Mercredi 25 mars 2009
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Par PAT DE BIGORRE
I AM THE YOU !
A la mémoire de Robert Suberbie
Doit-on se résoudre à utiliser l’imparfait ou le passé simple quand les souvenirs affluent et que vos mots veulent les fixer dans le temps pour leur ouvrir le chemin de l’éternité ?
Les confiner dans le passé les trahiraient à coup sûr.
Ils sont liés intimement à votre présent.
Ils constituent le terreau de ce que vous êtes, vous ont modelé et vous accompagnent. Ils ressurgissent, vous ancrent dans l’instant et vous rattrapent toujours.
Surtout quand ils sont profondément enfouis.
Le présent ne parviendra jamais à effacer complètement ces morceaux de vie que vous voudriez à nouveau dévorer à pleines dents.
Le souvenir ne se résigne pas à être seulement associé à l’avant. Il est lié à lui.
Employer le présent, le passé ou le futur dans ces phrases qui s’invitent malgré vous, au final, cela n’a guère d’importance…
Les artifices de l’écriture et les efforts déployés pour être vrai ne chasseront jamais les rêves de jours anciens.
Par les mots, les morts deviennent vivants.
Même absents, ils demeurent près de vous et s’invitent à nouveau…
Ecrire n’a pas d’autre finalité.
Alors juste une poignée de souvenirs jetés sur le papier.
Pour maladroitement défier le temps et espérer effleurer l’éternité.
Robert…
Avec Lionel et Frédéric, nous étions partis avec toi en randonnée. Le sac à dos lourd de provisions. Un appétit de nature insatiable harnaché dans le cœur pour vaincre la douleur de l’effort.
Après deux heures de marche soutenue à travers la montagne, nous avions atteint la porte du refuge, les yeux encore engorgés de forêts et le corps fatigué de sentiers.
En haut de l’Aouilhet, nous étions les rois du monde.
La montagne se colorait de teintes bleutées et l’air vif envahissait nos poumons. Les rayons du soleil caressaient les cimes des arbres. Nous devenions l’horizon et la grandeur des sapins. Les troupeaux de moutons s’étaient appropriés les pâturages abrupts et les bois denses bruissaient dans ce monde où
rien de mauvais ne pourrait jamais arriver.
Nous avions allumé le barbecue ; les branches mortes crépitaient et dégageaient une odeur de terre. Le festin de côtelettes, de saucisses et de fromage avait réconforté les gosiers affamés. Le
vin âcre chatouillait les palais et piquait la langue.
Alors, tu nous avais raconté cette cuite mémorable prise avec les bergers le jour de la transhumance. Les larmes aux yeux à force de rire, nous imaginions les flammes qui sortaient du poêle et le
refuge qui avait manqué ce jour là de prendre feu. Puis tu évoquais les semi-marathons que, même si tu finissais dernier, tu mettais un point d’honneur à toujours terminer. L’important, nous
disais-tu, n’est pas de gagner mais d’atteindre les buts que l’on s’est fixé.
L’exil n’est pas qu’une affaire de kilomètres.
En buvant à petites gorgées le café brûlant, nous imaginions ton village natal, Tilhouse, perché à cinq cent mètres en plein cœur des Baronnies pyrénéennes.
Grâce à tes mots teintés de nostalgie et d’amour pour ton pays, cet hameau de deux cents habitants devenait le centre du monde et rien au monde n’aurait pu nous persuader du contraire.
A t’entendre, nous ressentions l’amitié et goûtions à ces bonheurs simples qui construisent les instants rares.
Malgré le froid, tu avais dormi à la belle étoile, le corps emmitouflé dans un sac de couchage.
« Pour nous laisser entre jeunes », peut-être, mais surtout pour converser en silence avec la solitude. La tête au milieu des nuages et les yeux plissés pour percer les secrets de la nuit.
Robert…
Tous les mardis soirs, tu t’invitais pour souper. « Tu manges où ce soir ? » demandais-tu à mon père quand tu le croisais au détour d’un des longs couloirs du collège où tous les deux vous
travailliez. Et sans attendre la réponse, tu poursuivais par un sérieux « moi ce soir, je suis invité chez les Fort », prononcé sur un ton confidentiel.
