Jeudi 18 décembre 2008 4 18 /12 /Déc /2008 16:00

Par PAT DE BIGORRE
LES AVENTURES DE JACQUES GILBERT (VII)

DISPARITION GRADUELLE D'UNE IMAGE
9ème partie

J’ai balancé un coup de pied dans la porte et me suis jeté sur le type à l’intérieur de l’appartement. Je mesure un mètre quatre-vingt-douze pour cent dix kilos alors dès fois, je m’en sers. Et en plus, j’avais l’effet de surprise. Je lui ai aligné une droite dans la tronche pour commencer. Puis je l’ai soulevé et projeté contre le mur. Pour qu’il comprenne bien que je n’avais pas envie de plaisanter, je lui ai balancé un coup de genou dans le bas-ventre. Et j’en ai remis une couche en lui collant une autre droite.
Puis je l’ai traîné jusqu’au salon en le tirant par les pieds.
J’ai allumé la lumière et suis allé chercher le fusil-mitrailleur sous le lit. Je ne m’en suis jamais servi mais ça doit pas être bien compliqué. J’ai pris la boite de munitions et l’ai foutu dans un sac en plastique que j’ai trouvé dans la cuisine.
Depuis dix minutes, j’attends que le type se réveille et j’ai peur d’y être allé un peu fort.
Après mon irruption dans l’appartement de Jacques, alertée par le bruit, une voisine un peu âgée a sonné à la porte. Elle venait aux nouvelles. Elle avait l’air un peu inquiète. Je suis sorti sur le palier et lui ai adressé un beau sourire pour la rassurer. Elle m’a reconnu tout de suite. Jacques n’a pas cinquante mille amis. Et des amis noirs encore moins. Quand elle m’a vu, elle s’est détendue et a poussé un soupir de soulagement. J’ai improvisé :
« Bonjour Madame…oui…je suis Cambouis… tout va bien…Jacques est parti en vacances et m’a demandé de réparer sa porte…désolé si j’ai fait un peu de bruit…oui…merci…bonne soirée… »
J’ai abrégé la conversation
Mon gus commence à émerger du brouillard.
Je le saisis par le col et je le gifle. Je n’ai pas besoin de me forcer pour qu’il comprenne que je suis très en colère. Je trouve qu’il ressemble à Dave mais en brun et en plus grand.
« Je m’appelle Cambouis et je n’hésiterai pas à te tuer si tu ne me conduis pas de ton plein gré à mon ami Jacques Gilbert. Si tu refuses, je te liquide, je t’emmène chez moi, je te découpe en mille morceaux, je te mets dans des sacs-poubelles avec des gros cailloux et je te jette dans le Gave de Pau.
-    Si j’étais toi, je passerai mon chemin et rentrerai à la maison…
-    Occupe-toi de tes oignons !
-    Tu prends des risques.
Je lui attrape le bras et le lui tords en sortant les dents. Avec mon autre main, je lui colle l’arme entre les deux yeux. Je suis prêt à tout pour retrouver Jacques.
-    Ne t’énerve pas, il y a moyen de s’entendre…
-    Je te le répète une dernière fois. Si tu ne…
-    Je suis garé en bas de l’immeuble et je t’emmène retrouver ton ami…
-    Passe-moi ton portable.
-    Pourquoi ?
-    Ne pose pas de questions! Et si tu ne…
-    D’accord.
Il fouille dans la poche de sa veste et me tend son téléphone que je range dans mon anorak vert. Celui que j’avais pris quand Jacques et moi sommes partis en vacances à Carcaras-les-Bains. Sauf qu’il faisait très chaud là-bas et que je n’avais pas pu le mettre. Alors depuis pour l’amortir, je le porte tous les jours que Dieu crée. J’y suis très attaché à cet anorak. Je trouve que le vert me va bien au teint. Je bouscule un peu le bonhomme.
-    Lève-toi. On descend.
-    Tu prends des risques mon pote. Tu sais pas dans quoi tu t’embarques. Si j’ai un conseil à te donner…
-    Ta gueule et avance. Au moindre geste, je te descends. Et pas un bruit.
-    D’accord.
Je lui enfonce le canon du fusil-mitrailleur dans le bas des reins pour qu’il comprenne bien le message. Nous descendons les cinq étages sans rencontrer personne. Je lui demande les clefs du fourgon et j’ouvre les portières en le surveillant du coin de l’oeil. La rue est déserte. Je lui fais signe de monter et m’installe côté-passager.
-    Démarre et pas d’entourloupettes.
-    Pas de quoi ?
-    Démarre et ta gueule.
-    D’accord.
-    Et puis tu sais quoi ?
-    Non…
-    Arrête de dire « D’accord ». Tu me gonfles.
-    D’acc…enfin…très bien.
Il finit par démarrer et nous voilà partis pour un je ne sais pas où. J’espère qu’il n’y fait pas trop froid quand même.
La vie dès fois, c’est vraiment bizarre. Si je m’étais arrêté boire un coup ou si j’étais allé chez les flics pour leur dire que Jacques avait disparu, je n’aurais jamais rencontré ce type et Jacques serait dans de sales draps. Oui mais voilà. Pour une fois, on peut dire que j’ai eu de la chance.
Mais quand même...
Dans quoi Jacques est allé encore se fourrer ?
Et qui est cette Félicie ?

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