Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /Fév /2009 11:29

Par PAT DE BIGORRE

DESOLATIONS

« La forêt des Landes de Gascogne (en gascon las Lanas) est un massif forestier du Sud-Ouest de la France. Il est le plus grand d'Europe occidentale.
Contrairement aux idées reçues, la forêt des Landes est millénaire et d'origine naturelle.
La forêt des Landes (appelée Landes de Gascogne, et autrefois Landes de Bordeaux) s'étend sur une grande partie des départements français des Landes et de la Gironde. Elle déborde également sur le département de Lot-et-Garonne. Le massif des Landes donne naissance à quelques fleuves (la Leyre, le Boudigau, etc.) et des rivières (le Ciron, le Gat mort, etc.).
Les villes importantes se situant à proximité sont Bordeaux, Mont-de-Marsan, Dax et Bayonne. Le massif forestier est baigné à l'Ouest par l'océan Atlantique (golfe de Gascogne) . Le littoral ainsi constitué porte le nom de Côte d'Argent.
Les plantations sont principalement constituées de pins maritimes. D’autres essences cohabitent cependant avec le pin, parmi lesquelles le chêne, présent sous plusieurs formes :
 - dans les forêts longeant les courants landais, exutoires des grands lacs et étangs, le chêne pédonculé ou chêne blanc reste l’espèce dominante
- le chêne tauzin ou noir est caractéristique de l’airial
- le chêne-liège cohabite avec le pin sur le littoral sud des Landes (à partir du Pyla, et tout particulièrement en Marensin)
- le chêne vert est parfois présent sur le littoral nord des Landes (de la Pointe de Grave au Cap Ferret) »
Source Wikipédia.

Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2009, une tempête a détruit 60 % des 1 000 000 d’hectares de la forêt landaise.


A mon grand-père, Georges DUBOSCQ

DESOLATIONS


Le carnage se répète à l’infini et se décline de désolations plaintives en désolations rugissantes.
Aujourd’hui seulement, sept jours après le désastre, nous avons osé revenir vers toi.

Les stigmates recouvrent ta chair martyrisée et ton corps gît nu au milieu de l’étendue désolée, enseveli sous un enchevêtrement de branches cassées, de pins déracinés et de fougères piétinées.
Tes blessures béantes violentent les regards de celles et ceux qui pleurent ta perte et reviennent vers toi, le cœur serré et l’âme lourde.
Nous scrutons sans trop y croire ce désastre qui t’a défiguré pour longtemps ; nous pleurons ces troncs déchiquetés et livrés aux brisures du vent ; nous enrageons sans mot dire au spectacle de ces cimes esseulées qui surplombent ce chaos infernal.

Mais sache que tout renaîtra.

Nos pas peinent pour se frayer un passage au milieu des ornières engorgées de pluie. Nous ne reconnaissons plus rien et nous errons, amnésiques, en quête de ces paysages familiers, de ces senteurs oubliées et de ces bruissements imperceptibles.
Privés de repère, luttant pour ne pas nous perdre, dépossédés de ton éblouissement aveuglant, nos têtes se baissent et nos fronts sont brûlants.
Les animaux que tu abritais sont pour la plupart morts. Les plus chanceux ont déserté ce monde terrifiant du silence pour se réfugier dans des recoins souillés, pour se cacher à l’abris du regard des hommes, pour se blottir dans le creux des crevasses froides.

Mais sache que tout renaîtra.

Nous panserons tes plaies sanguinolentes jusqu’à l’épuisement ; nous te soignerons avec ferveur et dévotion ; nous veillerons à ton chevet, nuit après nuit ; nous nous relaierons, jour après jour, pour écouter les battements de ton cœur convalescent.
Oui, sois persuadée qu’un jour, tu te relèveras, hésitante mais toujours vivante.
Nos mains amoureuses te reboiseront, arbre après arbre, et tu retrouveras au fil du temps ta beauté saccagée.

Oui, sache que tout reviendra.

La terre meurtrie renaîtra au milieu de la grisaille poisseuse et toi, forêt, tu nous parleras à nouveau, tu nous chuchoteras dans le creux de l’oreille des secrets que nous ne percerons jamais.
Immortelle, tu te réapproprieras cet espace aujourd’hui dépecé, écorché et éviscéré par une tempête insatiable.
Les chevreuils, les biches et les sangliers reviendront dévaler au milieu des chemins creux et guetteront la respiration des hommes.
Les grives, les pics-verts et les rouges-gorges chanteront à nouveau pour te charmer et leurs mélodies résonneront dans les sous-bois feuillus transpercés de lumière.
Les palombes, les faisans et les bécasses se déroberont encore à ceux qui les chassent et s’essoufflent à parcourir tes sentiers sauvages envahis par la bruyère et les genêts.

Jour après jour.
Semaine après semaine.
Mois après mois.
Année après année.
Sache que ta sève coulera à nouveau dans nos veines.
Car nous sommes toi et tu es nous.






