Mercredi 20 août 2008
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12:59
Par PAT DE BIGORRE
LES AVENTURES DE JACQUES GILBERT
VI. TRAVAILLER FATIGUE
- 4ème partie -
4.
Les locaux venaient d’être rénovés. Des effluves de peinture fraîche chatouillaient mes
narines. A peine avais-je parcouru quelques mètres que j’éternuai avec force. Rougissant, je m’excusai de ce manque d’élégance manifeste devant les cinq personnes entassées dans vingt cinq mètres
carrés. Intrigués, ils me regardaient comme si j’étais un animal de foire.
« Je vous présente Monsieur Gilbert, notre stagiaire pour la semaine. Il nous a été adressé par l’ANPE. Je vous remercie de lui réserver
le meilleur accueil… »
Des
monticules de paperasse s’entassaient sur les bureaux collés les uns les autres pour gagner de la place. De la fenêtre entrouverte nous parvenait le bruit lointain d’une tondeuse. Les
bureaux donnaient sur un parc ombragé, maigre consolation à une promiscuité forcée.
Florent Legrand entama les présentations devant les mines curieuses qui me dévisageaient.
« Jacqueline Truchet, secrétaire du service.
Vous voudrez bien fournir à Monsieur Gilbert le matériel nécessaire, stylos et carnet de note… »
Une petite femme, au visage sévère, lui répondit d’un ton pincé, l’air méprisant et hautain
:
- Vous n’êtes pas sans
savoir que la commande des fournitures a lieu tous les 25 du mois et que les restrictions budgétaires nous amènent à gérer nos stocks avec parcimonie. Aussi…
- Bien…bien…mademoiselle Truchet, nous nous
débrouillerons…
Je
commençai à me sentir mal à l’aise. Les présentations se poursuivirent dans une ambiance de veillée funèbre.
« Roland Quesnel, Camille Ribaudet et Geneviève Le Tutour, techniciens et gestionnaires
contentieux…
Ils me
détaillèrent de la tête aux pieds, aussi expressifs que des vaches paissant dans un vert pâturage. Je troublais leur train-train quotidien.
« …et Sabine Rizotto, cadre administratif et
référente informatique de notre service ».
Ce fut la seule à répondre à mon sourire. Une bouée de secours au milieu de l’océan.
La porte s’ouvrit avec fracas et tout le
monde sursauta. Les cheveux en bataille et les yeux gonflés, un homme un peu débraillé, approchant la soixantaine, fit son entrée en lâchant un « Bordel de merde, j’ai pas entendu mon
réveil ! ».
Jacqueline
Truchet s’adressa ironiquement à la cantonade, prenant à témoin ses collègues :
« Vous êtes en net progrès Monsieur Beaumont. Hier vous êtes arrivé à 9 h 45, aujourd’hui vous nous rejoignez à 9 h 30
!
- Ta gueule vieille peau
! Tes remarques tu te les fous où je pense.
- Je ne vous permets pas…
- Occupe-toi de tes oignons, je t’ai dit !
Florent Legrand intervint pour calmer le jeu, d’une voix autoritaire qui partit dans les aigus et
coupa l’effet de sa semonce:
- Gérard et Jacqueline taisez-vous !
- C’est elle qui a commencé !
- C’est lui qui me cherche et en plus, vous êtes tous témoins, il m’a traité !
- Vous travaillez dans l’administration
française alors songez à l’image que vous donnez du service public. Un peu de dignité s’il vous plaît. Contrôlez vos nerfs !
- Tu ne perds rien pour
attendre…
- Ah oui et tu
vas me faire quoi à un mois de la retraite ? Un second trou peut-être…
- Minable…
- Vieille fille aigrie…
- Je vous ordonne de vous taire !
- Un jour tu me le paieras !
- Je te pisse au cul à la raie et sans toucher la cuvette !
- Gérard et Jacqueline je vais être obligé
de faire un rapport ! Cessez vos gamineries matinales !
L’espace de quelques secondes, je fus transporté dans la cour d’une école maternelle.
J’étais un peu mal à
l’aise.
Florent Legrand me
planta sur place et franchit la porte, dépassé par les évènements, maîtrisant mal le tremblement de ses mains. Avant de s’esquiver, il lança un peu crédible :
« Bien nous règlerons ce problème tout
à l’heure. J’attends un coup de fil de la plus haute importance ».
Je pensai à cette phrase de Jules Renard : « N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d’intervenir. »
Florent Legrand, au lieu de régler le
problème immédiatement et de couper court à cet affrontement verbal, fuyait lâchement.
«Celui qui se conduit vraiment en chef ne prend pas part à l'action ».
Ce n’est pas moi qui le dit, c’est
Lao-Tseu.
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