Mercredi 29 juin 2011 3 29 /06 /Juin /2011 12:17

Par Patrick FORT
Peindre ou en mourir

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1ère partie

Le soleil, féroce, ravage de ses rayons cinglants les vastes champs de blé qui se déploient à l’infini. La chaleur est suffocante en ce milieu d’après-midi. Le bleu du ciel aveugle tous ceux qui le fixent. Une lumière d’une violence sourde se déverse sur le sol, brûle les forêts et inonde les ruisseaux.
Lui, imperturbable, il continue d’avancer. Le pas lourd et déterminé.
Depuis deux mois, inlassablement, il sillonne la campagne, peignant comme un forcené. Le soir, allongé sur son lit, il oublie la fatigue, les dizaines de kilomètres parcourus et il pense au lendemain.
Son chevalet et ses toiles, fermement harnachés sur son dos avec des sangles de cuir, lacèrent de stries rouges ses épaules voutées. Pour mieux respirer, il a ouvert sa chemise en lin grossier. Son chapeau de paille n’est qu’une dérisoire protection face aux assauts répétés de cette canicule désespérante. Une barbe rousse lui dévore le visage. Elle intensifie la déraison de ce regard qui fouille au plus profond de ceux qu’ils croisent en chemin.
Du revers de la main, agacé, il essuie les gouttelettes de sueur qui perlent de son front. Il s’arrête quelques minutes, juste le temps de reprendre son souffle.
Dans sa besace toute sa fortune : une palette en bois léger, des pinceaux, des gouaches, une spatule, des tubes d’étain.
Et un pistolet.
Il repart. Il n’a pas de temps à perdre. Chaque tableau pourrait être le dernier. Depuis son arrivée, il en a peint près de soixante dix en à peine soixante neuf jours.
Car il joue sa vie à chaque seconde.
Car il sait le mal rongeur qui détruit son cerveau.
Car des crises d’angoisse le laissent souvent hagard et qu’il redoute ces moments durant lesquels il oublie jusqu’à son nom.
À des périodes d’euphorie exaltante succèdent des abîmes violents de désespoir lancinant. Il ne contrôle plus rien, il se perd dans les méandres de ses souvenirs, confond le présent et le passé et parler lui est devenu difficile.
Il ne s’est jamais senti aussi seul et abandonné qu’en ces derniers jours du mois de juillet.
Sa souffrance écrasée aujourd’hui par ce soleil de plomb ne lui laisse pas le moindre répit. Assailli par les regrets et les remords, persuadé d’être un fardeau pour ceux qui l’aiment, il oublie tout quand il jette, avec rage et passion, les couleurs sur ses toiles. Il mélange le jaune vif du blé à l’herbe verte et épaisse, le marron sombre des sentiers aux branches noueuses des arbres. Il superpose le blanc délicat des nuages, le noir des nuées de corbeaux, le rouge des coquelicots et le bleu du ciel. Il extrait leur quintessence, s’épuise pour se les réapproprier. Il combat contre elles pour mieux les dompter, pour dire son monde, ses tourments et ses démons.

 


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