 

Voir les 8 commentaires - Publié dans : Désolations
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Commentaires

Beau texte, qui m'a fait penser à mes propres émotions après la tempête de 99, face à ma belle forêt de Rambouillet toute par terre...
Commentaire n°1 posté par Sylvaine Pascual le 05/02/2009 à 12h09
Bonjour Sylvaine et merci pour ta lecture !
La forêt se relévera mais ici elle commençait juste à se soigner de la tempête de 1999. Et celle que nous venons de vivre a été plus violente encore...
Réponse de PAT DE BIGORRE le 06/02/2009 à 15h21
Oups. Oui, j'ai aimé ton texte mais j'´étais tellement plongé dans mes pensées que j'en avais oublié le principal. Tu sais bien que pour moi une foret est un etre pensant, comme les arbres qui la composent, les animaux qui l'habitent et la terre qui la fait vivre alors que tu partages tes sentiments avec elle ne peut que me plaire. Comme disent des hommes rouges : Mitakuye Oyasin
Commentaire n°2 posté par Thierry Benquey le 03/02/2009 à 17h11
Merci Thierry pour ton commentaire et ce compliment magnifique...
Ma réponse n'était nullement une tactique pour avoir un commentaire de plus (sourires).
oui la symbiose avec la nature nous apprend à mieux être.
Amitié.
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 03/02/2009 à 17h16
oui, tout renaîtra!
La nature ayant horreur du vide et surtout de laisser une terre désolée viendra reconquérir son bien.

En 1999, j'habitais à deux pas s'une réserve naturelle. Après la tempête, les arbres étaient couchés, les animaux s'étaient tus. Nous avions tous le coeur gros à l'idée que ce petit poumon sauvage avaient été démoli...

Les hommes sont venus retirer les débris au sol et les arbres trop dangereux qui menaçaient de chuter. C'est tout.

L'année d'après, j'ai entendu les chouettes hulottes revenir s'intaller. J'ai vu des martins pêcheurs ré-investirent les berges que nous pensions désormais stériles .
En 2001, la petite faune était revenue sur ses terres.
En 2008, lorsque je suis repassée dans cet endroit, j'ai retrouvé l'esprit de la réserve que je connaissais.
Elle était ressucitée même s'il manquait des Vénérables qui n'avaient pas résisté!

Sandy
Commentaire n°3 posté par sandy le 02/02/2009 à 18h29
Bonjour Sandy et merci pour ton commentaire sensible. A travers tes mots, ce que confirme l'amour de la nature que tu déclines au fil des articles de ton blog. et qui me ravit tant !
merci pour ce message d'espoir et de réconfort.
Amitiés.
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 03/02/2009 à 16h51
Bonjour Pat,

   Très joli texte pour décrire cette souffrance de la nature et des hommes, devant ce carnage.
    Cette tempête à mis en oeuvre toute sa force destructrice, pour terrasser la forêt Landaise.
    Elle laisse derrière elle, une terre ravagée, où les arbres plusieurs fois centenaires sont déracinés, cassés, pliés.
    La cicatrice sera longue à s'effacer dans la nature et dans le coeur des hommes.
    Avec le temps, la forêt se remettra de ses blessures, et se redressera dans le ciel, la majestueuse forêt Landaise.
    Amitiés.
    dédé. 
Commentaire n°4 posté par ddlaplume le 02/02/2009 à 07h31
Bonjour DD et merci pour ton commentaire sensible ! je retrouve l'amoureux de nature que tu es et ton message possède cet espoir, indispensable pour se relever, panser les blessures et repartir.
patience, amour, travail et une (grande) dose de solidarité et tout recommencera.
Amitié
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 03/02/2009 à 16h55
très belle déclaration d'amour et d'espoir pour cette forêt blessée. que l'on puisse s'y promener dans quelques temps comme avant...
amitiés
yannick
Commentaire n°5 posté par yannick le 01/02/2009 à 18h22
merci Yanninck pour ton commentaire.
rassuré de noter encore une fois que tu comprends le sens de tout ce que j'écris.
Amitiés.
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 03/02/2009 à 16h29
En espèrant que l'homme ne mettra pas trop la main à la pate pour la repousse. En Allemagne, il y a une dizaine d'années, une méga tempete avait rasé les forets de la foret noire. Les forestiers du coin, devant l'ampleur des degats ont décidé de laisser certaines zones se reboiser naturellement. Bien leur en a pris, dans les zones laissées à elles memes, le dangereux parasite (un scarabé) du sapin dont j'ai oublié le nom a disparu et la richesse en espèce de cette nouvelle foret la rend plus interessante à l'exploitation et beaucoup moins sensible à l'incendie.
Amitié
Thierry
Commentaire n°6 posté par Thierry Benquey le 01/02/2009 à 13h48
Merci Thierry.
l'avenir nous le dira.
mais la forêt landaise a ses particularités qui ne sont pas celles de la forêt noire (essences différentes, sol différent, climat différent). pour autant, se servir des expériences des autres en les adaptant permet d'explorer des hypothèses et de réfléchir à ce qui est le mieux. ce sont près de 1 million de mètres cube qui sont par terre et le pin pourrit vite. et les risques d'incendie à venir vont être préoccupants.
et autrement mon texte t'a plu ?
amitié.
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 03/02/2009 à 16h38
Très beau et émouvant texte qui nous parle, au plus profond de nous-même.
Il me fait penser à l'un de mes poème: Tourne le temps.
http://www.art-et-litterature.com/article-19927816.html

Amitiés.
Commentaire n°7 posté par Thomas Frederic le 01/02/2009 à 12h32
Merci pour ta lecture et ton commentaire. Les mots ont ce pouvoir de nous réunir en s'affranchissant du temps et de l'espace.
je lirai le texte que tu me conseilles au plus tôt.
Amitiés.
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 03/02/2009 à 16h15
J en ai la chair de poule.
Je les connais ces landes , mes landes , les forêts , je peux pas encore voir , je ne veux pas.
Merci pour ce texte inspiré et émouvant.
Commentaire n°8 posté par villeneuve le 01/02/2009 à 12h17
Bonjour fidèle Laurent et merci pour ton commentaire. Tu comprends mes mots parce que tu les éprouves dans ta chair de landais.
Ami Laurent, tout reviendra !
amitiés.
PAT
Réponse de PAT DE BIGORRE le 03/02/2009 à 16h13

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