(Ondine) J'allais sortir les clés de voiture de ma poche quand je sens celle-ci vibrer à deux reprises. Un texto de Choupette. Ben oui, ma poule, quoi, tu veux que je rapporte du lait tout à
l'heure? Tu n'en auras plus besoin! Ton Dimitri, il le prenait noir son café, si? Par acquis de conscience, j'ouvre le flip de mon portable. « Je sais à quoi tu penses. Il y a une explication à
tout ça et elle n'est pas celle que tu crois. » Non, mais! Elle est devenue télépathe en plus? Ou bien elle a collé une mini-caméra vidéo à l'une de ses affreuses bestioles? Je ne sais plus,
j'hésite. Et si c'était un piège? Et si Dimitri n'attendait qu'une chose, connaissant mon passé: que je rapplique pour la flinguer, elle? Et si c'était lui la taupe de cette organisation de
merde? Il faut que j'en aie le cœur net. Je descends les marches de l'escalier en colimaçon. Je repère la voiture, m'y engouffre, la fais démarrer sur les chapeaux des roues. Je sens le Magnum
qui alourdit la poche de ma veste. Je respire un grand coup. À trois rues du labo de Choupette, le trafic est stoppé. Des agents tentent de calmer des passants qui courent dans toutes les
directions, visiblement effrayés. Mais, bon Dieu, dans quel guêpier me suis-je encore fourré?
(Tisseuse) "Une explosion" crie une femme, "et à présent un nuage toxique !". "C'est quoi ce bâtiment ? C'est bien l'antenne de l'université de biologie !" "Mais qu'est-ce qui se passe là
dedans ?" Des cris fusent de partout, une pagaille indescriptible. Je ne peux ni avancer, ni reculer, pris en sandwich par deux bagnoles. Il ne faut surtout pas que je me fasse repérer par les
flics, avec un flingue sur moi....J'ouvre la portière, et m'extirpe de la voiture, ni vu ni connu. Mon col roulé remonté sur le nez pour ne pas respirer cette merde, je vais essayer de me tirer
d'ici. "Thibaut, c'est le ciel qui t'envoie !" "Ben, Choupette, j'étais mort d'inquiétude pour toi, quand j'ai vu tout ce bazar. Mais qu'est-ce que tu as dans cette mallette ? Ne me dis pas que
tu transportes encore tes bestioles, enfin, heu....tes expériences ? Ce ne sont pas elles qui ont flambé dans l'explosion ?" "Heureusement non, c'est un imbécile de prof qui n'a pas su maîtriser
une réaction en chaîne : Dimitri Terpov." "Dimitri, alors tu avoues ?" "J'avoue quoi, que je suis en guerre professionnelle avec ce type depuis trop longtemps, et que j'espère qu'il va crever
dans son labo. Et bien, si tu veux, j'avoue, mais ce n'est pas moi qui ai mis une bombe là dedans." Bon, je n'y comprenais plus rien, les photos de tout à l'heure étaient-elles un montage, ou
bien Choupette était l'arrière petite fille de Mata Hari, et moi le roi des cons ?"
(Pandora)Mais tout d’un coup Choupette blêmit et manque de tomber et surtout de lâcher sa mallette (et son contenu). « Magali est là-bas, il faut que j’y aille ! ». Comme je lui demande
qui est Magali, elle me répond, contemplant le bâtiment en feu d’un air désespéré. « C’est ma sœur jumelle, elle devait passer aujourd’hui au labo ; elle en pince pour ce salopard de Dimitri ».
Quand mon portable sonne, indiquant : « Nettoyage effectué au labo ce matin. Tu vas devoir te trouver une autre nana. », je comprends que cet accident est donc tout sauf accidentel. Fred a
dégommé Dimitri et Magali en croyant avoir tué ma Choupette. Dois-je lui dire ? Le cliquetis des affreuses bestioles donne à ce moment l’intensité de la question finale dans un jeu télévisé
célèbre. Quel sera mon dernier mot ce soir ?
(Thierry Benquey) Mon cerveau passe tout à coup en mode survie. Je me précipite derrière Choupette, il faut faire vite j’entends déjà les premières sirènes. Je la rattrape et la tire
violemment en arrière.
“ - Mais qu’est ce qu’il te prend ?
- Tu viens avec moi ! Magali et Dimitri sont mort !
- Mais tu me fais mal !”
Je lui montre mon Manurin et m’efforce de prendre l’expression la plus effrayante possible.
“ - Tu viens avec moi et tu te tais, sinon...
- Sinon quoi ?
- Sinon ils vont t’envoyer rejoindre Magali et Dimitri. Viens, il faut faire vite.”
Elle prend cette moue qui m’exaspère mais elle se laisse faire. Je la pousse devant moi. Arrivé sur le trottoir...
“ - Merde la mallette ? Je l’avais oublié... Je l’avais laissé là... Elle n’y est plus ???”
Choupette est paralysée. La perte successive de sa soeur et de ses insectes chéris... Elle ouvre la bouche comme si elle allait crier. Je lui colle une droite et la pousse dans la voiture.
Personne n’a rien remarqué, ils sont tous tournés vers les secours et le lieu du drame.
