Mercredi 20 août 2008
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12:15
Par PAT DE BIGORRE
LES AVENTURES DE JACQUES GILBERT
VI. TRAVAILLER FATIGUE
- 10 ème partie -
10.
Le vent, annonciateur de mauvais temps, s’était levé. La pluie n’allait pas tarder et je scrutais le ciel lourd de nuages au-dessus de ma tête. Je m’étais habillé tout en noir pour me fondre
dans l’obscurité. J’avais comme l’impression bizarre d’être un personnage sorti tout droit d’un roman de John Le Carré. Cette idée me fit ricaner bêtement et je frissonnai de plaisir.
Je guettais le moindre bruit suspect, les sens en alerte. Je me dirigeai à pas de loup vers le kiosque à musique. À cet endroit, j’avais vu sur l’ensemble du parc. Quiconque s’aventurerait
dans les allées me serait signalé immédiatement. Rien ne pouvait m’échapper.
Accroupi, j’attendais. Au bout d’une dizaine de minutes, mon genou me lançait et je me relevai doucement. A ma droite, j’entendis du bruit et des chuchotements amplifiés par le vent.
Deux silhouettes s’approchaient lentement et se retournaient souvent, surveillant avec fébrilité leurs arrières. Ils devaient vérifier que personne ne les suivait.
A sa démarche bien caractéristique, je reconnus « le vengeur masqué ». Il avançait d’un pas lourd et silencieux. Le mégot rougeoyant de sa cigarette tranchait avec la pénombre ambiante et
faisait de Gérard Beaumont une proie facilement repérable.
Le cœur battant, j’essayais de reconnaître la personne qui l’accompagnait mais j’étais trop loin pour discerner avec précision ses traits.
Une troisième personne sortit d’un fourrée et se joignit à elles, suivie par une quatrième. Ils semblaient se parler. Le fameux mot de passe. Je fermai les yeux pour chasser le visage
d’Enrico Macias qui sournoisement venait s’immiscer dans les méandres de mon cerveau. Avec obstination l’air de « Ah qu’elles sont jolies les filles de mon pays » me trottait dans la tête. Je
me mordais les lèvres pour ne pas chanter et je ne parvenais plus à me concentrer, tout accaparé par cette lutte éprouvante que je livrais.
C’est alors que je remarquai des ombres furtives qui rampaient sur le sol. Elles se rapprochaient silencieusement des quatre personnes. J’écarquillai les yeux pour mieux saisir ce qui se
déroulait à une vingtaine de mètres de moi. Gérard Beaumont et ses complices ne se doutaient pas du piège qui se refermait sur eux. Je n’avais aucun moyen de les avertir.
Des faisceaux lumineux balayèrent l’allée et ils furent encerclés en quelques secondes par une dizaine d’hommes armés. L’un d’eux chercha à s’enfuir mais fut plaqué sans ménagement. Résignés,
je distinguais les trois autres qui levaient les mains en signe de soumission. J’entendis le cliquetis des menottes. Une camionnette arriva en trombe de l’entrée du parc, passa à vive allure
et vint se garer sur le bas-côté, à quelques mètres de moi..
Je me recroquevillai et rentrai les épaules pour être le plus discret possible. J’avais la gorge sèche.
Je n’entendais plus Enrico Macias.
« A quelque chose malheur est bon » m’aurait dit Cambouis.
Je crus m’évanouir quand une main ferme se posa sur mon épaule. Pour m’empêcher de crier, on m’enfonça un mouchoir dans la bouche. Je crus ma dernière heure venue. J’allais mourir
asphyxié.
Au bout d’une trentaine de secondes, une voix que je reconnus à la première syllabe me murmura au creux de l’oreille : « Jacques, pas un bruit. Ne bouge pas. Nous avons été dénoncés ».
Félicie relâcha son étreinte et m’intima l’ordre de me taire, posant son index sur mes lèvres.
Tout compte fait, réussir à placer la tirade de Cyrano de Bergerac dans la conversation me sembla moins évident.
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