Jeudi 18 décembre 2008 4 18 /12 /Déc /2008 10:20

Par PAT DE BIGORRE
LES AVENTURES DE JACQUES GILBERT (VII)

DISPARITION GRADUELLE D'UNE IMAGE
- 14ème et dernière partie -


9. Cambouis

J’ai couru comme un dératé jusqu’au refuge. En chemin, je me disais : « Cambouis, si tu t’en sors, faut que tu te mettes au régime ». Parce qu’avec mes cent dix kilos j’avais quand même du mal à avancer pour tout vous avouer. En plus, le portable que j’avais piqué à l’autre bonhomme s’est mis à sonner et j’ai ralenti, me demandant si je répondais ou pas.
A cinquante mètres du chalet, je me suis approché tout doucement, sur la pointe des pieds comme si j’avais peur d’écraser la neige.  Le pistolet à la main, je guettais le moindre bruit ou mouvement supect. Avec mon anorak vert, j’étais une cible parfaite mais j’allais me mettre torse-nu non plus.
J’ai contourné le bâtiment, essayant de ne pas glisser. J’ai continué à progresser. Doucement. Qui va piano va sano comme on dit. J’avais le cœur qui battait à cent à l’heure. J’étais un peu tendu aussi.
J’ai plaqué mon oreille contre le mur pour essayer d’écouter ce qu’il se passait à l’intérieur.
Pas un bruit.
C’était louche ou alors ils étaient tous morts.
Je me suis rapproché doucement de la fenêtre. Et je l’ai vu !
Jacques était dans un seul état. Il était attaché sur une chaise. Un type baraqué le tenait en joue. A quelques mètres d’eux, une jeune femme essayait de se détacher. Félicie sûrement. Le type s’est retourné et a tiré dans ma direction.
La vitre a explosé. J’ai eu juste le temps de plonger vers l’avant et de rouler par terre. La gym au sol, ça n’a jamais été trop mon truc à l’école, alors c’est sûr, la réception n’a pas été géniale. J’ai même failli m’assommer contre le tas de bois que je n’avais pas vu, à l’angle du refuge..
J’ai filé me planquer derrière le gros 4X4 qui était garé devant le refuge. Et, accroupi, j’ai laissé venir. Je n’ai pas eu le temps de geler sur place. Le type qui m’avait tiré dessus est sorti en braillant. Il avait des yeux de fou et tenait un fusil à pompe. Il me cherchait et tournait la tête dans tous les sens. Il était d’une laideur incroyable. Je n’osais pas bouger d’un centimètre. « Je vais te crever ordure » hurlait-il. Il a continué son cirque pendant plusieurs minutes, observant les alentours, le fusil serré dans ses mains. En descendant les premières marches, il a glissé dans la neige. J’attendais toujours le bon moment pour agir. Dès qu’il s’approchera du 4X4, je m’occuperai de son cas personnel à lui. Se précipiter n’est jamais bon.
A un moment donné, il a crié : « Putain, je me suis sali les pompes ! ». Il s’est accroupi et a sorti un mouchoir de sa poche. Il a craché sur ses chaussures et il s’est mis à les astiquer. Je n’en croyais pas mes yeux. J’ai profité de l’occasion pour sortir de derrière le véhicule et je me suis rué sur lui. Je lui mis un coup de genou en pleine tête.
Nous avons roulé dans la neige et nous nous balancions des coups de poing, nous mordions et nous griffions. Il me tirait les dreadlocks mais moi, vu qu’il était chauve, j’avais plus de mal que lui au niveau du combat capillaire. J’ai réussi à me dégager en le repoussant et à me redresser avant lui. J’ai repris ma respiration. Lui venait juste de se relever mais il titubait et ne tenait pas bien sur ses jambes. J’ai pris mon élan et lui ai mis le plus beau coup de boule de toute ma vie. De ce que tu vois à la télé au ralenti dans les combats de catch. Il est tombé sur les genoux puis il a rigolé.  Il est parti en arrière et il n’a plus bougé du tout. Je me suis avancé vers lui et avant de retrouver Jacques, je lui ai balancé trois gnons. Au cas où.
Quand je suis entré à l’intérieur, après avoir détaché Jacques et la belle femme blonde qui je la première fois dans ma vie, je me suis senti fier de moi.
Nous avons appelé les secours et prévenu la police.
Une heure après, ils étaient sur place et nous ont interrogé longuement. Je leur ai montré le tract, leur ai raconté comment j’avais retrouvé Jacques, ai plaidé la légitime défense pour expliquer le cadavre à côté de la fourgonnette. Ils ont perquisitionné son appartement et découvert que je ne leur avais pas raconté de bobards.Toutes les preuves nous innocentaient alors nous avons été lavés de tout soupçon.
Boris a été placé dans un hôpital psychiatrique sécurisé. Je crois que ce type était tout simplement fou. Il délirait, parlait d’une organisation secrète, de trahisons, de lutte armée pour purifier le monde. Il n’a pas cessé de hurler que « le capitalisme était sale, que la terre était sale, qu’il fallait passer le karcher et que lui, Boris, allait s’en charger une fois pour toutes». Ils lui ont administré une dose de calmants pour le maîtriser. Puis ils l’ont amené dans l’ambulance. Il ne sera pas jugé car les psychiatres l’ont déclaré irresponsable de ses actes. Apparemment, il ne se rendait pas compte de ce qu’il faisait.
Jacques et Félicie ont dit aux flics qu’ils ne le connaissaient pas, qu’ils ne l’avaient jamais vu. Ils étaient venus passer quelques jours de vacances à la montagne, avec des amis quand un forcené s’était introduit dans le refuge, les avait pris en otages et avait exécuté froidement leurs amis. Ils n’avaient dû leur salut qu’à mon intervention miraculeuse.
Les flics et les juges les ont cru. Alors moi ça m’a suffit. C’est le principal.
Pourtant, je sais qu’ils ne m’ont pas tout dit. Il reste de nombreuses zones d’ombres comme on dit.
Ce n’est pas grave. 
Quand ils en auront envie, je les écouterai volontiers. Ils me raconteront tout quand ils jugeront que c’est le bon moment.
Etre là quand on a besoin de vous et surtout ne jamais demander d’explications.
Ça sert surtout à çà un ami.
Du moins, c’est ce que je crois.
Moi, Kandioura Kombouare.
« Cambouis » pour les intimes.

FIN


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