Dimanche 20 juin 2010
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15:08
Par Patrick FORT

LA LETTRE
(extrait)
Nouvelle primée à Aureilhan (65) - 2008
et à Geaune (40) - 2009
"Depuis maintenant un mois, elle répète les mêmes gestes, suit le même rituel sans s'en départir d'aucune façon.
Des nouvelles habitudes se sont imposées et rythment désormais le fil de ses journées.
Continuer à vivre. Apprivoiser ce silence. Accepter cette absence.
Chaque matin la trouve endormie plus tard que de coutume. Sa main ne se tend plus dans le lit pour trouver la tiédeur laissée par son mari sur les draps. Elle a fini par admettre qu'il n'est
plus là.
Aujourd'hui est un jour pareil à tous les autres.
Elle se lève difficilement, ouvre ses volets, puis reste plusieurs minutes debout devant sa fenêtre à fixer son jardin à l'abandon.
Une lumière douce caresse les branches bourgeonnantes d'un pommier. Des outils rouillés traînent d'ici de là, témoignages de travaux inachevés. Des parfums suaves et légers virevoltent dans
l'air. Les oiseaux chantent timidement le renouveau de la nature, fêtent l'harmonie des couleurs retrouvées. Le soleil enveloppe de ses rayons tièdes les primevères et les jonquilles
fraîchement écloses. Des branches mortes gisent enlacées par le mouron blanc.
Le vert ondoyant des hautes herbes sauvages se mêle aux senteurs âpres de l'humus. Du lierre s'agrippe avec vigueur aux murs en vieille pierre. Les ronces défient le chiendent. L'anarchie
s'est installée sans laisser garde.
Un vieux banc, en bois et fonte, règne au milieu des hautes orties. L'anarchie gagne peu à peu du terrain sur cet endroit que la main de l'homme semble avoir délaissé.
« Un jour, il faudra bien nettoyer tout çà ! » dit-elle à voix haute, comme pour s'en persuader.
Neuf heures sonnent à la vieille pendule et la surprennent au milieu de ses réflexions.
Elle descend lentement le vieil escalier aux marches grinçantes et arrive dans la cuisine. Une odeur de cendres la saisit. Il faudra bien qu'un jour, elle se décide à nettoyer la cheminée.
Sur la table massive en chêne vermoulu, le bol de son époux est toujours là. Elle ne résigne pas à l'enlever. Pas aujourd'hui. Demain peut-être.
Après avoir pris un petit déjeuner rapide composé d'un simple café, elle sort enfin de sa somnolence. Le sang recommence à affluer dans ses veines, son teint s'éclaire, un sourire discret se
dessine sur ses lèvres ridées. Ses yeux parcourent avec tendresse des photos alignées sur le buffet : elle et son mari ; son fils pour ses 20 ans ; sa petite fille en habit de communiante ;
des vacances à Etretat ; sa photo de mariage ; des visages sur lesquels elle n'arrive pas à mettre toujours un nom...
Certains clichés sont jaunis par le temps comme de vagues souvenirs sur lesquels on aimerait rajouter des couleurs pour se les réapproprier.
Son regard s'arrête sur une photo, passe à une autre, reste suspendu un instant, se perd souvent. Soudain, elle se lève. Elle devrait déjà être en route. Elle enfile son manteau noir,
élimé aux coudes, se chausse avec difficulté et saisit sa canne. Depuis son opération, ses hanches la font souffrir terriblement. Et puis la vieillesse est là et son corps le lui rappelle
souvent. Sa silhouette frêle finit par s'encadrer dans l'embrasure de la porte qu'elle ouvre doucement. Elle la verrouille et, en appuyant sur la poignée, vérifie qu'elle est bien fermée.
Elle ramasse alors son panier en osier et, d'une démarche boitillante, remonte l'allée. Dans un peu moins de trois kilomètres, elle sera au cimetière.
Albane a tant de choses à raconter à Louis."
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Publié dans : La Lettre
Muy bien, Pat ! Elle ne me semble pas inconnue cette vieille dame. c'est l'art de l'écrivain de nous faire reconnaître ses personnages? Encore des bises!
merci Delphine ! Cette dame t'envoie le bonjour alors je me fais son intermédiaire. Je te renvoie le compliment car grâce à tes écrits, les personnes que tu mets en scène existent ! ce serait sympa si tu nous "héros" se retrouvaient un jour !
