Samedi 11 avril 2009 6 11 /04 /Avr /2009 10:10

Par Patrick FORT
Couverture commande
LE CHÊNE
(extrait)
 

 

"Avant de franchir la porte de sa chambre, il se regarde une dernière fois dans le miroir de la salle de bain.
Il se sourit, ajuste le col de sa chemise qui rebique, passe la main dans ses beaux cheveux blancs pour aplatir un épi rebelle. Il se frictionne à l’eau de Cologne et prend soin de bien refermer le flacon.
Il fixe cet étrange lui-même qu’il ne reconnaît plus parfois, détaille ces rides envahissantes et les pattes d’oie qui donnent à son regard un air souriant. Il essaie de retrouver ce beau jeune homme qu’il était, comme s’il voulait revenir en arrière, accomplir le chemin dans l’autre sens.
La porte fermée, la clef disparaît dans la poche intérieure de sa veste. Il longe les couloirs, presse le pas car il ne veut croiser personne. Il passe devant l’accueil, un peu essoufflé et adresse un fanfaronnant « A tout à l’heure ! » aux quelques personnes qui, désœuvrées, déambulent dans le hall.
Comme tous les samedis soir, il a eu du mal à s’endormir.
Il s’est réveillé souvent pendant la nuit pour vérifier que ces habits du dimanche étaient bien pliés sur la chaise. Il avait pris soin avant de se coucher de cirer ses vielles chaussures en cuir pour qu’elles brillent et donnent l’illusion d’être neuves.
Depuis des mois, il trompe son monde et s’invente des sorties hebdomadaires chez un neveu éloigné qui n’habite pas très loin. Il y déjeune tous les dimanches et se change ainsi les idées. Il refuse d’être accompagné jusqu’à l’angle de la rue, après l’église, où « André » l’attend  dans sa voiture, « une Laguna gris-bleu avec la climatisation ». Non, il ne veut pas que l’on vienne avec lui, il n’est pas impotent et tient toujours sur ses deux jambes. Un peu d’exercice ne peut que lui faire du bien. Marcher est bon pour la circulation. Il applique ainsi à la lettre les consignes du docteur. Par chance, personne n’a encore découvert le subterfuge. Il est tellement crédible dans son pieux mensonge qu’il a fini par se convaincre lui-même. Il rit comme un petit garçon qui a joué une blague pendable et frémit en même temps que l’on puisse découvrir son mensonge".
Voir les 14 commentaires - Publié dans : Le Chêne
Ecrire un commentaire
Retour à l'accueil

Premier recueil

CAGOT !
MORT POUR LA FRANCE
GRAU DE GANDIA
LE PHARE

Deuxième recueil

Couverture commande

 

LA LETTRE

LE CHENE

DEADWOOD

REMINISCENCE

VERS LE SITE DE L'EDITEUR



Derniers Commentaires

Rechercher

Référencé sur :

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés