
et devenait un bavard impénitent. Je riais dans ma cape. Patrick Fort a discuté longuement avec son éditeur et son éditrice ; a salué les membres du jury et la bibliothécaire. Il parlait avec
moult gestes et son regard brillait.
J’étais trop éloigné pour écouter les discussions à bâtons rompus. Je devais rester discret.
J’ai saisi au vol « excusez-moi de vous poser cette question mais avez-vous des origines espagnoles ? »
, « votre recueil sera de belle facture », « les éditeurs doivent être exigeants pour ne pas donner de fausses espérances à toutes celles et ceux qui écrivent…», « pour être poète, il ne suffit
pas de posséder un dictionnaire de rîmes »…
Puis le 15ème concours littéraire s’est achevé et je suis reparti à pied jusqu’à la gare, ravi d’avoir assisté à cette belle après-midi littéraire qui avait réuni pendant quelques heures des
passionnés d’écriture.
Patrick avait réussi son entrée, aussi il était normal qu'il soigne sa sortie...Alors qu'il s'éloignait et discutait avec Yannick, je l'ai vu faire demi-tour et revenir en courant. Sur le moment,
j'ai eu peur de ne pas avoir été discret et d'avoir été repéré. Mais non, tel n'était pas le cas. Il avait remercié tout le monde avant de partir mais avait tout simplement "oublié" de dire "au
revoir" à ses futurs éditeurs. Sacré Pat de Bigorre !!!
J'ai bien ri de son étourderie...
En chemin, je pensais à Patrick et aux beaux souvenirs qu’il porterait désormais en lui.
« Rien n'est plus vivant qu'un souvenir » écrivait Federico Garcia Lorca».
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