Choupette pleure doucement, je pense “Chiale ! On ne pleure que lorsqu’on est en vie.”
Elle reprend du poil de la bête lorsqu’elle reconnaît le quartier. On est à la maison. Cette moue exaspérante revient mais elle se tait. Nous montons à l’appartement. La porte est grande
ouverte... Je sors mon arme et fait signe à Choupette de rester là où elle est. Personne.
Je fonce dans la chambre et là...
La commode Louis-Philippe de ma grand-mère est vidée de son contenu. Je cherche le DTC, rien... J’ai du mal a avaler ma salive. Soudain je remarque un petit trou ridicule à l’emplacement où se
trouvait le paquet ce matin. Il y a un peu de sciure comme si on l’avait repoussé pour pouvoir pénétrer plus avant... Le ciel me tombe sur la tête. “Au moins une de ces foutus bestioles a été en
contact avec le DTC... J’suis foutu !”
Je me précipite sur le palier et c’est le bouquet. Choupette a disparu !
(Patrick Fort)
Dans mon métier, rester calme, anticiper et ne pas se laisser submerger par les émotions est vital. Si tu paniques, si tu perds ton sang-froid, ton espérance de vie se réduit comme une peau de
chagrin. Alors, là sur le palier, je fixe la cage d’escalier, je respire profondément et j’essaie de réfléchir. Je me repasse le film depuis le début. En accéléré car je n’ai pas toute la journée
devant moi. Dans mon métier, la prise de décision doit être immédiate. Si tu passes trois heures à te demander si tu appuies ou pas sur la détente, si tu essaies de déterminer les tenants et les
aboutissants du moindre pas que tu vas faire, autant te dire que changer de métier est conseillé. Car ta carrière risque d’être courte.
Cette matinée avait débuté banalement. Puis un mystérieux paquet avait brisé cette banalité. Résultat des courses : deux morts. La DTC - la bombe que je devais revendre à l’organisation
terroriste que j’ai infiltrée depuis plusieurs mois – et bien la DTC elle a disparu ! Fred, mon contact aux services secrets est un traître ! Ces saloperies d’insectes, les vrillettes, sont
quelque part dans l’immeuble et pour donner une touche finale au tableau apocalyptique dans lequel je figure au premier plan, ma « Choupette » a mis les voiles !
J’aurais dû choisir un autre métier ! Boulanger ou éleveur de poulets en plein air…Au moins, t’es plus peinard…
Je me suis attaché à « Choupette » et j’ai dérogé à une règle en or : ne créer aucun lien affectif avec la personne dont on se sert, feindre l’amour mais ne pas y succomber. Et là, je me suis
écarté du « code ». Et je suis dans la merde. Bien englué dans la merde. Et elle a une odeur de mort.
Une rafale de fusil-mitrailleur met fin à mes réflexions. Des hommes encagoulés montent en vociférant. J’ai juste le temps de les apercevoir. Une deuxième salve détruit la rambarde. Je me jette à
terre. Je rampe et parviens à regagner mon appartement. Du pied, je referme la porte, je me redresse et la ferme à double-tour. J’ai un pincement au cœur pour la commode Louis-Philippe que je
tiens de ma grand-mère et à laquelle je suis attaché. Elle va finir en pièces. Je cours dans ma chambre, enjambe le lit défait et me précipite vers la fenêtre que j’ouvre en grand. Je me penche
et découvre au bas de la rue, une dizaine de véhicules garés dans un désordre des plus complets. Une explosion me déchire les tympans, la porte d’entrée à voler en éclats et des bruits de bottes
dans le couloir m’annoncent l’arrivée immédiate de mes agresseurs. Les fumigènes commencent à entrer dans ma chambre et je me tapis sous le bureau, l’arme au poing et prêt à défendre chèrement ma
peau. C’est la fin du parcours mais je ne partirai pas sans en avoir dégommé le maximum.
Une douleur insupportable me saccage le cerveau. J’ouvre les yeux avec difficulté et je distingue, dans un brouillard dont je parviens tant bien que mal à émerger, « Choupinette » qui me
dévisage, les yeux écarquillés. Elle tient un casque entre ses mains et je réalise qu’elle vient de me l’arracher de sur la tête. Mes tempes bourdonnent et j’ai mal au crâne.
Elle se précipite vers la table de nuit et pousse un cri :
« Tu as bouffé toutes les « vrillettes » !
Et là, je comprends.
Pour Noël, elle m’a offert un nouveau type de jeu virtuel. Un casque équipé de capteurs sensoriels qui décuplent votre imagination en envoyant des ondes dans votre cerveau. Assis dans votre
fauteuil, le casque sur la tête, vous devenez n’importe qui. Mais à la longue, votre cerveau rechigne et pour ouvrir votre imagination à des mondes inconnus, on peut acheter sous le manteau des «
vrillettes ». Des insectes trafiqués en laboratoire, interdits et que l’on se procure sous le manteau. En les ingurgitant, votre imagination se décuple et l’addiction arrive sans que vous ne vous
en soyez rendus compte.
Je n’ai pas été assez vigilant.
Ce matin, je n’aurais pas dû avaler la boîte entière.
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