Jeudi 18 décembre 2008
4
18
/12
/Déc
/2008
15:00
Par PAT DE BIGORRE
LES AVENTURES DE JACQUES GILBERT (VII)
DISPARITION GRADUELLE D'UNE IMAGE
11ème partie
Dans le chalet tout le monde se tenait à carreaux. « Saint-Just » « Danton » et « Robespierre » retenaient leur respiration. Au bord de la crise
d’apoplexie, « Louis XVI » s’essuyait le front. « Guillotin » me fusillait du regard. Je n’avais aucun soutien à attendre de leur part. J’allais devoir gérer la situation tout seul et comme un
grand.
Boris m’a fixé intensément. J’avais chaud. Il s’est approché de moi, un sourire narquois aux lèvres :
« Mais qui voilà ! N’est-ce pas notre nouvelle recrue ? Nous n’avons pas eu le grand honneur de nous rencontrer encore… »
Puis se tournant vers Félicie :
« Tu me déçois tu sais. T’amouracher d’une mouche à merde n’est pas dans tes habitudes en temps normal ».
J’examinai Boris. Satisfait de son trait d’esprit, il souriait, dévoilant une dentition qui avait pu être superbe mais que le temps avait délabré. Son
visage carré dans lequel brillaient des yeux sournois était couvert de plaques d’eczéma. Ses sourcils noirs et épais lui donnaient un côté Frankenstein. A une autre époque, il aurait pu servir de
modèle à Mary Shelley. Il perdait ses cheveux et essayait de dissimuler une calvitie bien avancée en plaquant ses touffes de poils ridicules vers l’avant. Son nez cassé accentuait son côté
grotesque et terrifiant. Comment Félicie avait-elle pu aimer ce gus ?
Je n’ai pas vu la gifle venir et je suis parti en arrière. J’ai perdu l’équilibre et me suis affalé sur le sol. Le carrelage sentait bon le « Monsieur
Propre ».
Boris posa son pied sur ma poitrine et appuya de tout son poids. Je ne me voyais pas mais je devais avoir l’air minuscule. Ma joue me brûlait et j’avais
peur de m’être cassé le coccyx.
« Boris est le seul qui commande ici. On me respecte. On m’obéit et surtout on apprend à fermer sa gueule ! Tu te prends pour qui minus ? On s’adresse à
moi avec respect et surtout quand j’ai accordé le droit de parler. Jacques Chirac disait: « Un chef, c'est fait pour cheffer. ». Alors, je commande et on ne discute pas mes ordres. Compris ?
»
Il accentua la pression un peu plus. Je devais être violet. Mais on m’a toujours fait remarquer que cette couleur m’allait bien. Je ne voulais pas
m’avouer vaincu immédiatement même si cela ne servait à rien. De la fierté mal placée pour appeler un chat un chat.
« Compris ?
Je fis un signe de tête et il souleva son pied. Je me remis à respirer normalement.
Je me redressai un peu étourdi et je restai un long moment assis par terre.
« Bien. Maintenant que les choses sont claires, asseyez vous autour de la table. Je vais vous faire un cours de théorie révolutionnaire
».
Tout le monde se presse sauf Félicie qui reste en retrait. Elle est livide et serre les mâchoires.
Je me relève et attends qu’il me tourne le dos pour saisir une chaise. Je marche doucement. Personne ne se doute de rien. Ils doivent croire que je rentre
dans les rangs et viens me joindre docilement à eux. Je soulève doucement la chaise, la hisse au-dessus de moi et la fracasse sur le dos de Boris. Félicie contourne la table et se jette sur lui.
Elle profite de l’effet de surprise pour lui expédier un coup de genoux dans le bas-ventre. J’agrippe Boris comme je peux et j’essaie de le pousser contre le mur pour lui cogner la tête. S’il
avait été plus chevelu, c’eût été à coup sûr beaucoup plus facile. Il se débat et parvient à me faire lâcher prise. La riposte est immédiate. Une droite dans le menton puis il me soulève par le
col et me balance sur la table. Félicie a été ceinturée par « Guillotin » et « Robespierre » qui sont venus participer à la fête. « Louis XVI » et « Danton » s’emparent de moi et « Saint Just »
me gifle à plusieurs reprises.
« Attachez-les » hurle Boris en se frottant le cuir chevelu. « Aux grands maux, les grands remèdes ».
A moitié-sonné, je suis relevé et assis de force sur une chaise. « Guillotin » se masse les cervicales en gémissant. Lui et ses acolytes sont venus à bout
de Félicie mais elle s’est défendue comme une tigresse. Dans le brouillard, je remarque qu’elle a l’arcade sourcilière ouverte et que le sang coule le long de sa joue.
Nous sommes ligotés en moins de cinq minutes.
Boris se racle la gorge et apostrophe ses aides de camp :
« Je reviens dans cinq minutes ! Surveillez les comme si votre vie était en jeu ! Je vais vous montrer ce qu’il advient de ceux qui osent défier Boris
».
« Les lâches meurent plusieurs fois avant leur mort ; Le brave ne goûte jamais la mort qu'une fois ». Cette citation de Shakespeare s'imposa à moi de
façon innattendue.
Me battre m’avait remis les idées en place. Fini Alain Prost, Adamo, et autres penseurs des temps modernes.
J’étais dans de sales draps mais paradoxalement je trouvais que j’allais mieux.
Derniers Commentaires