Lundi 14 janvier 2008
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Par PAT DE BIGORRE
« La Route »
Cormac McCarthy
Traduit de l’anglais par François Hirsh
Editions de l’Olivier - 2008
Géant des lettres américaines, Cormac McCarthy, né en 1933, est un écrivain discret, secret n’accordant pas d’interview, se refusant à
parler de lui.
Objet d’un véritable culte (j’ai lu que certains sont même allés jusqu’à fouiller le contenu de se poubelles !), il construit une œuvre énigmatique, mélange de bruit, de fureur et de violence
pour dire la fragilité de la condition humaine.
A part quelques grandes lignes biographiques, nous savons peu de choses sur lui. Il n’aime pas parler de ce qu’il écrit. « Moby Dick » est son roman préféré. Il vit actuellement à Santa Fé, au
Nouveau-Mexique, avec sa troisième femme.
Il est récemment exceptionnellement sorti de son silence, en juin 2007, suite à l’immense succès de « La route » auréolé par le prestigieux Prix Pulitzer, vendu à près de deux millions
d’exemplaires. Ce roman est dans les librairies depuis janvier 2008.
Au départ, mon intention était d’évoquer « Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme », « Méridien de sang » ou les trois romans qui composent la trilogie des confins, « De si jolis
chevaux », « Le grand passage » et « Des villes dans la plaine ».
Oui mais voilà. Entre temps, j’ai lu « La route » et j’ai encore du mal à m’en remettre.
« La route » appartient à cette catégorie rare de romans que l’on ne lit que tous les dix ans. Une fois la lecture achevée, ce que vous avez lu continue à vous travailler et reste logé dans un
recoin de votre cerveau.
Dans une Amérique post-apocalyptique dont l’origine ne nous sera jamais dévoilée, un homme et son fils, errent sur les routes, poussant un caddie contenant leur seule fortune : des couvertures,
des bâches et un tas d’objets hétéroclites.
Leur but est d’atteindre la mer et de trouver peut-être une vie meilleure. Le parcours est lent, les conditions climatiques difficiles et éprouvante. Affronter la pluie, la neige, le froid, les
tremblements de terre, les cannibales, la maladie.
Le monde est recouvert de cendres, le soleil perce avec difficulté à travers la fumée, les villes sont dévastées, les arbres et la nature calcinés.
La description du monde « après » est terrifiante. Le danger et la barbarie ne sont jamais très loin, l’instinct de survie se nourrit du rejet de l’autre et le monde d« avant » est évoqué par ses
décombres, ses ruines encore fumantes, ses cadavres calcinés.
Le style lapidaire et poétique de Cormac McCarthy, son écriture resserrée et sa phrase monocorde amplifient cette angoisse qui vous saisit dès les premières phrases.
Fascinant par la puissance de ses images, roman crépusculaire dépouillé à l’extrême, « La route » est une parabole glaçante sur l'illusoire puissance de l'homme.
Seule lueur, l’amour d’un père pour son fils et qui l’empêche de glisser vers la barbarie.
McCarthy a d’ailleurs dédié son livre à son fils, âgé de huit ans (comme sûrement le personnage de l'enfant).
« La route », un roman à lire de toute urgence.
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