Lundi 25 août 2008
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14:05
Par PAT DE BIGORRE
« Eldorado » de Laurent Gaudé
Actes Sud
Collection Babel, numéro 842
Le commandant Salvatore Piracci à bord de sa frégate protège les frontières de l’Europe, en parcourant les côtes de la Sicile. Il
recherche les immigrés clandestins qui, entassés sur des bateaux de fortune, tentent de gagner un monde meilleur. Il récupère les candidats à l’Eldorado abandonnés au milieu de la mer par des
passeurs sans scrupules. Ils brisent leurs rêves, eux qui ont tout abandonné, en les livrant aux autorités après les avoir secouru au milieu des éléments déchaînés.
Salvatore Piracci est fatigué.
Fatigué de sa vie.
Fatigué de son métier ambigu, de ces vies qu’ils sauvent et de ces espoirs qu’il détruit.
Fatigué de ces regards éplorés et de ce désespoir qu’il lit sur les visages de celles et ceux qu’il secourt.
Salvatore Piracci est au bord du précipice, rageur et désespéré par cette existence-là.
Comment survivre quand on a plus de rêve ?
Soleiman est soudanais. Avec son frère, il quitte son village, sa vie, pour fuir la misère et gagner la forteresse Europe. Il a tout
sacrifié et a abandonné ses racines pour cet éprouvant périple vers la Terre Promise.
Voyage terrible où l’inhumanité côtoie la solidarité.
Rêves achetés à des vendeurs véreux qui profitent de l’aubaine et n’hésitent pas à tuer.
Bête féroce que l’on finit par devenir pour survivre au milieu de ces cohortes d’affamés d’espérance.
Et au bout du cauchemar, l’Eldorado et peut-être une vie meilleure.
Comment survivre pour aller au bout de son rêve et l’accomplir ?
Laurent Gaudé construit «
Eldorado » autour de ces deux personnages. Le Destin les amènera à se croiser dans des circonstances particulières.
Réflexion sur l’immigration clandestine et plongée déchirante dans le cœur de ces hommes qui décident de tout quitter pour revivre ou
mieux vivre, « Eldorado » est aussi une fable sur la notion de frontière et de territoire. Simples vues de l’esprit sur une carte géographique, elles emprisonnent l’individu dans la misère et la
solitude au nom de capricieux intérêts politiques et économiques.
Servi par un style magnifique, dépouillé et flamboyant pour écrire l’essentiel, « Eldorado » est un roman haletant à l’intrigue subtile.
D’une force poignante et bouleversante, sa lecture vous atteint en plein cœur et vous laisse hagard.
« Eldorado » donne vie aux statistiques froides égrenées quotidiennement et que, tout empêtrés dans nos soucis d’occidentaux, nous n’écoutons plus que d’une oreille distraite.
« Les hommes ne sont beaux que des décisions qu’ils prennent ».
Laurent Gaudé dans « Eldorado » nous le rappelle avec un déchirement salvateur.
Salvateur, car nous avons peut-être succombé depuis trop lontemps aux sirènes d’un monde individualiste.
Salvateur, car nous avons peut-être fini par oublier l’importance du rêve dans nos vies.
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