Mardi 21 octobre 2008
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19:30
Par PAT DE BIGORRE
Les vrillettes
2ème partie
(Fanette) J’en avais le souffle coupé. Des insectes bouffeurs de bois dans la même pièce que la commode Louis-Philippe de ma grand-mère – ET dangereux – ET je me devais de conserver un
calme jupitérien ? Jupitérien avant la foudre et l’éclair, oui !
– Poupette, si c’est dangereux…
– Noooon, s’écrira ma compagne en se laissant gracieusement choir sur le bord du lit. Mon chéri, tu n’as rien à craindre. Non. C’est pas ça. Que je t’explique. Elle prit un air de conspiratrice
qui m’inquiéta. – En fait, on a pas eu le financement pour le projet, Jean et moi, et donc on veut se lancer dans l’étude euh... en douce. Non mais ces radins, tu comprends, si on fait la
recherche, ils seraient capables de s’attribuer le mérite au labo, alors que le labo, il s’en balance.
– Mais ça va pas ? Tu vas faire de la recherche bénévole ? En off ? Je comprends rien, comment c’est possible ? Elle soupira.
– Si les animaux n’arrivent pas par la voie officielle, ils ne sont pas là officiellement, c’est tout.
– Mais on peut les voir ? Chez vous ? Dans votre labo ?
– Pour voir, il faut chercher. Pour chercher, il faut émettre des hypothèses. Si l’administration du labo était apte à en émettre, des hypothèses, je ne serais pas en train de faire ce que je
fais, je serais en train de recevoir mes crédits pour ma recherche, tu suis ? S’ils sont cons c’est pas mon problème, d’abord on cherche, après, on voit ce qu’on trouve. Quand on aura trouvé, on
verra ce qu’on en fait.
(Sébi) Choupette retourna dans la salle de bains, où je l'entendis se rincer enfin la bouche à coups de gargarismes bruyants.
Visiblement égayée par son stupide colis, elle se mit à chantonner alors qu'elle entrait dans la douche et ouvrait les robinets à fond. Elle faisait moins doucement maintenant qu'elle me savait
réveillé. La tournure que prenaient les choses me déplaisait au plus haut point. Les mains soudain moites, j'allai décrocher le téléphone sur la pointe des pieds.
– Allô Fred ? C'est Thibaut, je dis à voix basse. Silence à l'autre bout du fil.
– Fred ?
– Je t'avais dit de jamais m'appeler à ce numéro. Sauf...
– ... sauf en cas d'urgence. Et tu crois que c'est pour quoi que je t'appelle, là ? On a un pépin, mec. Gros. Silence à nouveau. Fred n'était pas du genre bavard, ce qui était plutôt une qualité,
dans sa fonction.
– Vas-y, il dit. Je pris une profonde inspiration, le temps de rassembler les éléments dans ma tête et de retrouver un semblant de calme.
– Choupette a ramené des Xestobium rufovillosum à la maison. Elle dit que c'est pour un projet de recherche officieux. Une boîte pleine, à entendre le boucan qu'ils font. Je chuchotais de plus en
plus fort, à mesure que je réalisais ce que j'étais en train d'annoncer à Fred.
– Merde ! il dit simplement.
– C'est une bombe, ce que j'ai dans mon appart, tu le sais, Fred ! Une putain de bombe ! Si ces bestioles entrent en contact avec le DTC-421, tu sais ce qu'il peut arriver ! La respiration de
Fred s'accéléra, mais il la contrôla rapidement.
– Thibaut, garde ton sang froid. Où est planqué le DTC ?
– Dans la commode Louis-Philippe de ma grand-mère.
– C'est un endroit sûr ?
– J'ai dit à Choupette que je craignais que ses termites bouffent la commode...
– C'est pas des termites, Thibaut, t'es débile ou quoi ?
– Je sais bien que c'est pas des termites, mais jouer au con a été le seul moyen que j'ai trouvé pour qu'elle les tienne à distance du DTC. Il faut gagner du temps.
– Ta Choupette se fait manipuler, Thibaut. C'est quand même un comble que les horloges de la mort arrivent chez toi pile poil quand le DTC y transite, le lendemain de ton déménagement.
– Fred, il faut que tu m'aides. J'ai vraiment peur, là.
– Non, Thibaut. Si j'interviens maintenant, je grille ma couverture. Tu vas devoir agir seul pour l'instant. On passe en procédure d'urgence, phase 1.
– Mais... et Choupette ?... Je refuse qu'il lui arrive quoi que ce soit. Silence à nouveau.
– Fred ?... Fred, réponds !
– Tu connaissais la règle avant de la rencontrer, Thibaut. Tant pis pour elle.
Fred raccrocha, clic. Je me retrouvais comme un con au milieu du salon encore jonché de cartons, les yeux écarquillés, le poing serré sur le combiné. Choupette sortit de la salle de bains à ce
moment-là, toute nue, les cheveux encore mouillés, et prit une pose cambrée le long du chambranle, le visage rayonnant du sourire irrésistible qu'elle avait copié sur Scarlett Johansson.
– Thib', j'ai douze minutes avant de filer au labo. On fait l'amour ?
(Aude) Et sans attendre elle me saute dessus. Je bande aussitôt. Je m’en veux. Elle a l’habitude de dire : « Thibaut, je l’effleure du petit doigt et il se met à bander illico ». J’ai un
peu le sentiment d’être un sex toys géant quand elle dit ça mais je dois bien avouer que cela est vrai, rien mais rien même les horloges de la mort ne pourrait m’empêcher de m’engager dans une
partie de sexe échevelée. Et puis on est pas à 12 minutes près quand même ! Mon oreille distraite ne peut s’empêcher d’entendre le tic tac des fichus bestioles, Choupette aussi les entend. Elle
se lève d’un coup.
- Excuse-moi, le tic tac des horloges de la mort me stressent. J’ai l’impression que je vais être en retard. Je m’habille et j’y vais.
(Janeczka) En deux temps, trois mouvements, elle est en habits de travail, la blouse de labo sous le manteau, prend les clefs de sa petite KA rouge sur le guéridon prés de la porte
d'entrée et me pose un dernier baiser sur le front en prenant son maudit paquet. 'A ce soir!' ma lance-t-elle d'un air enjoue en me lançant un clin d'œil qui se voudrait lourd de sens. Ouf! elle
claque la porte. J'ai cru qu'elle ne partirait jamais. Vite, j'allume l'ordi. J'ai plein d'emails urgents à envoyer.
(Caro) Une avalanche de mails pour preuve de la faille de ma connexion haut débit. Et je vois arriver, rouge et menaçant, un fax de Fred. Une suée froide, j’ouvre et… ma choupette en
compagnie de l’affreux Dimitri. Mon ennemi juré. Ni une ni deux, je sors mon magnum de la commode de Mamie et je récupère le colis tic-taquant. Trente minutes pour me rendre à l’endroit où
j’exécuterai ma Choupette de deux balles. J'imprime l'endroit du contrat où je lui ferai bouffer ces termites de la mort. Choupette, c'était une affaire au plumard. Mais le boulot c’est le
boulot.
La porte d’entrée claque derrière mon dos. Y’a pas, j’ai les nerfs.
En avant pour la dernière partie !
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