Ta maîtrise de la langue de Shakespeare laissait à désirer mais je préfère de loin l’anglais que tu parlais. Tu l’avais réinventé et quand tu franchissais la porte d’entrée, sans avoir sonné, le
fameux « I am the you ! » précédait toujours ton arrivée. « I am the you ! » que l’on pourrait traduire par « Bonsoir, Robert Suberbie est là ! »
Pour apaiser nos disputes entre ma sœur et moi, ces chamailleries qui ponctuaient parfois les repas, tu nous délivrais un paisible « Paix et Amour » pour calmer les esprits. Mais ces sages
paroles n’étaient pas toujours couronnées du succès qu’elles auraient du mériter.
Bon vivant, tu ne mangeais pas que pour vivre : les plaisirs de la table célèbraient les beautés du monde en lui rendant un vibrant hommage. S’en priver eut été regrettable.
Un repas convivial excusait tous les excès. Les bouteilles vides signifiaient surtout que les banquets arrosés auxquels tu participais étaient réussis et désertés par l’ennui.
Robert…
Toi qui étais prêtre, tous les soirs, tu riais en regardant « le Bébéte show » tout en regrettant que le pape n’y soit pas représenté.
Robert…
Toi qui étais prêtre, tu te lassais des doctes théologiens qui emprisonnent les idées dans des théories savantes au risque d’oublier de vivre. Leurs grands discours t’ennuyaient et n’avaient
contribué qu’à vider les églises.
Robert…
Toi qui étais prêtre, tu n’hésitais pas à évoquer les charmes de la gente féminine, affirmant que « d’être au régime n’empêchait pas de consulter les menus ».
Robert…
Toi qui étais prêtre, à l’instant où tu as choisi d’abandonner la vie, étais-tu pressé de rejoindre Dieu ?
Ou alors, à l’instant où tu as commis l’irréparable, étais-tu intimement persuadé qu’il t’avait oublié ?
En guise de réponse, je souhaite juste que, de « l’autre côté », tu aies fini par trouver ce que tu cherchais.
Adishatz... "I am the you"…
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Publié dans : I am the you !
J’ai lu cette nouvelle, dont le titre m’intriguait, par hasard. J’avoue qu’elle m’a profondément ému.
Comme pour les grands comédiens dont l’image ne meurt jamais, ou les écrivains dont les phrases raisonnent encore, ces mots utilisés avec beaucoup de tendresse font que Robert est toujours présent dans les têtes, et pour longtemps.
Cette fois, il ne vous a pas « laissé entre jeunes » mais laissé pour un monde où, certainement, il doit se sentir bien.
C’est un bien bel hommage que méritait cet humaniste.
Bonjour alain et merci pour avoir lu et pour avoir commenté ce texte écrit dans l'instant pour rendre hommage à une personne magnifique.
Mes mots n'en ont que plus de valeur, de force et d'intérêt.
Ta lecture attentive m'enlève le doute : écrire n'est donc pas totalement inutile. parler des absents pour parler aux vivants.
Cordialement,
Patrick
Au travers de l'hommage que tu lui rends ici avec un texte empli de tendresse et d'émotion, chacun peut comprendre l'affection que tu portais, pardon que tu portes, à cet homme.
L'authenticité, et surtout l'humanité d'un tel prêtre réchauffe le coeur et inspire le respect de sa foi.
Comme Thierry, j'apprécie la phrase "d'être au régime nempêche pas de consulter le menu" qui est effectivement délicieuse, révélatrice d'un état d'esprit réaliste et tellement loin des déclarations sectaires d'une certaine hiérarchie.
Amitiés et à bientôt
grand respect pour Robert et tristesse infinie...
amitiés.
PAT
Robert, merci pour tout !!!
Brigitte
PATRICK
Aujourd'hui encore, il nous a montré ce qui faisait sa vie : ses sincères et profondes amitiés, sa fidélité, son amour pour la nature, ses réflexions sur sa foi et la façon de la VIVRE.
Le repas familial précédent la cérémonie fut l'occasion de rappeler ses intrépidités d'enfant. Comme ce concours de "celui qui monte le plus haut". A son frère qui le narguait à la cime de l'arbre, il répliqua ::"c'est les pieds qui comptent" tout en s'élevant sur ses mains pour que ses pieds dépassent !
