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Par PAT DE BIGORRE
LES AVENTURES DE JACQUES GILBERT

VI. TRAVAILLER FATIGUE
- 11 ème partie -

11.

Ils montèrent dans la camionnette. Je retenais mon souffle. Le moindre mouvement pouvait attirer l’attention et éternuer n’était pas conseillé. Félicie observait la scène. Son sang-froid m’impressionnait. Je l’avais testé lors de notre première rencontre dans les Pyrénées. Sans son pragmatisme, Jacques Gilbert ne serait plus de ce monde.
Gérard Beaumont fut le premier à ouvrir le bal. Il souriait et résistait aux policiers qui le forçaient à grimper dans le véhicule, distribuant des coups de pied en désespoir de cause. « Le vengeur masqué » était dans de beaux draps.
Au moment de passer la tête à l’intérieur, je l’entendis hurler alors : « De toute façon, vous n’avez rien contre moi ».
Un coup de matraque dans le dos, ponctué d’un « La ferme et magne toi » clôtura les débats.
J’eus un haut le cœur lorsque je reconnus celle qui le suivait. J’avais du mal à déglutir et je me retenais pour ne pas éclater de rire.
Jacqueline Truchet, l’air pincé, toisait d’un regard insolent le policier qui la poussait sans ménagement. Dans se regard se lisait comme un défi. Je pensai à Louise Michel pour la disgrâce physique et à Dolorès Ibarurri, la Pasionaria, pour la fougue guerrière. « Petit con ! je militais déjà lorsque tes parents changeaient tes couches ». La haine entre elle et « le vengeur masqué » n’était donc que factice. Avec le recul, j’appréciais en connaisseur leur numéro d’acteur. Pour endormir les suspicions, les deux complices avaient endormi tout le monde. L’illusion avait été parfaite.
Les deux autres comparses les suivirent sans résister. Leurs visages m’étaient inconnus. Les policiers leur emboîtèrent immédiatement le pas.
La camionnette démarra et disparut en quelques minutes, laissant derrière elle une odeur forte de gasoil qui me fit tousser. Félicie me fusilla du regard. D’autres policiers étaient toujours sur place.
Ils restèrent une dizaine de minutes à examiner et à fouiller les lieux. Ils parlaient entre eux à voix basse, s’arrêtaient souvent.
Je ne respirais plus et mes muscles fessiers étaient endoloris à force de rester immobile. J’avais envie de me gratter le dos et je pensais à autre chose pour ne passer à l’acte.
Félicie, imperturbable, semblait plongée dans de sombres pensées. Elle ressemblait à une fière Amazone et je sentais que rien ne pouvait m’arriver.
Je recomptais pour me rassurer. « F-E-L-I-C-I-E =… 7 lettres ! ! !
Nous frémîmes en apercevant une voiture noire qui remontait l’allée, tous feux éteints. Les portières s’ouvrirent. les policiers jetèrent un dernier coup d’œil aux alentours puis ils se glissèrent rapidement à l’intérieur. Le véhicule s’éloigna enfin.
Je n’osais toujours pas bouger. Pétrifié et n’osant m’abandonner au soulagement.
Les lieux retrouvaient peu à peu leur calme apparent mais « Mefiet quand même» comme aurait dit ma grand-mère.
Cela n’avait duré pas plus de vingt minutes mais j’avais l’impression qu’une éternité s’était écoulé entre l’arrestation et le départ des derniers flics.
Je laissai passer cinq minutes. Je me retournai vers Félicie.
Pour détendre l’atmosphère pesante je déballai une phrase de Woody Allen qui me semblait de circonstance vu mon état d’esprit présent « L'éternité, c'est long, surtout vers la fin ».
Elle soupira et sans un sourire me fit comprendre qu’elle n’avait pas le cœur à rire :
- Jacques, rentrons chez toi. Le plus discrètement possible. Tu me suis. J’ai des explications à te fournir et une proposition à te faire. Après m’avoir écouté, tu seras libre de me suivre ou pas.
Pour me donner du courage, elle se pencha vers moi et m’embrassa.
« Ravie de te revoir enfin Jacques ».
Je planais. J’étais prêt à la suivre au bout du monde. Rien que pour elle. Comme   François Feldman, j’étais sur le point de lui chanter  :
« J'ouvrirai l'océan, je déchirerai le ciel.
Je défierai les dieux pour qu'ils te fassent éternelle,
Oui, pour toi rien que pour toi ».



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