Par PAT DE BIGORRE
LES AVENTURES DE JACQUES GILBERT
VI. TRAVAILLER FATIGUE
- 12 ème et dernière partie -
Assis en tailleur sur mon canapé, j’écoute la voix grave de Félicie. Nous sommes rentrés sans problème et j’ai pu apprécier ses qualités
de fugitive aguerrie. La clandestinité doit rythmer son quotidien.
Je me mire dans la finesse de ses traits, dévore les nuances de son regard bleu et boit ses paroles. J’ai toujours le souffle de son
baiser sur mes lèvres gercées par le stress que j’ai enduré :
« Jacques, je suis désolée. Cette rencontre devait être sans risques.
Gérard Beaumont, Jacqueline Truchet et moi appartenons à un groupe secret de résistance non violent : le Mouvement Fraternel contre
l’Oppression. Le M.F.C.O. Nous sommes nombreux à militer dans ses rangs. Les pouvoirs publics nous traquent mais le commun des mortels ignorent notre existence.
Nous luttons contre le capitalisme et le monde qu’il veut imposer. Nous nous infiltrons dans les banques, les administrations, les grands
groupes industriels et pharmaceutiques pour en dénoncer les travers, la corruption et l’immoralité. Pour eux, l’individu doit s’effacer, perdre son identité. Le profit nauséabond comme seul
Credo.
Nous, nous croyons toujours en un monde plus juste, plus fraternel, plus équitable. Le capitalisme est une maladie qui doit être
éradiquée. Un autre futur existe. Nous luttons avec nos moyens pour le démontrer. Notre travail de sape finira par payer. Je ne peux pas encore tout t’expliquer mais sache que nous sommes
nombreux. Une toile d’araignée est en train de se tisser. Des réseaux naissent tous les jours. Ils organisent la traque mais nous résistons. Nous nous implantons progressivement.
Je ne vais pas rester très longtemps. Florent Legrand a découvert ce qui se tramait dans son service et a prévenu la brigade
anti-terroriste. Avant de venir au rendez-vous, j’ai reçu un appel sur mon portable d’un militant infiltré dans la police depuis deux ans. Il a su pour le coup de filet qui se préparait. Je
suis arrivé trop tard…
« Le vengeur masqué » devait être adressé à la presse et allait inondé les boites à lettre des palois. Gérard n’a rien vu venir. Ils ont
saisi son ordinateur et tous les exemplaires.
Je sais qu’il ne parlera pas. Comme Jacqueline. Ils sont avec nous depuis trop longtemps et ont donné de multiples preuves de leur
militantisme. C’est un coup dur pour notre mouvement. Mais la lutte doit continuer.
Tu peux nous rejoindre si tu le souhaites.
Si tu veux me suivre, c’est tout de suite. Si tu refuses, je comprendrais…je me mets à ta place.
Par contre, nos routes seront séparées à jamais.
Une tempête dans mon crâne.
Malgré tout, ma décision est déjà prise. J’ai un pincement au cœur en pensant à tout ce que je vais laisser derrière moi. Je trouverai
bien un moyen pour prévenir Cambouis.
- Je te suis…mais avant de partir, laisse moi juste prendre quelques affaires et quelques livres. Je n’avais prévu de préparer mon sac ce
soir…
- Pas de problème mais dépêche toi.
Avant de franchir la porte de ma chambre, je me retourne. C’est le bon moment :
- Félicie. Comme l’écrivait Edmond Rostand :
« Vous voyez la noirceur d'un long manteau qui traîne,
J'aperçois la blancheur d'une robe d'été :
Moi je ne suis qu'une ombre, et vous qu'une clarté !
Vous ignorez pour moi ce que sont ces minutes ! »
- Jacques pourquoi tu me dis çà ?
- Pour rien…
Elle s’approche de moi et m’embrasse.
Une nouvelle vie commence pour moi.
Je suis confiant.
Je viens de regarder ma montre.
Il est 1 h 06 du matin.
FIN
Patrick FORT - 2008
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