A moi sa nièce et filleule qu'il jugeait un peu trop sage, il n'avait de cesse de répéter :" lâche du lest ! décompresse ! décoince !"
Oui, sacré personnage que ce prêtre tonton qui portait des baskets sous sa soutane ...
Merci en tous cas "pat" pour cet hommage si poignant.
Un proverbe chinois dit " si tu as un chagrin d'amour, portes des chaussures trop petites".Peut-être que même en serrant très fort ses chausures de randonnée, quelquechose lui faisait encore plus mal...? Alors il a préféré un chemin sur lequel on peut marcher pieds nus, comme il aimait tant petit, dans les champs de paille après la moisson.
Nathalie
Grande émotion que de lire ton message et celui de Pascale. Vous, sa "famille de sang", nous sentons combien vous l'aimiez, combien il vous manque et nombreux sont vos souvenirs liés à cet oncle, parrain, ami, prêtre et homme extraordinaire. Les souvenirs nombreux qu'il nous laisse de lui, sa personnalité attachante, son amour de la vie et son soucis de tous les instants de l'autre : ce sont des lignes de vie que nous devons suivre. En souvenir de lui et parce qu'un son sourire accompagne celles et ceux qui ont eu la chance de le croiser, de le connaitre et l'apprécier.
merci Nathalie pour tes mots et l'émotion suscitée à te lire et à évoquer Robert.
Amicalement,
PATRICK
Merci pour lui.
Oui je suis sûr que Robert aurait été heureux de voir tous ses amis rassemblés ainsi. Mais je suis persuadé qu'il les a vus. Il nous accompagnera toujours par les nombreux souvenirs que nous gardons de lui. Il aurait souri aussi de voir que je dialogue par Internet avec sa nièce que je ne connais pas. Mon texte, humblement, n'a pour ambition que de rendre hommage à Robert et de permettre, à ce qui ne l'ont pas connu, de découvrir combien il était attachant. Et de dire également qu'il nous manque...
Merci encore.
Amicalement,
PATRICK
Merci encore pur ton commentaire. En me lisant, Robert est ainsi toujours là et celles et ceux qui ne l'ont pas connu le découvrent alors.
PAT
C'est un bel hommage que tu fais à ce prêtre qui était plus près des hommes que le pape ne l'est. D'ailleurs, sa Sainteté est certainement plus loin de Dieu que Robert.
Ce dernier avait raison de consulter les menus, même s'il était au régime.
Je suis certain que cet homme d'église était authentique et ne faisait pas fuir ses ouailles, par de tristes interdictions religieuses qui font l'actualité de ces derniers temps.
Amitié.
dédé.
Amitié.
PAT
C'est lui, c'est bien lui que je revois à la maison quand il venait jouer aux cartes. Il trichait comme ce n'est pas possible, toujours de mauvaise foi (un comble pour un prêtre!!!) et qui jurait comme un charretier "p..... de b..... de m.... je n'ai pas l'ombre de soupçon de jeu" il levait les yeux au ciel et disait "pardon mon dieu j'ai dis des gros mots".
Je me souviens de ces homélies qui vous prenaient aux tripes, de certains mariages. Derrière ces verres de lunettes épais comme le cul d'un magnum de champagne il lorgnait sans vergogne sur le corsage du "menu" habillé en blanc.
Sacré Robert, tu nous manque déjà mais ta dernière blague ne me fait pas rire.
Maurice.
Mais par nos souvenirs, il est toujours là !
Je t'embrasse.
PATRICK
Beaucoup d'émotion et un bel hommage.
Je suis bouleversée.
Merci.
Phrase délicieuse. Merci Pat pour cet hommage superbe évoquant les moments passés avec cet homme. Tu le fais bien et pour le bien. Nous qui ne connaissions rien de I am ze you, nous avons le sentiment de le connaitre et cela est bien aussi. Nous pensons ainsi à lui non pas en pensant aux quelques lettres qui composent son nom mais à l'etre qu'il était.
Amitié
Thierry
Amitié.
PAT
amitié
yannick
amitié.
PAT