Mercredi 20 août 2008 3 20 /08 /Août /2008 13:03

Par PAT DE BIGORRE


VI. TRAVAILLER FATIGUE


-1ère partie -

 

1.

De toute façon, la journée avait mal débuté alors je ne vois pas pour quelles raisons elle se serait bien terminée. La faute au maudit abattant de ma cuvette des WC que j’ai découvert ce matin, fendu sur toute la largeur. Ou alors aux chinois qui tirent sur les prix en construisant du matériel de mauvaise qualité. Toujours est-il que je devais le changer. Je ne m’expliquais pas les tenants et aboutissants qui avaient participé à ce désastre matinal.
Lorsque je vais à la selle, je suis attaché à mon confort. Vous dire que j’étais contrarié est un doux euphémisme.
Je suis parti à reculons dans un endroit que je déteste : un magasin de bricolage. N’ayant pas le permis, j’ai du prendre le bus pour me rendre dans la zone industrielle de Pau. Une heure de bus pour aller acheter un abattant de WC : la vie recèle de bonheurs cachés. Pour Philippe Delerm, c’est la « première gorgée de bière » ou écosser des petits-poix. Moi, la bière je ne la digère pas et écosser les petits-pois me rend fou. Alors, je trouve autre chose pour profiter des menus plaisirs de la vie…
J’étais d’une humeur massacrante. A distribuer des gifles au premier venu. Je n’ai pas laissé ma place assise à une pauvre mamie qui trimbalait ses sacs de courses. Je l’ai même fixé avec un regard moqueur. J’ai failli cogner un marmot qui piaillait. Quand je suis contrarié, j’en deviens méchant.

Plus que tout au monde, j’ai en horreur deux endroits : les banques et les magasins de bricolage.

Dans les premières, j’ai envie de tout casser et je transpire énormément, une fois les portes de ces antres du capitalisme franchies. Mon culte du découvert assurément. J’en ai les mains moites et je déteste avoir les mains moites.

Dans les seconds, je me sens étranger, projeté dans un monde que je ne comprends pas.

Je m’y perds facilement et pire, j’en ressors triste à mourir.

Je déteste le bricoleur du dimanche qui sifflote en essayant sa nouvelle perceuse. Je me fous des tapisseries que je trouve toutes moches et les variétés de parquet flottant ne déclenchent pas en moi la liesse. Je ne m’intéresserai jamais aux raclettes à lisser, aux flexibles en cuivre, aux rabots, aux meuleuses, aux lambris, aux douilles électriques, aux enduits et autres instruments de torture. Je hais celles et ceux qui arrivent à monter les meubles du premier coup. Dans le fonds, je sais que c’est de la jalousie. Je ne sais rien faire de mes dix doigts et je suis manche comme il n’est pas permis. Les marteaux et les tournevis sont des instruments de torture moderne.

« Le bricolage consiste essentiellement à fabriquer avec de vieux débris, et au prix d'un labeur acharné, des articles que l'on trouve tout neufs et à bon compte dans le commerce courant » écrivait Pierre Daninos. Lorsque j’ai lu cette phrase, s’il avait été à mes côtés, je l’aurais embrassé sur-le-champ.

En descendant du bus, j’ai commencé à déprimer. Sur le panneau à l’entrée, « Monsieur Bricolage » me dévisageait d’un air narquois. « Bonjour mon petit Jacques ! Tu t’es trompé de chemin…ou alors tu t’ennuies… ».

J’ai ignoré sa remarque désobligeante et je me suis engouffré dans le magasin, la démarche assurée et l’air faussement décidé. Je jouais au pro du bricolage et détaillais d’un oeil expert les rayons garnis d’objets auxquels je ne trouvais pas le moindre intérêt.

Les vendeurs avaient des sales tronches, les clients se ressemblaient tous, les caissières étaient jolies et moi, j’avais l’air d’un con.

Désinvolte et me demandant vraiment ce que je foutais là, je me frayais difficilement un chemin dans le dédale des étalages des carrelages, des contreplaqués et des pots de peinture. A la recherche non pas du « temps perdu » mais d’un abattant de WC.

« A cœur vaillant, rien d’impossible » comme on me l’avait si bien appris chez les scouts.

Pour ma part, j’ai toujours préféré la devise de la Belgique, « L’Union c’est la force » mais aucun visage connu n’était là pour me guider dans ma quête initiatique du moment.

A la croisée des chemins, entre la section dédiée à l’outillage électrique et celle qui célébrait les luminaires, comme un fait exprès, je suis tombé nez à nez avec Gildas, l’ami d’un ami.

La dernière personne que je souhaitais croiser aujourd'hui.

Je mesure, en me mettant sur la pointe des pieds, un mètre soixante dix. Lui, pieds nus, culmine à un mètre quatre vingt dix. Il prend un malin plaisir à me rabaisser à la moindre occasion. Au bout de dix secondes, on s’engueule. Sa tronche de « j’ai un avis sur tout même si je n’y connais rien du tout » me gonfle. Je n’arrive pas à me contrôler. C’est physique. Et il est souvent en survêtement pour montrer qu’il aime le sport.

L’abattant de mes toilettes cassé et maintenant Gildas…La journée s’annonçait radieuse.


2ème partie

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