Bises,
Patrick
La vie et ses multiples chemins. La vie et ses secrets enfouis, qui parfois, ressurgissent à la surface d’une quiétude troublée.
Magnifique nouvelle relatant des âmes attachantes, avec leurs failles, leurs faiblesses… leur beauté.
Bravo et toutes mes félicitations pour ton parcours.
Adishatz.
Bonjour Frédéric et merci pour ta lecture attentive et ton commentaire !
je suis très attaché à cette nouvelle, pour des tas de raison. Alors tes commentaires me font grand plaisir !
Et le parcours n'en est qu'à ses débuts !
Amitiés,
PAT
je suis très attachée à cette nouvelle, la première que j'ai écrite et qui a été remarquée et primée dans plusieurs concours.
Vraiment ravi qu tu ais pris du plaisir à la lire.
PAT
un magnifique texte plein de tendresse, d'émotion. Trés attachant le personnage de la vieille dame, on peine avec elle à chacun de ses pas et on est triste pour elle après la lecture de la lettre.
Amicalement,
PAT
Bravo! Ton texte est très bien tourné et il s'en dégage beaucoup de sensibilité et de l'humilité par petites touches discrètes que l'on devinent au fil de tes mots.
Cette vieille dame est attachante!
Amitiés
Fabienne
Ce texte exprime avec tendresse, la fidélité d'une vieille dame, ayant perdu son mari.
Le seul but de cette femme solitaire, est de visiter la tombe de son défunt amour.
La lettre aux tristes nouvelles bouscule les habitudes de la dame qui par écoeurement, efface l'amour qu'elle portait pour cet homme... cet inconnu.
Je pense d'ailleurs que cette situation décrite avec sensibilité et réalisme, demeure courante, même en temps de paix.
Amitié.
dédé.
Un peu plus de variété dans les types de phrases et les structures syntaxiques serait, à mon sens, bienvenue. Mais ce n'est qu'un avis très subjectif.
Bravo Patrick !
Merci pour tes compliments et tes précieux encouragements !!!
Je viens de lire ta nouvelle primée sur les conseils de mon frère, Yannick. Je te félicite pour cette lettre magnifique qui est pleine de sensibilité et de justesse. J'ai beaucup aimé ton récit. Encore bravo et bonne continuation!!
A bientôt.
Voilà donc à quoi sert un festival , à découvrir ce qui se trame dans les multiples fenêtres voisines ...
et ce que j'y ai découvert dans la tienne , c'est un joli coin de verdure , où la nature a repris ses droits bien volontiers ,sans qu'on lui demande quoique ce soit ; et tu dis que tu n'es pas poète ! impossible de ne pas reconnaître là une espèce d'humilité de ta part .Et si la poèsie a certaines règles, bien ordonnées , il ne suffit d'un rien pour que la nature reprenne ses droits , dans ce domaine là aussi , et qu'on ne sache plus donner de définition à la poèsie , échappée de sa fenêtre ...
L'atmosphère est géniale, on s'attache à cette petite vieille, les descriptions sont tout en douceur, très délicates, très vraies. Bref, une véritable tranche de vie !
Je m'attendais à la fin dès que le facteur lui a donné la lettre, mais c'est parce que je suis pessimiste de nature :)
Bonne chance pour le festival, je vais de ce pas voter pour toi ! Ce serait sympa qu'on se retrouve là-bas dans les finalistes !!!
je prends un peu d etemps pour te lire enfin... j'y trouve ton écriture lumineuse du quotidien émouvant , merci.
Tu écris la vie tragique avec tes mots comme si, grand lecteur que tu es, tu étais indemne de toute influence, avec juste ce parfum de Giono, tu vas droit comme ton Albane, tu plonges, lumineux, dans les mystères de la vie. Les jonquilles sont écloses, et demain il fera travail...
Je suis arrivée à travers ce texte, à en ressentir toutes les descriptions, presque les odeurs...magie de la narration bien ficelée dans laquelle on se laisse transporter avec sensibilité et légèreté !
Je t'invite, ainsi que toute la communauté, à participer au nouveau jeu Mystério :http://lequipedechoc.over-blog.com/article-16168598-6.html#anchorComment